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Fusions, Acquisitions / Veolia / Suez

Fusions, Acquisitions
Veolia / Suez

Veolia souffle le chaud et le froid face à Suez

Les actifs que chercherait à vendre Suez font partie de ceux qui intéressent son prétendant, qui y voit un nouveau casus belli. Mais tout en menaçant de poursuites, Veolia prépare une annonce cette semaine pour "sortir par le haut", tandis que Suez entr'ouvre la porte en posant ses conditions.
Antoine Frerot - Veolia
Antoine Frerot - Veolia

Nouvelle escalade de mots entre Veolia et Suez. Echaudé par l'éventualité que sa cible puisse vendre ses activités en Australie et au Royaume-Uni qu'il veut absolument conserver, Veolia a sorti l'artillerie lourde dimanche soir en menaçant de poursuites les administrateurs de Suez si ces cessions avaient lieu.

Plusieurs déclarations et articles de presse, parus la semaine dernière en effet, laissent à penser que Suez est décidé à poursuivre ses arbitrages de portefeuille dans le cadre de son plan Suez 2030, mais d'une manière qui hérisse Veolia. D'une part, Cleanaway Waste Management a indiqué à l'autorité boursière australienne qu'il discutait avec Suez de l'acquisition des activités australiennes de ce dernier dans les déchets. D'autre part, l'agence de presse Bloomberg affirme que l'entreprise dirigée par Bertrand Camus négocie également avec le fonds I Squared Capital pour lui vendre ses activités de déchets au Royaume-Uni. Les montants en jeux tourneraient entre 1,3 et 2 milliards d'euros dans le premier cas et 1 milliard d'euros dans le second, soit au maximum 13 fois leur Ebitda chacun.

C'est un nouveau casus belli pour Veolia : ces deux actifs font partie des activités de Suez qu'il souhaite absolument conserver et dont il a publié la liste le 26 janvier dernier. Il précisait déjà à cette occasion qu'il serait prêt à s'y opposer "par tous les moyens de droit".

Venant de Suez, la décision n'est pas illogique : le plan du groupe, lancé en 2019, prévoit son recentrage sur les activités les plus technologiques, à plus haute valeur ajoutée. La collecte et le traitement des déchets ménagers n'en font pas partie, à l'opposé par exemple de la gestion des déchets dangereux en Europe - une activité dans laquelle Suez a annoncé deux investissements en janvier dernier : une augmentation de ses capacités dans la régénération et la production de solvants aux Pays Bas et la création d'une usine de valorisation de déchets industriels en Espagne.

 

Le cours de Suez se rapproche du prix de l'offre

Les cessions sont aussi une façon de convaincre les actionnaires de Suez, en prévision d'une assemblée générale cruciale qui devra se tenir avant la fin du mois de juin, que l'offre de Veolia à 18 euros par action (soit neuf fois l'Ebitda de la cible) le sous-valorise et qu'ils tireraient davantage de valeur - y compris via des rachats d'actions - en soutenant la direction actuelle. Mais depuis l'approche de Veolia, l'action Suez n'a jamais atteint les 18 euros, signe que les investisseurs ont encore des doutes. Elle s'en rapproche toutefois : elle a terminé hier à 17,80 euros (en hausse de 0,8 %).

De ce point de vue, on peut se demander si le fait que les administrateurs de Suez n'ont toujours pas déterminé une date précise pour l'AG (où Veolia tentera de faire jouer ses droits de vote puisqu'il détient déjà 29,9 % du capital de sa cible) n'est pas une manière de s'accorder le plus de temps possible pour poursuivre les cessions. Au quatrième trimestre 2020, Suez avait vendu certaines activités de recyclage dans plusieurs pays européens à l'allemand PreZero pour 1,1 milliard d'euros, soit environ 11 fois l'Ebitda 2019.

Mais à partir du moment où Suez cherche à se séparer d'actifs jugés cruciaux par Veolia, il risque une nouvelle escalade dans la mesure où le groupe dirigé par Antoine Frérot est son premier actionnaire et que ce dernier a confirmé le mois dernier qu'il n'avait pas l'intention de céder sa participation, même en cas de dépôt d'une offre concurrente émanant par exemple du tandem de fonds Ardian-GIP (dont on a, cela dit, toujours pas vu la couleur).

Dans le communiqué diffusé dimanche, Veolia souligne notamment que les deux cessions évoquées la semaine dernière contreviennent aux déclarations faites par Bertrand Camus en octobre 2019 dans le cadre du plan 2030, qui citent l'Australie comme l'un des six marchés clés du groupe en dehors d'Europe. "Si ces deux cessions venaient à être finalisées, cela signifierait que plus de 8 000 nouveaux salariés seraient amenés à quitter le groupe Suez. Ajoutés aux plus de 12 000 collaborateurs dont le groupe s'est déjà séparé en moins de 8 mois, ces plus de 20 000 salariés représenteraient au total presque un quart des équipes que comptait Suez en août dernier", ajoute-t-il, accusant ainsi les dirigeants de Suez de vouloir saborder leur groupe pour se rendre inattrayant pour Veolia.

Suez, qui a hier appelé son rival "à la retenue et au calme dans sa communication", est d'ailleurs resté très discret sur les discussions en refusant de commenter ce qu'il appelle "les rumeurs de marchés, quelles soient orchestrées ou pas" (alors que dans le cas de l'Australie, il ne s'agit pas d'une rumeur).

Comme depuis plusieurs semaines, les deux protagonistes ont réitéré leur volonté de négocier - dans une désormais habituelle chorégraphie moderne où chacun parle de dialogue mais personne ne semble se parler autrement que par communiqués et tribunaux interposés. Veolia a toutefois maintenu le suspense en annonçant pour cette semaine "une conférence de presse pour annoncer une proposition de nature à sortir de cette situation par le haut".

 

Suez entr'ouvre la porte

Dans un entretien au Figaro publié hier soir sur le site internet du quotidien, le président de Suez Philippe Varin s'est dit prêt, avec le conseil d'administration, à rencontrer Antoine Frérot. Mais il pose plusieurs conditions à cela : que Veolia remonte le prix de son offre actuellement, que les engagements sociaux pris par Veolia portent sur une durée de quatre ans et concernent aussi les salariés de Suez hors de France, que Suez puisse expliquer sa réaction aux administrateurs de Veolia.

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