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Une rafale de vent et le monde est en suspens
Le porte-conteneurs Ever Given de 224 000 tonnes de l'armateur taïwanais Evergreen Marines Corporation, qui se rendait depuis la Chine vers le port de Rotterdam, s’est échoué mercredi matin quelques mètres après l'entrée sud du Canal de Suez, déviant de sa trajectoire sous l'effet d'une bourrasque de 40 nœuds.
La coque a touché le fond et depuis lors, le bâtiment de 400 mètres de long barre l’accès dans les deux sens à l'une des principales routes maritimes mondiales, qui permet d'acheminer les conteneurs depuis la Chine vers l'Europe. Mercredi, 42 navires en provenance de la mer Rouge et 64 navires en provenance de la mer Méditerranée étaient bloqués. Et le constat empire au fil des jours puisque par cette route transitent 12 % du commerce mondial : en 2020, près de 19 000 navires ont emprunté cette route maritime selon l'Autorité du canal de Suez, soit une moyenne de 51,5 navires par jour.
C'est notamment une des artères pour le transport de l'or noir depuis le Golfe Persique vers l'Europe : environ un million de barils de pétrole traversent chaque jour ce canal qui achemine également 8 % du marché mondial de gaz naturel liquide. Et la seule autre voie maritime pour transporter le pétrole depuis le Moyen-Orient vers Europe est le passage par le cap de Bonne Espérance à l’extrémité sud de l’Afrique, ce qui suppose deux semaines de trajet supplémentaires. Si bien qu'il n'existe pas d'alternative au Canal de Suez pour les armateurs qui doivent respecter les délais fixés.
Et pourtant, deux jours après le drame qui s'est déroulé à l'aube mercredi, la situation n'a pas beaucoup évolué. Jusqu'à présent, des pelleteuses ont permis de retirer une partie du sable de la berge pour essayer de décoincer la coque. Huit remorqueurs, appartenant aux autorités du Canal, s’attellent depuis jeudi matin à remettre à flot le porte-conteneurs pour le ramener en eaux profondes sans y parvenir : cela pourrait nécessiter encore plusieurs jours si ce n'est plusieurs semaines. Il s'agit du "plus grand navire jamais échoué dans le canal de Suez" selon le service d’intelligence énergétique Kpler. Le dernier en date était un porte-conteneurs japonais en 2017, qui s'était échoué suite à des problèmes mécaniques, mais il s'en était fallu de quelques heures pour régulariser la situation.
Les contrats à terme de pétrole WTI coté sur le New York Mercantile Exchange ont gagné 5,92 % mercredi pour céder 4,28 % ce jeudi et ceux du pétrole de Brent coté sur l'Intercontinental Exchange ont gagné 5,95 % le jour de l'incident pour à leur tour rendre 3,82 % hier. Le rallye haussier du pétrole depuis le mois de novembre s’était inversé au cours des dix derniers jours en raison du retour à des mesures de restriction en Europe, ce qui devait réduire à nouveau la demande mondiale en or noir de près d’un million de barils par jour selon les estimations de Rystad Energie. La baisse de la demande attendue a même été plus forte que prévu : American petroleum Institute estime que les stocks de pétrole brut ont augmenté de 3 millions de barils la semaine du 15 mars par rapport à la semaine précédente tandis que les analystes tablaient sur une baisse de 200 000 barils. Mais depuis mercredi les cours s'agitent. Ce blocage momentané de l'or noir qui stagne aux alentours du corridor Égyptien devrait cependant globalement contribuer à un mouvement haussier puisque cela représente une pression sur l'offre. Les cours de référence sont tout deux depuis ce matin en légère hausse.
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