Start-up / Private Equity
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Astorg embarque Corialis dans un cinquième LBO
Corialis déchaîne toujours autant les passions parmi les fonds de capital-investissement. Le spécialiste de profilés en aluminium pour le bâtiment vient d'être l'objet de son cinquième (!) LBO en moins de 20 ans : le fonds français Astorg vient d'entrer en négociation exclusive avec CVC Capital Partners pour en faire l'acquisition. Le management de Corialis restera un actionnaire significatif, tandis qu'un réinvestissement de CVC en minoritaire est à l'étude.
Astorg ne souhaite communiquer aucun élément financier (y compris le chiffre d'affaires), mais selon nos informations, la valorisation se situerait entre 1,6 et 1,7 milliard d'euros dette comprise, pour un chiffre d'affaires de 600 millions d'euros et un Ebitda de 150 millions - soit un multiple de 11 fois.
C'est donc la cinquième fois que Corialis, ex-Aliplast, se trouve contrôlé par des fonds de private equity. Après un premier LBO réalisé par Cognetas en 2003, il a été vendu au canadien Sagard (associé à Ergon) en 2007 pour 430 millions d'euros, entre les mains duquel il est resté jusqu'en 2014. Il a ensuite été acquis par Advent International pour 600 à 650 millions d'euros (soit environ 9 fois son Ebitda), qui l'a revendu dès 2017 à CVC pour environ 1 milliard d'euros, soit dix fois son Ebitda.
Pariant sur le déclin des produits en PVC dès les années 1990, Corialis estime que les ouvrants en aluminium ont une durée de vie supérieure et sont "infiniment recyclables", comme l'indique le communiqué annonçant la transaction mardi. La société a passé sans trop de difficultés les conséquences de la crise financière de 2008, qui a pourtant eu des conséquences difficiles pour le secteur des matériaux de construction, en particulier les sociétés sous LBO qui ont été d'autant plus pénalisées qu'elles étaient lourdement endettées, comme l'illustrent les difficultés de Monier (ex-Lafarge Roofing), Materis, Terreal ou encore Consolis au cours des années 2008-2015.
A contrario et malgré quelques difficultés à financer le LBO de 2015, Corialis a connu une croissance assez tonique, aidée, il est vrai, par les quelque 110 millions d'euros réinvestis par Sagard dans les usines pour soutenir le groupe après la crise financière. Le groupe belge affichait un chiffre d'affaires de 200 millions d'euros en 2007 pour un Ebitda de 40 millions, puis de 350 millions d'euros en 2014 pour 70 millions d'Ebitda ; il est passé à 500 millions en 2017 pour 100 millions d'Ebitda. En quatre ans, ses revenus ont donc connu une croissance de 20 % (malgré un exercice 2020 marqué par la pandémie) et son Ebitda de 50 %. Une performance plus qu'honnête, puisque le groupe réalisait 40 % de ses revenus au Royaume-Uni en 2017 et qu'il a donc subi les affres du Brexit. Son activité génère d'importants flux de trésorerie, gage de sa capacité de remboursement - un critère évidemment important dans un LBO.
Il n'est donc pas étonnant que Corialis suscite, à chaque fois qu'il est mis en vente, une foire d'empoigne entre les prétendants. Astorg, qui l'a emporté cette fois, figurait parmi les candidats malheureux face à CVC en 2017. Il a tiré les leçons de son échec : dans un processus d'enchères organisé par Goldman Sachs, le fonds français a réussi à prendre ses rivaux de court en structurant très rapidement une offre ferme, élevée et préfinancée. Selon nos informations, il faisait cette fois-ci notamment face à Partners Group, ICG et Carlyle. Astorg était conseillé par Rothschild, toujours très présent dans les deals LBO. En 18 ans, la valorisation de Corialis s'est alignée sur ses performances et l'enthousiasme qu'il suscite : les protagonistes s'étaient entendus sur une valeur d'entreprise de 205 millions d'euros en 2003. Treize ans plus tard, celle-ci atteignait le milliard.
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