Fusions, Acquisitions / Veolia / Suez
Fusions, Acquisitions
Veolia / Suez
Victoire à la Pyrrhus pour Veolia face à Suez
Après une semaine de discussions intenses et secrètes menées sous l’égide de Bruno Le Maire par Éric Lombard, le directeur général de la Caisse des Dépôts, et Gérard Mestrallet, les conseils d’administration de Veolia et Suez se sont réunis tard hier soir afin d’approuver un accord définitif entre les deux groupes. Les points essentiels de cet accord sont : 1°) un prix d’OPA porté à 20,50 euros au lieu des 15 euros proposés ; ce qui oblige Veolia à payer un prix supérieur de 37 % à celui évoqué dès le 30 août dernier 2°) le maintien d’une entité Suez indépendante conservant notamment l’activité Eau France 3°) la possibilité pour Veolia d’atteindre un chiffre d’affaires de 37 milliards d’euros en récupérant les actifs stratégiques identifiés comme tels.
Voilà pour les grands traits de cette paix des braves, qui aurait pu être atteinte bien plus tôt si des questions d’ego ou des procédures inutiles n’étaient pas venues interférer. Maintenant il va falloir passer de la coupe aux lèvres. Tout en prenant garde à maintenir les engagements sociaux de Veolia pour une durée de quatre ans après la clôture de l’offre, et à intégrer dans les filiales concernées les équipes de Suez parmi celles de Veolia, sans esprit de revanche.
Il restera aussi à créer ce nouveau Suez qui serait détenu par Meridiam, par la Caisse des Dépôts, par les salariés et par Ardian et GIP si ces deux derniers sont toujours d’accord. Les actionnaires en question devront s’engager à conserver par principe leurs positions sur le long terme. Le périmètre sera constitué des activités de Suez dans l’eau municipale et le déchet solide en France, ainsi que des activités de Suez notamment dans l’eau et dans les géographies suivantes : Italie, République tchèque, Afrique, Asie Centrale, Inde, Chine, Australie, et les activités monde digitales et environnementales.
Par ailleurs comme l’on pouvait s’y attendre, cet accord prévoit également la résiliation des accords avec Cleanaway conformément à leurs termes concernant la cession des actifs en Australie (sous réserve des actifs de Sydney) et la suspension de toute autre cession significative, ce qui permet à Veolia d’acquérir notamment l’ensemble des actifs qualifiés de stratégiques. De fait la désactivation de la fondation néerlandaise devra intervenir rapidement. Idem pour le désistement réciproque de toutes les actions judiciaires en cours
Clairement, il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus pour Veolia quand on compare les conditions financières et le nouveau périmètre du groupe avec celui envisagé le 30 août dernier. De plus le groupe d’Antoine Frérot va devoir s’acquitter d’un très coûteux supplément de prix sur la participation dans Suez acquise à Engie.
En revanche les dirigeants de Suez ont particulièrement bien défendu les intérêts de leurs actionnaires. Le mérite en revient d’abord à Philippe Varin qui a su garder cette obsession avant toute question d’ego et en dépit de toutes les attaques inutiles dont il a fait l’objet, notamment de la part de l’AMF. Bertrand Camus qui aurait pu acquérir, dans cette bataille la légitimité qui lui manquait en raison de sa nomination récente n’a pas convaincu la Place, ni ses administrateurs. Et le résultat est un groupe Suez coupé en deux, dont il dirigera peut-être l’un des morceaux.
Cette bataille boursière a pu paraître intense, mais ce n’est finalement qu’une tribulation dans l’histoire de la Compagnie Financière de Suez qui était le principal actionnaire de la Lyonnaise des Eaux. Ce qui témoigne de la capacité impressionnante du capitalisme français à s’adapter à une forme de darwinisme industriel et actionnarial.
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