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Nouriel Roubini

Macro-économie / Taux / Nouriel Roubini / Stagflation

Macro-économie / Taux
Nouriel Roubini / Stagflation

Le sombre présage de Nouriel Roubini

Dans une tribune pour Project Syndicate, le célèbre économiste américain parfois qualifié de Cassandre, donne trois raisons pour lesquelles l’économie mondiale va connaître une situation de stagflation dans les années à venir.
Nouriel Roubini
Nouriel Roubini

Comme souvent, la nouvelle prophétie de l’économiste que le New York Times a surnommé "Dr Doom" ("Docteur Catastrophe") au cours des années 2000, va faire parler. Dans une tribune pour Project Syndicate, Nouriel Roubini dit prévoir une situation de stagflation pour l’économie mondiale dans les années à venir en raison de trois phénomènes intimement liés à la crise pandémique que nous connaissons.

D’un côté, l’Américain escompte une poussée inflationniste durable causée par les politiques budgétaires mises en place à travers le monde. Il prend l’exemple des États-Unis qui ont, selon lui, conduit une politique budgétaire trop expansionniste - environ 6 000 milliards de dollars depuis le début de la crise sans compter le plan Biden sur les infrastructures – "pour une économie qui semble d’ores et déjà reprendre plus rapidement que prévu", fait-il valoir. Plus largement, c’est la plupart des États de la planète qui ont creusé leur déficit public comme jamais auparavant pour empêcher un effondrement qui aurait été fatal à leur économie. Cette politique budgétaire sans précédent a été permise grâce à l’action de celles que Nouriel Roubini juge, en partie, responsables de la stagflation à venir : les banques centrales.

"La liquidité apportée par les banques centrales a d’ores et déjà entraîné une inflation des actifs à court terme, et elle engendrera croissance inflationniste du crédit et des dépenses réelles à mesure de la réouverture de l’économie ainsi que de l’accélération de la reprise", explique l’économiste. L’on pourrait lui rétorquer que les banques centrales durciront leur politique monétaire dès que le moment sera venu comme elles l’ont signalé à plusieurs reprises ces derniers temps, à travers d’abord un ralentissement des achats d’actifs qu’elles effectuent, puis, à l’aide d’un relèvement de leurs taux d’intérêt directeurs. Mais l’économiste estime que ce scénario est, "de plus en plus difficile à croire". Pourquoi ? Les tombereaux de dettes contractés par les États ne supporteraient pas un resserrement des conditions de financement. Il fait donc sienne la thèse de la fiscal dominance selon laquelle la politique monétaire est en train d’être vassalisée par la politique budgétaire. "Les banques centrales ont de fait perdu leur indépendance", juge-t-il.

Ce policy-mix ne fera pas qu’empêcher les économies d’entrer en déflation selon lui, mais pourrait générer de l’inflation car, contrairement à 2008, ce n’est pas un choc de demande négatif lié à une pénurie de crédits auquel est confrontée l’économie mondiale mais à un choc d’offre négatif. Et l’économiste de rappeler que, "la stagflation des années 1970 était survenue à l’issue de deux chocs d’offre pétrolière négatifs, après la guerre du Kippour de 1973 et la Révolution iranienne de 1979". Et la pandémie pourrait n’être que le premier des chocs d’offre négatifs qui pourraient être amenés à se succéder dans les temps qui viennent. Poussant les prix à la hausse et pesant à la baisse sur la croissance potentielle de l’économie, Nouriel Roubini alerte sur plusieurs d’entre eux, c’est ainsi qu’il cite, entre autres, "les obstacles au commerce tels que la démondialisation et la montée du protectionnisme", mais aussi les "ruptures d’approvisionnement postpandémiques", ou encore, l’"aggravation de la guerre froide Chine-Amérique".

En conséquence de quoi, ces chocs d'offre négatifs récurrents combinés aux politiques macroéconomiques accommodantes engendreront "une pression inflationniste persistante – et finalement stagflationniste – ", avance Nouriel Roubini. Les effets concrets, décrits par celui qui mérite plus que jamais son surnom font froid dans le dos, puisqu'"il en serait alors fini du marché haussier séculaire des obligations, de même que les rendements obligataires nominaux et réels croissants rendraient insoutenables les dettes d’aujourd’hui, ce qui engendrerait l’effondrement des marchés boursiers mondiaux".

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