Macro-économie / Taux / Banque Mondiale / Stagflation / Récession / Inflation / Economie mondiale
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Banque Mondiale / Stagflation / Récession / Inflation / Economie mondiale
La menace stagflationniste inquiète la Banque mondiale
Mentionné pour la première fois l’an passé par quelques esprits jugés Cassandre, le risque de stagflation est désormais sur toutes les bouches, même sur celles d’organisations internationales au ton d’ordinaire plutôt policé. "Un peu plus de deux ans après que le COVID-19 a provoqué la plus grave récession mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale, l'économie mondiale est à nouveau en danger. Cette fois, elle est confrontée à une inflation élevée et à une croissance lente en même temps", a ainsi déclaré David Malpass, président de la Banque mondiale, à l’occasion de la présentation de ses nouvelles perspectives économiques mondiales.
Alors que l’institution de Washington prévoit une croissance du Produit intérieur brut (PIB) mondial de 2,9 % pour 2022 et de 3 % en 2023 (contre 4,9 % et 3,2 % initialement), son numéro 1 n’apparaît guère serein. "Plusieurs années d'inflation supérieure à la moyenne et de croissance inférieure à la moyenne sont désormais probables, avec des conséquences potentiellement déstabilisantes pour les économies à revenu faible ou intermédiaire. Il s'agit d'un phénomène - la stagflation - que le monde n'a pas connu depuis les années 1970", a lancé l’Américain. Le rapport long de 176 pages que vient de publier la Banque mondiale est en partie consacré à la comparaison entre des années soixante-dix résolument stagflationnistes et la situation économique présente et à venir. Il en ressort que plusieurs points communs existent.
Comme un air de déjà-vu
D’une part, si l’envolée de l'inflation qui a succédé à la pandémie de COVID-19 a été moins forte que celle qui a suivi la récession suivant le premier choc pétrolier, le ralentissement prévu de la croissance est nettement plus marqué, pointe la Banque mondiale. "Entre 2021 et 2024, la croissance mondiale devrait ralentir de 2,7 points de pourcentage, soit plus de deux fois plus qu'entre 1976 et 1979", indique le rapport.
D’autre part, l’institution de Washington explique qu’à l’image de ce qu’il s’est produit il y a près d’un demi-siècle, des chocs d’offre sont venus se greffer sur une politique monétaire relativement accommodante, ainsi qu’en témoigne le très faible niveau des taux d’intérêt réels (-0,5 % en moyenne sur la décennie 70 et sur la période 2020-2021).
Enfin, les économies émergentes et en développement avaient comme aujourd’hui profité de ces conditions financières pour accumuler une dette relativement importante. Or, "cette situation, conjuguée au risque que les pressions inflationnistes obligent les grandes économies avancées à resserrer fortement leur politique monétaire, fait planer le spectre d'une nouvelle série de crises financières dans les pays émergents, comme dans les années 1980", estime la Banque mondiale.
Si ressemblant et si différent
Des dissemblances notables sont cependant à souligner. Par exemple, l’ampleur du choc pétrolier est moindre. "Les prix du pétrole ont quadruplé en 1973-1974 et doublé en 1979-1980. Aujourd'hui, en termes corrigés de l'inflation, les prix du pétrole ne représentent que les deux tiers de ce qu'ils étaient en 1980", rappelle David Malpass.
En outre, "les économies du monde entier sont également plus flexibles qu'elles ne l'étaient dans les années 1970, avec moins de rigidités structurelles concernant les salaires et les marchés du travail", explique le président de la Banque mondiale. En effet, en 2020, la moitié des salariés des pays de l'OCDE étaient couverts par la négociation collective (contre 80 % dans les années soixante-dix) et en 2018, la réglementation des marchés de biens et services s'était assouplie de telle sorte que l'indice de réglementation des marchés de produits de l'OCDE avait chuté de deux tiers par rapport à son niveau des vingt dernières années.
Pour le reste, la conduite de la politique économique a évolué. "Le cadre de politique monétaire est plus crédible, les Banques centrales des économies avancées et de nombreuses économies en développement ayant des mandats clairs en matière de stabilité des prix. Les anticipations d'inflation à long terme sont également mieux ancrées", estime David Malpass.
Le rapport de la Banque mondiale dresse aussi des comparaisons sur la politique budgétaire. On y lit qu’au sein de la vingtaine d'économies avancées pour lesquelles des données sont disponibles, les soldes budgétaires primaires (charges d’intérêts exclues) se sont affaiblis de 1,5 à 6,5 points de pourcentage du PIB et les dépenses publiques ont augmenté de 5 à 25 points de pourcentage du PIB au cours des années 1970. Par contraste, "d'ici 2023, les deux tiers des économies avancées devraient avoir dénoué la plupart de ces mesures de relance et, d'ici 2024, les deux tiers des économies émergentes devraient avoir fait de même. Cela devrait constituer un frein majeur à la croissance de la demande et contribuer à modérer les pressions sur les prix", anticipent les économistes de la Banque mondiale.
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