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Stagflation ; BRI ; Conjecture ; Perspectives ; Europe ; États-Unis ; Chine ; Banques centrales ; Inflation ; Croissance ; Récession

Macro-économie / Taux / Stagflation / BRI / Conjecture / perspectives

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Stagflation / BRI / Conjecture / perspectives

L’économie mondiale au défi de la stagflation

Jugé hautement improbable l’année dernière, le risque de stagflation figure de plus en plus parmi les scénarios alternatifs des Banques centrales qui relèvent presque toutes leur taux directeurs pour contenir la forte inflation dans un contexte de faible croissance. Dans son dernier rapport annuel, la Banque des règlements internationaux alerte justement contre le risque grandissant d’une telle situation au niveau mondial.
Fabrice COFFRINI / AFP
Fabrice COFFRINI / AFP

Une période de stagflation en zone euro n'est "pas du tout probable", jugeait en début de mois la Banque centrale européenne. Tout le monde ne semble pourtant pas partager le même optimisme. La Banque des règlements internationaux (BRI) livre cette semaine une analyse bien plus pessimiste dans son rapport annuel, envisageant désormais clairement la possibilité d’une stagflation au niveau mondial.

"Dans le pire des cas, l'économie mondiale pourrait s'engager dans une période de stagflation, impliquant à la fois une faible croissance, voire une récession pure et simple, et une forte inflation", prévient la BRI.

 

Un nouveau régime d’inflation ?

 

La réouverture de l'économie l’année dernière sur fond de recul de la pandémie de Covid-19 a été considérablement freinée par les perturbations sur les chaînes d'approvisionnement, contribuant à faire repartir l'inflation à la hausse. La guerre en Ukraine a ensuite exacerbé le phénomène avec des pressions inflationnistes sur le prix des produits de base, notamment du pétrole, du gaz, des produits agricoles et des engrais, dont la Russie et l'Ukraine sont d'importants producteurs.

En conséquence, l’inflation en Europe devrait atteindre 7,4 % cette année, après un pic à 9,3 % au troisième trimestre, selon les prévisions de la banque privée Neuflize OBC. Elle devrait ensuite sensiblement ralentir à partir du deuxième trimestre 2023, mais rester au-dessus de son niveau moyen historique, entre 3 et 4 %. Les observateurs ne visent donc pas un retour à la normale avant 2024 mais ne rejettent pas non plus le risque d’un changement de régime sur le long terme, notamment en fonction du comportement des salaires.

"Assiste-t-on peut-être à un changement de régime, d’un régime de faible inflation à un régime de forte inflation ?", se demandent les auteurs du rapport, traduisant un haut degré d’incertitude.

 

Une récession pour éviter la stagflation ?

 

Une inflation élevée devrait obliger presque certainement les deux principales Banques centrales - la Fed et la BCE - à relever leurs taux d'intérêt au-delà du taux neutre, qui se situerait autour de 2,5 % aux États-Unis et de 1,5 % en Europe, selon la BRI. Par ailleurs, la Réserve fédérale a annoncé qu'elle allait réduire la taille de son bilan, retirant ainsi des liquidités du marché.

Si au minimum, une période de croissance inférieure à la tendance sera donc nécessaire pour ramener l'inflation à des niveaux acceptables, un modeste ralentissement pourrait ne pas suffire. Et même dans ce cas, l'inflation pourrait mettre du temps avant de diminuer, étant donné l'intensité des récentes pressions sur les prix, une situation propice à la stagflation donc.

Empêtrée dans sa stratégie zéro Covid, l’évolution de la situation en Chine pourrait être une source supplémentaire de pression stagflationniste au niveau mondial, ajoute la BRI. D'une part, le pays représentait une part importante de la croissance mondiale - environ un quart - au cours des deux dernières décennies. En outre, il a été une source majeure de demande extérieure pour le reste du monde, notamment pour les matières premières. D'autre part, l'entrée de la Chine dans le système commercial mondial avait à l’époque exercé des pressions désinflationnistes persistantes, en particulier dans les économies émergentes, indique la BRI.

 

Comme un air de Seventies

 

Aux États-Unis du moins, "la situation économique actuelle rappelle celle de 1973-1974, lorsqu’Arthur Burns était à la tête de la Réserve fédérale", explique Jan Viebig, directeur des investissements chez ODDO BHF. À l’époque, la Fed avait relevé ses taux trop tard et trop lentement après le premier choc pétrolier et n’avait pas pu empêcher la hausse anticipée de l’inflation d'entraîner une hausse des salaires.

La situation aujourd’hui semble similaire : la guerre en Ukraine entraîne un choc des prix de l’énergie. En outre, les mesures de relances soutenues prises par les présidents Trump et Biden ont stimulé l'inflation. Selon la "règle de Taylor", la Fed agit aujourd'hui encore trop tard et de manière trop hésitante, car l'inflation réelle est bien supérieure à l'inflation visée et l'économie américaine tourne à plein régime.

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