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Macro-économie / Taux / Verts / Environnement / Parti politique

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Succession de Merkel : qu'attendre du programme économique des Verts

La montée en puissance des Verts dans les sondages et leur victoire récente dans plusieurs Länders les ont incités à présenter leur programme, dans l'espoir d'entrer au gouvernement après les législatives du 26 septembre et le départ de la chancelière.
Annalena Baerbock et Robert Habeck
Annalena Baerbock et Robert Habeck

Les intentions de vote pour le parti des Verts allemands ont grimpé en flèche depuis que la formation écologiste a désigné sa candidate à la chancellerie, la quadragénaire Annalena Baerbock, il y a tout juste trois semaines. Celle qui copréside le parti aux côtés de Robert Habeck depuis janvier 2018 et est membre du Bundestag depuis 2013 jouit d'une forte popularité dans le pays, où les Verts sont par ailleurs montés en puissance depuis un an. Désormais crédités de 20 % à 23 % des voix, ils talonnent le parti démocrate chrétien de la chancelière, fragilisé par des divisions internes. Les Verts ont d'ailleurs remporté deux belles victoires lors des élections régionales du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat en mars dernier. La juriste spécialiste de droit international et ancienne athlète de trampoline chargée de mener la campagne des Verts dispose donc d'un soutien solide au sein du peuple allemand, qu'elle devra encore convaincre sur le plan économique, où son parti est réputé moins crédible que les formations traditionnelles. "À l’aube d’une 'super année électorale' en Allemagne, il revient aux Verts allemands de construire un discours économique cohérent démontrant la compatibilité entre développement économique et protection de l’environnement", explique ainsi Alexandre Robinet-Borgomano, membre de l'Institut Montaigne.

 

Les Verts, un parti plus pragmatique qu'à ses origines

Selon le responsable Allemagne de l'Institut, les Verts ont désormais rompu avec les accents marxistes de leur programme initial et s'attachent à développer et renforcer leurs liens avec les milieux économiques. Le parti a ainsi mis en place un Conseil économique des Verts il y a trois ans, qui réunit notamment des personnalités politiques et des représentants d’entreprises, à commencer par Martin Brudermüller, le CEO du géant de la chimie BASF, ou Hagen Pfundner, membre de la puissante Fédération de l'Industrie allemande (BDI), pour évoquer les perspectives d’une transformation écologique et sociale de la société. Si le parti, fondé en 1980, est alors conçu comme une formation anti-système opposée à l'économie de marché, "la reconnaissance du marché libre comme condition de la prospérité constitue désormais l’un des piliers du positionnement économique des Verts", explique encore le membre de l'Institut Montaigne.

Leur but n'est donc pas de combattre la logique du marché mais de mieux le réguler afin d'en prendre en compte les externalités négatives et d'en palier les défaillances. Dans le domaine écologique, les Verts défendent ainsi entre autres la fixation d'un prix ambitieux du CO2 (60 euros la tonne à horizon 2023 contre un objectif de 55 euros à horizon 2025 fixé par la CDU/CSU fixé en 2019). Dans le champ du numérique, ils soutiennent une meilleure régulation des plateformes et une taxation des géants du secteur, afin de rétablir dans le domaine les bases d’une concurrence libre et non faussée. "Cette défense du marché n'empêche pas les Verts de proposer des mesures sociales fortes, comme la hausse du salaire minimum à 12 euros (contre 9,5 actuellement), la reconnaissance progressive de la semaine de 30 heures ou l'introduction d’un revenu minimum sans condition", explique encore Alexandre Robinet-Borgomano. Qui explique que l'évolution la plus notable des Verts depuis sa fondation réside dans la confiance qu'ils accordent désormais au progrès technique. Le parti est d'ailleurs selon lui particulièrement bien représenté dans le paysage allemand des start-up ; sa présidente a proposé de créer un fond de venture capital alimenté par l’État pour soutenir les jeunes pousses.

 

Quel programme économique pour la campagne de 2021 ?

Des idées qui se retrouvent dans le programme du parti, document de 134 pages, dévoilé le 21 mars dernier. Les Verts proposent ainsi un plan d'investissement offensif, de 50 milliards d'euros, afin de permettre à l’Allemagne de rattraper son retard en matière d’accès au haut débit ainsi que de la doter d’"infrastructures neutres sur le plan climatique", que ce soit par l’extension de son réseau ferroviaire ou la multiplication des bornes de recharge pour les véhicules électriques. Afin de financer ce programme de dépenses, qui représente plus du double de celui présenté par la CDU/CSU, les Verts proposent de mettre fin au principe du Schwarze Null. Principe inscrit à la constitution allemande et qui interdit au pays de s’endetter à plus de 0,35 % du produit intérieur brut (PIB) annuel. Suspendu depuis mars 2020 en raison de l'épidémie et des dépenses extraordinaires que celle-ci a engendrées, le principe fait désormais débat au sein de la classe politique allemande et pourrait donc ne jamais être rétabli.

Vu leur programme économique, une alliance avec le parti de gauche et le SPD serait possible (ils se retrouvent notamment sur l'instauration d'un impôt sur la fortune ou sur la limitation de vitesse sur l'autoroute) et même avec la CDU dont plusieurs membres se sont prononcés en faveur de la fin du principe de Schwarze Null. "Pour le parti vert, il s’agit moins d’affirmer une compétence nouvelle dans le domaine économique que de se présenter comme un partenaire crédible de coalition. Longtemps réticents à exercer le pouvoir, les Grünen sont désormais prêts à faire les concessions qui leur permettront d’assumer en Allemagne de nouvelles responsabilités", conclut Alexandre Robinet-Borgomano.

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