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Angela Merkel / CDU / Verts
Élections allemandes : le clan Merkel présente enfin son programme économique
À moins de trois mois des élections législatives allemandes, qui marqueront la fin de l'ère Merkel dans le pays, les conservateurs ont enfin dévoilé les grandes lignes de leur programme politique et économique. "La campagne électorale peut désormais commencer, puisque la CDU a révélé son manifeste, constituant le dernier parti à sortir ses cartes", commente ainsi Carsten Brzeski, directeur de la recherche macroéconomique chez ING. Principaux points à retenir de ce document d'une centaine de pages, qui a par ailleurs reçu le blanc-seing de la chancelière : aucune hausse d'impôt en vue, qui ferait sinon "obstacle à la reprise nécessaire", de l'économie allemande. Les conservateurs écartent donc toute possibilité d'impôt sur le patrimoine, tel qu'un impôt sur la succession ou la fortune. Et ce alors que l'endettement du pays a grimpé l'an dernier à 70% du PIB, soit dix points de plus que son niveau d'avant crise, et alors que l'agence de la dette a annoncé hier que ses emprunts atteindraient l'an prochain près de 100 milliards d'euros, soit 18 milliards de plus que prévu. Sachant que les nouvelles émissions de 2020 et 2021 devraient atteindre 300 milliards.
Pour autant, le parti est favorable au rétablissement du mécanisme constitutionnel de "frein à la dette", interdisant à l'Etat fédéral de s'endetter à plus de 0,35% du PIB par an. Ce dispositif, suspendu en 2020 et 2021 en raison de la pandémie, devra donc être rétabli une fois la crise passée, selon les conservateurs. Côté imposition, la CDU/CSU prévoit aussi à plus long terme de plafonner à 25% la charge fiscale sur les bénéfices restant dans l'entreprise. Le parti conservateur a également rejeté l'idée de reculer l'âge de départ à la retraite, actuellement situé à 67 ans.
Du point de vue de l'emploi, la CDU/CSU soutient l'idée de conserver un plafond à la rémunération des "mini-jobs", ces postes à temps partiel qui comptent plus de 7 millions de travailleurs dans le pays. Actuellement plafonnée à 450 euros et exemptée de cotisations sociales, cette rémunération passerait à 550 euros maximum, rassurant les entreprises sur le risque qu'elle progresse davantage, soutenant du même coup les embauches, selon le parti conservateur.
Côté environnement, la CDU/CSU défend le développement de l'éléctromobilité, l'hydrogène et les carburants de synthèse dans les transports routiers, afin d'atteindre la neutralité carbone à horizon 2045. Le parti conservateur a en revanche renoncé à interdire les moteurs diesel à combustion et à limiter la vitesse sur les autoroutes. Le parti conservateur compte en revanche développer davantage le système de quotas de CO2 via le système de permis européens notamment.
Au niveau diplomatique, la CDU/CSU a une position plus mesurée que le président américain quant à ses relations avec la Chine, décrivant le pays à la fois comme un "partenaire de coopération et un rival systématique". Rappelons que la chancelière est celle qui a le plus plaidé en faveur d'un accord d'investissements entre l'UE et la Chine fin 2020, certes suspendu depuis, mais qui pourrait être remis à l'ordre du jour, alors que le pays a représenté l'an dernier le premier investisseur au monde, avec 133 milliards de dollars placés. Le ton de la CDU est également plus dur à l'égard de la Russie, qui "défie nos valeurs" et a violé le droit international en annexant la Crimée, rapporte le manifeste.
Quel programme concernant la politique européenne enfin ? La voie de la CDU est importante sur le sujet alors que le pacte européen de stabilité a une nouvelle fois été suspendu et que les fameux critères de Maastricht concernant la rigueur budgétaire font désormais débat au sein de la classe politique allemande. Or, le parti conservateur défend bien un retour à l'austérité dès que les conséquences de la crise seront terminées. "La CDU est ouverte à une révision des règles budgétaires mais pas un assouplissement", commente ainsi Casten Brzeski d'ING. "La CDU est même en faveur d'une mise en oeuvre plus stricte de ces règles dans le futur", poursuit l'économiste. Par ailleurs, le parti conservateur a affirmé que le fonds de relance européen ne devrait pas être pérennisé dans le temps et uniquement servir à la reprise post Covid, contrairement à ce que défend le parti des Verts allemand. La CDU soutient aussi l'instauration d'un mécanisme de défaut souverain ordonné, tout comme il l'avait déjà prôné dans son programme de 2017.
Ce programme conservateur ne sera cependant pas l'unique déterminant de la victoire ou non du parti en septembre. "En Allemagne, un manifeste politique ou une proposition phare n'ont jamais été décisifs pour les résultats d'une élection. Les électeurs allemands optent en général pour le package total des propositions politiques, du candidat et de sa couleur" explique encore Carsten Brzeski. Si les sondages récents sont beaucoup plus favorables à la CDU qu'il y a quelques semaines, avec environ 30% des voix pour la CDU/CSU devant les Verts, qui ne sont plus crédités que de 20% en raison de multiples bourdes de la leader Annalena Baerbock, les jeux ne sont pas faits, estime ING. "Il reste encore trois mois avant les élections et il serait hasardeux de crier à la victoire des conservateurs", conclut Carsten Brezski. Le scénario principal de la banque demeure néanmoins une alliance CDU/Verts ou CDU/Libéraux aux élections de septembre.
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