Politique économique / CDU / Chancelière / Elections
Politique économique
CDU / Chancelière / Elections
Élections du CDU : qui pour remplacer Angela Merkel ?
Va-t-on connaître dès ce week-end le futur leader de l'Etat allemand ? Car c'est demain que le parti chrétien-démocrate (CDU) organise ses élections pour désigner le remplaçant d'Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) élue en décembre 2018 à la tête du parti et considérée comme le poulain d'Angela Merkel, mais démissionnaire en février 2020, après plusieurs erreurs de communication politique. Le congrès qui devait initialement se tenir le 25 avril en présentiel, a finalement été annulé à trois reprises en raison de l'épidémie, et se tiendra donc finalement à distance, avec un vote online de la part des 1001 délégués du parti.
La fin de l'ère Merkel, élue pour la première fois chancelière en novembre 2005 (et à la tête de la CDU depuis avril 2000), est toute proche, puisque cette dernière a annoncé qu'elle ne briguerait pas de cinquième mandat. Et quitterait donc son poste à l'automne prochain. L'élection du futur leader de la CDU est donc cruciale pour le pays, même si le chef du parti ne sera pas forcément désigné par la coalition CDU-CSU comme candidat aux élections nationales de septembre 2021. Tout dépendra de celui qui sera désigné ce week-end. Trois candidats sont pour l'instant en tête de liste des intentions de vote des délégués du parti.
Du plus conservateur au plus centriste
Friedrich Merz (380 sur 1001) figure parmi les préférés bien qu'il représente le candidat de la rupture par rapport à la chancelière et le seul à avoir déjà postulé à la présidence de la CDU, dont il fut écarté en 2002 à la faveur d'Angela Merkel. En 2018, après avoir quitté la politique pour une carrière dans le privé pendant près de 16 ans, il se présente de nouveau à la tête du parti mais perd l'élection contre AKK. "La victoire de Merz signifierait le retour du parti vers le conservatisme social et fiscal", estime Carsten Brzeski, directeur de la recherche macro chez ING. Le candidat a d'ailleurs déclaré dans un entretien au Spiegel qu'il souhaitait que la CDU "se retire de l'ombre d'Angela Merkel". Il est souvent dépeint comme le représentant de l'aile pro business du parti et avec des vues sur les questions sociales assez clivantes.
Armin Laschet, qui dispose de 260 intentions de vote de la part des représentants du parti, est également le seul candidat des trois principales têtes de liste à avoir des responsabilités politiques, en tant que ministre président de la Rhénanie du Nord Westphalie. "Il est considéré comme le candidat de la continuité, le plus proche de la politique de Merkel", explique encore Carsten Brzeski. Plus centriste et donc plus consensuel que Merz, il est en faveur d'une poursuite de l'intégration européenne et avait notamment soutenu l'idée de la création d'euro-obligations pour sortir de la crise de la dette en 2011. Il a également fermement défendu la politique migratoire d'Angela Merkel au moment de la crise politique de 2015 née de cette question. "L'un de ses principaux atouts est d'avoir le soutien du ministre de la santé Jens Spahn, qui fut également candidat à la CDU en 2018, plus libéral sur les questions sociales mais plus conservateur côté politique économique. Jens Spahn pourrait aider Armin Laschet à attirer les voies de droite et réconcilier les différentes factions du parti", explique pour sa part Philippe Gudin, économiste chez Barclays.
Troisième et dernier candidat en lice pour diriger la CDU, Norbert Röttgen, actuellement à la tête de la commission des affaires étrangères du Bundestag. Il fut un temps le grand protégé d'Angela Merkel, dont il fut le ministre de l'environnement entre 2009 et 2012. Il avait été démis de ses fonctions après s'être présenté à la tête de la Rhénanie du Nord et avoir connu une sévère défaite. "Röttgen a souligné qu'il ne représentait aucune tendance particulière au sein du parti", explique encore Carsten Brzeski. C'est également un fervent partisan du partenariat franco-allemand.
Un résultat encore très incertain
Selon un sondage réalisé par The European, aucun des trois candidats ne parviendra à obtenir une majorité absolue ce week-end dès le premier tour. 300 délégués ont déclaré qu'ils étaient encore indécis, ce qui signifie que Merz ne sera pas forcément élu demain. "Si Röttgen était éliminé ce week-end, le second tour entre Merz et Laschet pourrait être très ouvert, même si les électeurs de Röttgen devraient se reporter plus facilement sur Laschet étant donné leur proximité politique", explique encore Philippe Gudin. Les deux tours auront lieu samedi et dimanche et ne seront officialisés que le 22 janvier, même si le nom du vainqueur devrait être connu dimanche soir. La désignation de l'un ou l'autre candidat aura naturellement des répercussions importantes sur l'avenir politique de la CDU. Sous la présidence d'Angela Merkel, le parti chrétien-démocrate a évolu vers le centre et davantage abordé de sujets sociaux et environnementaux. Ce qui a permis au parti de rester l'une des rares formations politiques d'Europe à continuer d'obtenir 30% à 40% des intentions de vote et de gouverner le pays avec un seul autre parti à ses côtés, la CSU bavaroise. La crise migratoire a néanmoins entraîné une montée en puissance du parti nationaliste AfD et fait perdre des soutiens à la CDU, notamment dans l'Est du pays.
Quid des élections générales de septembre 2021 ?
À la différence des autres pays, le leader politique d'un parti est également candidat aux élections générales, du moins pour la CDU et le parti social démocrate SPD. "Voilà pourquoi l'élection de la CDU est si importante puisqu'elle donne au vainqueur une large chance d'être celui qui se présentera à la chancellerie", explique Philippe Gudin. Mais le jeu est plus compliqué que cela : en effet la CDU et son alliée politique la CSU ne désignent généralement qu'un candidat commun lors d'élections générales, et il est donc possible qu'un représentant du parti bavarois soit désigné. "Étant donné que la CDU est en baisse dans les sondages au niveau national, il se pourrait que deux autres candidats entrent en lice : l'actuel leader de la CSU, Marjus Söder et le ministre de la santé Jens Spahn", explique encore Carsten Brzeski. "Ces deux candidats sont beaucoup plus populaires dans les sondages nationaux que les trois potentiels leaders de la CDU", poursuit l'économiste. Si Merz remporte la présidence de la CDU, il devrait vouloir se présenter à la chancellerie. Mais si Röttgen ou Laschet l'emportent, ils pourraient préférer laisser un membre de la CSU se présenter afin d'optimiser les chances de la coalition de l'emporter.
L'élection de ce week-end est donc très importante pour l'avenir du pays, après seize ans de règne de Merkel, mais elle ne pourra pas non plus permettre de prédire exactement les résultats des élections générales de septembre. D'ici là, Angela Merkel et son parti devront continuer de prouver qu'ils parviennent à gérer la crise sanitaire, et à relancer l'économie allemande. Car le bilan de la gestion de l'épidémie fera bien sûr partie des sujets les plus importants aux yeux des électeurs.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

