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Le bitcoin perd la tête
Si le bitcoin reprenait quelque 8% cet après-midi, à 42 459 dollars, après son effondrement en bourse de plus de 30% hier, la journée de mercredi devrait marquer une étape dans l'évolution des devises virtuelles ces prochains mois, tant le krach fut violent. Hier, la plus célèbre des monnaies virtuelles a donc chuté jusque 30.405,50 dollars, perdant près de 50% depuis son plus-haut atteint mi-avril (63.410 dollars), entraînant l'ensemble des devises virtuelles dans sa chute. Sur les 24 dernières heures, l'ether a cédé 8 % à 2.722 dollars (2.235 euros) et le dogecoin a plongé de 10 %. Enfin le bitcoin cash et litecoin ont abandonné respectivement 13 % et 20 %. Face à cette déconfiture, les plateformes permettant d'échanger des cryptoactifs ont dû interrompre les échanges hier, empêchant les investisseurs de se débarrasser de leurs devises virtuelles. Ce qui a contribué au mouvement de panique sur les marchés. En une semaine, la capitalisation mondiale des cryptomonnaies a ainsi perdu près de 1000 milliards de dollars, selon coinmarketcap.
Plusieurs explications à l'effondrement du bitcoin hier : la Banque centrale chinoise (PBoC) a décidé d'interdire aux institutions financières du pays de proposer des services liés au bitcoin à leurs clients, au moment où la BCE mettait en garde contre la volatilité de ce type d'actifs, dans sa revue de stabilité financière. "La volatilité des prix rend le bitcoin risqué et spéculatif, alors que son empreinte carbone exorbitante et son utilisation potentielle à des fins illicites sont préoccupantes", a ainsi prévenu la banque centrale à l'occasion de son rapport. Selon une étude du CNRS de 2019, cette même année, le réseau bitcoin a eu une consommation électrique comprise entre "30 et 80 TW/h et une empreinte carbone de 15 à 40 millions de tonnes de CO2, comparables à celle de pays comme l'Autriche, la Belgique ou le Danemark". Sachant que "la consommation d'énergie du bitcoin augmente proportionnellement à sa valorisation boursière", rappelle pour sa part Marion Laboure, analyste recherche chez Deutsch Bank, qui souligne que cela fait plusieurs années que les conséquences climatiques négatives liées à l'activité de miner son connues.
Mais les déclarations de deux grandes banques centrales ne sont pas les seules responsables de la chute du bitcoin et autres devises virtuelles hier. Un entrepreneur célèbre fait depuis plusieurs mois la pluie et le beau temps sur ces marchés : Elon Musk. Le fondateur de Tesla, qui en mars dernier, avait annoncé qu'il accepterait que ses véhicules soient réglés en bitcoin, a finalement fait volte-face hier en raison justement de l'impact environnemental néfaste de cet actif. Or chaque déclaration d'Elon Musk via twitter ou par la voie des médias américains fait généralement l'effet d'une bombe sur le marché des crypto, par ailleurs très volatile (la volatilité du bitcoin a atteint hier 110). L'entrepreneur avait fait plonger le dogecoin de 30% début mai après avoir déclaré lors d'une émission qu'il s'agissait d'une arnaque.
Tous ces éléments ont donc contribué à semer le doute parmi les investisseurs quant à la valeur réelle du bitcoin, et notamment parmi les institutionnels, qui se sont largement délestés de la cryptomonnaie ces derniers jours. Les flux des fonds bitcoin sont ainsi en territoire négatif depuis un mois. "La valeur fondamentale du bitcoin est zéro puisqu'il ne verse aucun revenu", rappelle ce matin Patrick Artus dans une note. La valeur du bitcoin continuera donc à augmenter et à diminuer en fonction de ce que les gens pensent qu'il vaut. "C'est ce que l'on appelle parfois 'l'effet fée clochette', un terme économique reconnu basé sur l'affirmation de Peter Pan selon laquelle la fée clochette existe simplement parce que les enfants croient qu'elle existe. En d'autres termes, la valeur du bitcoin est entièrement basée sur des vœux pieux", explique encore Marion Laboure de Deutsche Bank. Les cryptos devraient donc rester très volatiles à court terme, au gré de l'opinion et du sentiment des marchés à son sujet, estime l'analyste. Et à long terme, son utilisation comme moyen de paiement généralisé est peu probable, alors que les banques centrales ne cessent de remettre en cause le statut de devises des cryptos et sont toutes en train de développer leur propre monnaie virtuelle. "Le paysage réglementaire lié aux projets actuels de crypto-monnaies et aux efforts futurs (par exemple, Libra/Diem de Facebook) est encore incertain", termine l'analyste.
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