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relation bancaire, banque de demain

Feuilleton de l'été / BPCE / Leonor Lopes Gil / Banque de détail / mutualiste

Feuilleton de l'été
BPCE / Leonor Lopes Gil / Banque de détail / mutualiste

Ils et elles feront le monde d'après - Leonor Lopes Gil

Habituée à jongler avec les responsabilités et les doubles, voire triples casquettes, cette jeune franco-portugaise que rien ne prédestinait à la banque de détail se penche sur les relations bancaires de demain au sein du groupe mutualiste BPCE. ​​
Leonor Lopes Gil - DR
Leonor Lopes Gil - DR

Bardée de diplômes (Sciences Po Paris, ENA promotion Marie Curie, Master 2 de droit économique de l’Université Panthéon Sorbonne, Master 2 en communication politique et des institutions publiques au prestigieux Celsa), Leonor Lopes Gil avait l’embarras du choix pour sa carrière – avec un penchant pour le public et l’Europe vu sa formation et avec un paternel diplomate pour le Portugal. Elle a pourtant assez vite bifurqué dans le privé et les métiers bancaires.

"La voie toute tracée était celle de la diplomatie européenne. Jusqu'au jour où je me suis aperçue que cette voie n'était pas pour moi. Je veux pouvoir exprimer ma vision et la mettre en œuvre ", indique la Lisboète d’origine, qui a pris la nationalité française il y a 8 ans pour pouvoir voter. Elle recherche une liberté de ton et d’action que ne peut se permettre un représentant de l'Etat.

Mais il faut un peu de temps pour que la prise de conscience percole. L’Europe domine ses premiers pas dans le cadre de sa scolarité. Après avoir été stagiaire à la direction générale Justice, liberté et sécurité de la Commission européenne pendant son cursus à Sciences Po, elle est, au cours de sa scolarité à l’ENA, détachée en tant qu’experte nationale auprès du cabinet du président de la Commission européenne José Barroso pendant quatre mois.

C’est là qu’elle prend conscience du privé, notamment après une rencontre avec Bill Gates venu exprimer sa vision du marketing et du monde. Par la suite, elle multipliera les échanges avec les chefs d’entreprise ; elle apprécie leur liberté d’expression et d’action.

En 2012, après un dernier stage en préfecture, Leonor Lopes Gil se sent prête à expérimenter le privé. Ce qu’elle réalise à travers un CDD de chargée de mission à la direction de la stratégie de la Fnac, qui se trouve alors en plein plan social. Alexandre Bompard est arrivé à la tête du groupe un an plus tôt, à l’âge de 38 ans. "Je découvre une entreprise jeune, dans laquelle Alexandre Bompard savait ce qu’il voulait mettre en œuvre. Il était de plain-pied dans la personnalisation de la relation client et la stratégie omnicanale", raconte Leonor Lopes Gil.

Elle y rencontre aussi Frédérique Giavarini, à l’époque directrice de la stratégie du distributeur culturel (nommée à la tête de Nature & Découvertes en mars dernier en plus de ses responsabilités de secrétaire générale de Fnac Darty). "Frédérique a marqué ma carrière par sa capacité à mener de front tout ce qu’elle a entrepris, mais surtout par sa personnalité. C’est un vrai role model pour moi". Leonor Lopes Gil a apprécié de cette expérience la vision d’un capitaine et du collectif qui l’accompagne.

Son choix de rejoindre, en juillet 2012, la Rothschild Foundation en tant que directrice du programme Ariane de Rothschild et du pôle Education & Culture, paraît plus étonnant. Mais cela explique pourtant en partie son cheminement. Doté d’un budget de trois millions d’euros, le programme anime un réseau international comptant de nombreux entrepreneurs et fonctionne comme un fonds d’investissement dont on mesurerait les effets sociaux bénéfiques. "J’y ai fait la découverte de la banque privée et de la gestion de fortune, aux clients extrêmement exigeants qui veulent laisser une trace dans leur pays : nous construisions ensemble des programmes ou des fonds qu’ils pourraient laisser à la postérité", explique la jeune femme.

Un tournant décisif

Leonor Lopes Gil rencontre lors d’un cocktail quelqu’un qui aura une influence déterminante dans sa vie, puisqu’il lui permettra de renouer avec le Portugal et d’entrer dans l’entreprise dans laquelle elle s’épanouit aujourd’hui : Jean-Philippe Diehl, le président du directoire de Banque BCP (à cheval entre la France, le monde lusophone et le Luxembourg, détenu à 80% par la Caisse d’Epargne Ile-de-France et 20% par la banque portugaise Millennium BCP). Le dirigeant apprécie la double culture de la jeune femme, ainsi que sa "tête bien faite", alors qu’elle ne connaît rien à la banque de détail. "Ce n’est pas grave, je vous apprendrai le métier", lui dit-elle. Nous sommes fin 2013.

Jean-Philippe Diehl confie à Leonor Lopes Gil le développement de produits financiers simples pour la clientèle des PME, l’élaboration de nouveaux partenariats commerciaux et l’accompagnement de la direction dans la stratégie de la banque et la conduite du changement. "Cette triple casquette nécessite d’avoir en ligne de mire la vision stratégique, le client et la transformation du groupe", résume-t-elle. À travers BCP, elle découvre aussi BPCE et son très large domaine d’intervention via les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne.

Cela tombe bien : la "nouvelle" banquière a tapé dans l’œil des dirigeants de la maison-mère : Leonor Lopes Gil intègre en 2016 le programme des hauts potentiels du groupe mutualiste, qui facilite la mobilité interne. Ce qui lui permet de croiser la route de Laurent Roubin, alors directeur de la banque de détail et de l’assurance pour BPCE. En 2017, il lui propose la direction du marketing stratégique et des programmes stratégiques, la faisant intégrer le comité de direction du pôle Banque de détail et Assurance.

L'importance du collectif

"Je mesure la confiance que Laurent Roubin m’a accordée. C’était un vrai pari. À l’époque, le comité de direction comptait peu de femmes et peu de jeunes", confie-t-elle. La tâche semble immense : elle pilote le plan de transformation des deux réseaux de banque de détail, qui redéfinit la segmentation de la clientèle, la montée en puissance des collaborateurs à travers la formation, mais aussi la réduction des coûts. Le marketing stratégique consiste, lui, à identifier les conséquences des transformations sociétales pour les métiers de la banque de détail. Le tout dans un groupe mutualiste de 106 000 collaborateurs où chacun peut décider d’adhérer ou non… "Je me lève tous les matins pour être dans un collectif qui réussit. Dans un groupe mutualiste, d'autant plus BPCE qui fonctionne avec deux marques différentes et plusieurs filiales, on ne peut réussir sans collectif fort. C’est indispensable pour moi", répond-elle, louant la grande liberté d’échange dont elle jouit.

Le double poste pousse cette grande randonneuse à développer toute une palette de qualités. "Je dois être capable de comprendre rapidement les enjeux et d’anticiper les changements à venir, ainsi que leurs conséquences sur les métiers ; j’ai une longue-vue greffée dans le cerveau, avec des intuitions fortes. Il m’a également fallu être persévérante, en particulier pour faire adhérer sans imposer, et aimer co-construire, faire preuve d’écoute active, d’esprit de synthèse pour tirer le meilleur du collectif… Ce qui nécessite également une bonne dose d’humour pour désamorcer les tensions !", raconte-t-elle.

En récompense du travail accompli, Leonor Lopes Gil est nommée directrice des Nouveaux business et de la prospective, mais aussi directrice de l’économie du sport. Une progression logique après son travail prospectif, estime-t-elle. "Mon poste actuel me permet de travailler avec les partenaires de l’écosystème pour mieux servir nos clients : nous construisons des plates-formes de services extra-bancaires, que nous couplons à notre offre de services bancaires pour être utiles à nos clients au-delà des seuls services financiers", détaille-t-elle. Avec un socle de 30 millions de clients, Leonor mesure l’effet potentiel que ces innovations peuvent avoir.

Elle mesure d’ailleurs quotidiennement le retentissement du groupe mutualiste dans lequel elle travaille. "La Caisse d’Epargne est le premier acteur de l’économie sociale et solidaire et le premier financeur des collectivités locales. J’y retrouve la notion d’intérêt général et d’activités à impact positif pour la société. Et les Banques Populaires ont un impact sur l’économie réelle, en tant que première banque des PME, participant au tissu économique local. BPCE offre donc une vision à 360° des secteurs qui font l’économie réelle. Le mutualisme est en accord avec qui je suis. Choisir une banque c’est choisir un modèle de société", affirme-t-elle.

Leonor Lopes Gil estime ainsi que par l’implantation de leurs réseaux, les banques de détail participent à la structuration et la transformation des territoires. C’est pourquoi l’activité joue un rôle important dans la vie quotidienne des gens. La dirigeante en veut pour preuve la crise sanitaire : "Je suis fière du rôle que nous avons joué pour rassurer et soutenir nos clients : les deux réseaux de BPCE ont distribué 21,5 milliards d’euros de Prêts garantis par l’Etat. L’ensemble du groupe, Natixis compris, a accordé 31 milliards d’euros à 215 000 clients, sur un total de 134 milliards qui ont été accordés par l’ensemble de la Place pendant la crise sanitaire".

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