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Yves de Kerdrel
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Les populistes font bouger les lignes de la Présidentielle
par Yves de Kerdrel
Alors que le gouvernement vient de présenter un projet de loi de finances électoraliste par le niveau élevé des dépenses auquel vont venir s’ajouter de nouvelles mesures extrabudgétaires, la percée de Zemmour dans les sondages, l’effondrement de Marine Le Pen et l’attention portée au débat Zemmour-Mélenchon font bouger les lignes de la prochaine présidentielle.
Ce soir Emmanuel Macron sera à Lyon pour un dîner des grands chefs dans le cadre du Salon international de la Restauration de l’Hôtellerie et de l’Alimentation lorsqu’il prendra connaissance des résultats de l’élection législative allemande. Une élection cruciale, puisqu’elle doit déboucher sur le nom du successeur d’Angela Merkel qui a régné sur l’Allemagne pendant seize ans – depuis octobre 2005 – et qui a, de fait, imprimé fortement sa marque – et pas toujours de manière positive – sur l’Europe.
Selon les derniers sondages, les trois principaux partis (CDU, SPD et Verts) étaient dans un mouchoir de poche et les instituts de sondage se disaient incapables de prévoir le résultat final, même si le candidat des sociaux-démocrates, Olav Scholz, actuellement ministre de l’Économie et Vice-Chancelier, a de grandes chances de faire gagner son parti et donc de devoir construire une nouvelle coalition.
Vers un impôt sur le capital outre-Rhin
Après cela, il y aura encore loin de la coupe aux lèvres pour que l’Allemagne dispose d’un gouvernement et qu’Angela Merkel quitte définitivement la Chancellerie, tant il sera difficile de créer cette coalition capable de gouverner avec, cette fois-ci, des mesures annoncées par les conservateurs et les sociaux-démocrates très différentes. À la fois pour accélérer la transition écologique et pour réduire les inégalités sociales.
C’est pourquoi les paris vont vers une coalition dite "feu tricolore" c’est-à-dire verte, avec les écologistes, orange avec les libéraux du FPD et rouge, couleur historique des sociaux-démocrates. Une coalition baroque, tant le FPD est pro business alors que le programme de gouvernement des verts et du SPD prévoit la restauration d’un impôt sur le capital, une nette hausse du Smic et un détricotage partiel des mesures Hartz IV.
Angela Merkel part… mais reste encore un peu
Même si Angela Merkel va occuper la Chancellerie pendant encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois, elle ne pourra rien faire d’autre que d’expédier les affaires courantes. Ce qui n’est pas dans son caractère. Mais surtout cela va priver Emmanuel Macron d’un partenaire crucial à un moment où la géopolitique et la guerre froide entre la Chine et l’Amérique frappe à nouveau à la porte d’une Europe aux abonnés absents.
Du coup celle qui va tirer son épingle du jeu au cours des semaines qui viennent, c’est Ursula Von der Leyen, la présidente de l’Europe. Comme par hasard elle a récemment fait un discours sur l’état de l’Union à tonalité très conservatrice, et reprenant beaucoup des thèmes chers à Emmanuel Macron. Car dans trois mois, la France prendra pour six mois – hachés par l’élection – la présidence tournante de l’Europe.
Un match de catch sans intérêt
Même si plus de six mois vont s’écouler avant le premier tour, la campagne pour l’élection présidentielle a connu une intensité incroyable cette semaine. Notamment chez les populistes de tous bords avec le duel télévisé – organisé comme un match de catch – entre Éric Zemmour candidat non déclaré mais très présent sur la scène médiatique et Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré depuis longtemps, mais dont l’étoile a beaucoup pali depuis que certains sondages le plaçaient devant François Fillon au premier tour de 2017.
Comme prévu, le match n’a eu aucun intérêt. Les deux interlocuteurs n’ayant aucun intérêt à écouter l’autre. Ils ont parlé du passé pendant deux heures. Ils ont même beaucoup parlé de l’histoire de France. C’était le seul point intéressant. En revanche pour un électeur cherchant des solutions pour l’avenir il valait mieux regarder une autre chaîne de télévision. Il n’empêche BFM TV a fait un carton ce soir-là et ce débat a été trois à quatre fois plus regardé que l’émission politique sur la deux avec Valérie Pécresse. Émission où l’invité initial devait être Jean-Luc Mélenchon…
La vie privée et publique de Zemmour
Le même jour le journal Paris Match a fait sensation en publiant à sa une, une photo d’Éric Zemmour se baignant à La Seyne sur Mer et enlaçant sa jeune conseillère de 28 ans, Sarah Knafo, auditrice à la Cour des comptes qui vient de se mettre en disponibilité… jusqu’à fin novembre. Pour l’heure c’est elle qui gère toute la précampagne du chroniqueur du Figaro. Y compris la recherche de financements.
Elle avait accompagné son mentor le week-end dernier à Toulon puis à Nice pour deux réunions avec des afficionados suivies de séances de dédicaces de son dernier livre qui figure en tête des ventes d’essais politiques, alors qu’il ne s’agit que d’un journal de bord, mal écrit, dépourvu d’aucune proposition concernant l’avenir du Pays. Preuve que le clan populiste est enraciné dans le passé et se fiche comme d’une guigne de la reconstruction de la France pourvu qu’on lui parle de faire des charters d’immigrés… !
Une barre de qualification à 17 % pour le second tour ?
À droite le dernier sondage plaçant Zemmour à 11 %, publié dans le baromètre Harris Interactive de Challenge a continué de brouiller les cartes. La montée en puissance du candidat populiste fait quasiment disparaître Michel Barnier des sondages et atteint largement le socle de Valérie Pécresse. Bien sûr C’est Marine Le Pen la plus touchée à 18 %. Mais Xavier Bertrand est désormais bien plus près d’elle qu’elle ne l’est d’Emmanuel Macron.
Pour l’heure, le Chef de l’État n’est pas vu comme un candidat, c’est ce qui lui permet de garder un score à 23 %. Mais dès qu’il entrera en campagne il risque de voir sa cote s’éroder. Soit vite comme Édouard Balladur. Soit lentement comme Lionel Jospin. Mais les experts semblent parier, cette fois, sur une redite de l’élection présidentielle de 2002 où la barre de qualification pour le second tour était autour de 17 %, tant seront nombreuses les candidatures.
La primaire à droite est enterrée
S’agissant de la droite de gouvernement le congrès des Républicains qui s’est tenu hier de manière virtuelle, a entériné à 58 % le fait que le candidat du parti serait désigné lors d’un prochain congrès en décembre. Ce qui met un dernier clou sur le cercueil de la primaire qui avait beaucoup de plomb dans l’aile depuis le refus de Laurent Wauquiez d’y participer.
Bien sûr, tout cela fait les affaires de Xavier Bertrand qui explique, depuis des mois, que la primaire est une machine à perdre et à diviser le camp fragile de la droite raisonnable. Son but est maintenant de créer les conditions d’un rassemblement avec Valérie Pécresse et Michel Barnier pour que le congrès de décembre l’adoube en tant que candidat auquel se seront ralliés ces deux autres prétendants et qui feront un ticket avec lui.
La capacité à rassembler est le premier atout d’un candidat
Deux raisons militent pour cette hypothèse. D’une part, si la droite qui ne gouverne plus depuis près de dix ans veut reprendre les commandes du pays il faut qu’elle soit unie, très unie et qu’elle rassemble toutes les sensibilités. Qu’elles soient libérales comme les partisans de Valérie Pécresse, européennes comme ceux de Michel Barnier ou bonapartistes, comme ceux d’Éric Ciotti. Et la capacité à rassembler est la première des qualités exigées pour ensuite être capable de présider le pays.
D’autre part, face au phénomène Zemmour qui peut continuer à monter, même s’il fait chuter Marine Le Pen davantage que les Républicains, la division n’est pas possible. Et seul un candidat de droite assez ferme sur les questions régaliennes et assez clair sur l’économique et surtout le social – alors que Zemmour ignore ces deux mots – peut marquer un avantage sur ce nouveau populisme de droite qui rebat totalement les cartes du scrutin. À condition qu’il ait les signatures suffisantes pour se présenter.
Une primaire dangereuse pour les Verts
À gauche la douche a été assez froide pour Anne Hidalgo, adoubée par un congrès du Parti Socialiste – où elle n’a pas pris la peine de se rendre – puisqu’un sondage lui a accordé 4 % seulement, soit autant que ce dont bénéficiait récemment Arnaud Montebourg.
Il faut dire que toute l’attention est portée jusqu’ici sur les Verts dont le premier tour, qui s’est terminé dimanche dernier a placé au second tour la candidate la plus radicale, Sandrine Rousseau. Et Yannick Jadot, le candidat écologiste "raisonnable" n’est pas du tout assuré de gagner le second tour qui se termine mardi soir. Preuve que les primaires sont une machine à faire gagner les plus radicaux, comme cela avait été le cas avec Benoit Hamon chez les socialistes en 2017.
L’OCDE optimiste pour 2022
Les perspectives de l'économie mondiale continuent de s'améliorer, a déclaré mardi l'Organisation de coopération et de développement économiques, jugeant toutefois qu'il serait prématuré de réduire les mesures de soutien exceptionnelles à l'économie. Après un recul de 3,4 % l'année dernière, l'économie mondiale devrait afficher une croissance de 5,7 % en 2021 et de 4,5 % en 2022, a déclaré l'OCDE. Sa prévision pour cette année est ainsi abaissée de 0,1 point de pourcentage par rapport à celle de mai et sa prévision 2022 est relevée de 0,1 point.
L'OCDE a indiqué que l'inflation des 20 principales économies du monde devrait atteindre 4,5 % en moyenne d'ici la fin de l'année, avant de retomber à 3,5 % en 2022. L'économie américaine devrait connaître une croissance de 6 % cette année, soit une baisse de près d'un point de pourcentage par rapport aux estimations de mai, et un ralentissement à 3,9 % en 2022, soit une hausse de 0,3 point de pourcentage. La croissance de l'économie chinoise devrait s'établir à 8,5 % cette année et à 5,8 % en 2022, chiffres inchangés par rapport à la dernière estimation. L'OCDE a relevé d'un point de pourcentage, à 5,3 %, sa prévision pour la zone euro en 2021 et de 0,2 point de pourcentage, à 4,6 %, ses estimations pour 2022.
L’inflation américaine effraie la Fed
La Réserve fédérale américaine a déclaré mercredi qu'elle pourrait "bientôt" réduire ses achats d'obligations sur les marchés et elle envisage une première hausse de taux plus tôt que prévu, neuf de ses dix-huit principaux responsables jugeant que le coût du crédit pourrait devoir augmenter en 2022. Cette inflexion du discours de la banque centrale des États-Unis s'explique notamment par l'évolution de ses prévisions en matière d'inflation : elle s'attend désormais à ce que la hausse des prix à la consommation culmine à 4,2 % cette année, contre 3,4 % prévus en juin, un niveau plus de deux fois supérieur à son objectif.
La hausse des taux d'intérêt devrait toutefois être relativement lente puisque le taux des fonds fédéraux, qui reste pour l'instant fixé entre zéro et 0,25 %, ne devrait atteindre que 1 % en 2023 puis 1,8 % en 2024, un niveau qui resterait considéré comme accommodant. Durant cette période, la Fed laisserait l'inflation dépasser légèrement son objectif de 2 %, conformément à la nouvelle stratégie adoptée l'an dernier. Le taux de chômage, lui, reviendrait progressivement vers son plus bas d'avant la pandémie, soit 3,5 %.
Vers un début de "tapering" aux États-Unis
Les membres du Federal Open Market Committee ont aussi revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour cette année : la médiane de leurs estimations de progression du produit intérieur brut (PIB) est revenue à 5,9 %, contre 7,0 % en juin. Les secteurs les plus fortement affectés par la pandémie se sont redressés ces derniers mois mais l'augmentation des cas de COVID-19 a freiné la reprise. Le Comité n'a pour l'instant pris aucune décision sur le rythme et le calendrier de la réduction des achats d'actifs, mais le président de la Fed, Jerome Powell, a déclaré qu'il serait approprié que ce processus débute bientôt pour s'achever d'ici à la mi-2022.
Jerome Powell a ajouté que les conditions financières resteraient accommodantes même après l'arrêt des achats de la Fed et il a souligné que les décisions en matière d'achats d'actifs étaient distinctes de celles concernant les taux. Tout en prenant acte du fait que la résurgence récente de l'épidémie de COVID-19 a freiné la reprise de certains secteurs de l'économie, la Fed note dans son communiqué - adopté à l'unanimité - que les indicateurs dans leur ensemble "ont continué de se renforcer". Lors de sa conférence de presse, Jerome Powell a précisé que le FOMC pourrait conclure dès la prochaine réunion, début novembre, que l'évolution de l'emploi et celle de l'inflation correspondent aux conditions fixées comme préalables à une diminution des achats.
Deux cotations très réussies
Les deux évènements de la semaine ont été deux introductions en Bourse. D’abord, mardi dernier, celle d’Universal Music, par le biais d’un détachement de coupon Vivendi sous la forme de titres UMG. L’action s’est immédiatement envolée à la Bourse d’Amsterdam, preuve de l’attente suscitée par l’arrivée à la cote de ce géant du contenu musical. Vendredi soir la capitalisation boursière tutoyait le seuil des 50 milliards de dollars. De fait la capitalisation de Vivendi est désormais de 11,4 milliards d’euros, inférieure aux 15,5 milliards de son principal actionnaire, le groupe Bolloré.
L’autre cotation, très différente, a été celle de la société de gestion des fonds Antin Infrastructures, dont le nom avait été cité pour entrer au capital de Suez. L’action affichait vendredi une hausse de 25 % à plus de 30 euros. Le groupe s’était déjà illustré par la forte demande des investisseurs dans le cadre de son IPO. Jeudi soir, après la clôture, le prix définitif avait en effet été fixé à 24 euros, en haut de la fourchette de 20 à 24 euros proposée.
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19/09/2021 - 06:30
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