Macro-économie / Taux / BCE / Bundesbank / Banque centrale européenne / Politique monétaire / faucon / Inflation / déflation
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Démission de Jens Weidmann : un revers pour l’orthodoxie monétaire européenne ?
Jens Weidmann a jeté l’éponge. Le président de la toute-puissante Bundesbank, la Banque centrale allemande, a annoncé hier après-midi sa démission prochaine, à la fin de l’année. Concrètement, il a demandé au président de la République allemand, Frank-Walter Steinmeier, de le démettre de ses fonctions le 31 décembre.
C’est une surprise, même si les rapports de ce faucon monétaire et budgétaire avec ses homologues au sein de la zone euro s’étaient tendus ces derniers temps, après une décennie à la tête de l’institution allemande : son mandat devait s’achever en 2027.
"Je suis arrivé à la conclusion qu’après plus de dix ans, c’est le bon moment pour ouvrir un nouveau chapitre – pour la Bundesbank, mais aussi pour moi personnellement", écrit diplomatiquement Jens Weidmann dans une lettre destinée à ses salariés. Mais ce courrier est également une sorte de testament : il enjoint ses confrères et son futur remplaçant à "ne pas considérer seulement les risques de déflation, mais aussi de ne pas perdre de vue les risques d’inflation potentiels" et à ce que "la politique monétaire respecte son mandat étroit et ne se laisse pas entraîner par la politique budgétaire ou les marchés".
La crise sanitaire et les multiples plans de relance des Etats membres de l’Union européenne (UE) et mesures de soutien de la Banque centrale européenne (BCE) ont marqué une inflexion dans l’orthodoxie traditionnelle prônée par la BCE, et dont Jens Weidmann était le fer de lance – conséquence du traumatisme qu’a constitué l’hyperinflation pendant la République de Weimar, la Constitution allemande interdit à l’Etat de s’endetter à plus de 0,35% du PIB par an.
Contexte politique allemand
Or, en juin encore, Jens Weidmann a plaidé pour un resserrement des politiques monétaire et budgétaire dès que les effets de la crise sanitaire seraient passés. "Il est important de maintenir des règles de rigueur budgétaire pour éviter de manière fiable des taux d’endettement public élevés", avait-il également plaidé dans son discours tenu à l’occasion du 70e anniversaire de l’Institut de l’économie allemande (IW) – pour éviter que la crise ne serve de prétexte aux Etats pour mettre fin aux règles budgétaires européennes. En juillet, il avait également refusé d’approuver la "forward guidance" (esquisse de la trajectoire future de la politique monétaire) de la BCE.
"La question de savoir si le départ de l'un des membres les plus conservateurs du conseil des gouverneurs de la BCE portera un coup aux ‘faucons’ partisans de l'orthodoxie budgétaire dépendra bien sûr du successeur de Weidmann", explique Wolfgang Bauer, gérant au sein de l’équipe Institutional public fixed income (obligataire institutionnel public) de M&G Investments. La décision de Jens Weidmann intervient précisément dans un contexte politique particulier en Allemagne : les trois partis vainqueurs qui négocient actuellement la formation d’un nouveau gouvernement (les sociaux-démocrates du SPD, les Verts et le parti libéral-démocrate FDP) sont notoirement plus souples sur ces questions que les conservateurs de la CDU.
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