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Maastricht rigueur budgétaire

Politique monétaire / Bundesbank / règles budgétaires

Politique monétaire
Bundesbank / règles budgétaires

L'Allemagne plaide pour un durcissement de la politique monétaire

Le président de la Bundesbank a rappelé que l'UE ne pourrait se passer de règles budgétaires, et plaidé pour un resserrement de la politique monétaire dès que les effets de la crise seraient passés.
Jens Weidmann
Jens Weidmann

La crise de la Covid pourrait bien n'avoir été qu'une parenthèse de deux ans dans la grande tradition de la rigueur budgétaire allemande. Certes, le pays a abandonné son mécanisme de frein à la dette l'an dernier et cette année, afin de pouvoir dépenser autant que nécessaire pour absorber les terribles effets économiques de la pandémie. Mais il devrait rapidement revenir à l'orthodoxie fiscale, une fois la crise terminée.

Rappelons que Berlin a ajourné en 2020 le dispositif constitutionnel lui interdisant de s'endetter à plus de 0,35 % du PIB par an, l'Allemagne ayant contracté l'an dernier 218 milliards d'euros de dettes, faisant grimper son endettement de 59,7 % à 69,8 % du PIB.

Mais le gouverneur de la Bundesbank a mis les choses au clair cette semaine lors d'un discours tenu à l'occasion du 70e anniversaire de l'Institut de l'économie allemande (IW). "Il est important de maintenir des règles de rigueur budgétaire pour éviter de manière fiable des taux d'endettement public élevés", a ainsi déclaré Jens Weidmann. Le gouverneur allemand a notamment conseillé de ne pas miser sur des taux d'intérêt éternellement bas et de ne pas surestimer les effets des mesures de soutien des États.

Si le gouverneur a reconnu qu'il ne fallait pas réduire trop tôt ces mesures de soutien public, en raison de l'incertitude persistante de la pandémie, il a martelé que la crise ne devrait pas servir de prétexte aux États pour se débarrasser une fois pour toutes des règles budgétaires. Un message peu dissimulé à l'égard des pays du sud de l'Europe qui souhaiteraient un aménagement des règles de Maastricht voire la fin des contraintes budgétaires telles qu'elles existaient jusqu'à présent. "La situation deviendrait particulièrement critique si les charges démographiques qui ne manqueront pas de peser sur les finances publiques se heurtaient à l'avenir à une hausse des taux d'intérêt en conjonction avec un ratio de la dette publique élevé", a ainsi prévenu Jens Weidmann. D'où la nécessité selon lui de limiter dans le temps l'intervention des États, qui, par ailleurs, si elle perdurait pourrait aussi empêcher le changement structurel et maintenir en vie des structures dépassées.

Au-delà de ce petit rappel à l'ordre budgétaire, le président de la BuBa a rappelé que si la politique monétaire et budgétaire suit le même objectif depuis le début de la pandémie, à savoir amortir les effets de la crise, elles devront reprendre leur rôle habituel une fois la pandémie terminée. La politique monétaire devra donc se contenter d'assurer la stabilité des prix, nécessitant une stratégie plus restrictive qu'à présent.

Une déclaration qui laisse entendre que les prochaines décisions de la BCE pourraient susciter quelques débats au sein des gouverneurs. Pour l'instant, la présidente Christine Lagarde a clairement annoncé début juin que Francfort maintiendrait sa politique très accommodante, avec la poursuite du programme d'achats de titres d'urgence jusqu’à mars 2022 au moins et le maintien des taux directeurs aux niveaux actuels jusqu'à ce que l'inflation ait atteint l'objectif de 2 % visé par la BCE. Or selon les nouvelles projections économiques de la BCE, l'inflation ne devrait pas dépasser les 1,4 % à l'horizon 2023.

Mais d'autres gouverneurs que Jens Weidmann ont déjà plaidé eux aussi pour ne pas éterniser le soutien monétaire de la BCE, dont celui de l'Autriche et des Pays Bas. Or ces deux derniers ne devraient pas voter lors de la prochaine conférence de juillet en vertu du système de droit de vote tournant. L'Allemagne, elle, s'abstiendra au mois d'août. C'est donc cet automne que les discussions pourraient se tendre sur la stratégie monétaire de sortie de crise à suivre. Tout dépendra cependant d'ici là de l'évolution sanitaire dans le Vieux Continent et notamment de celle du variant indien Delta. Car si la conjoncture s'est nettement améliorée depuis la sortie de confinement du printemps, elle pourrait pâtir d'une quatrième vague cet automne, scénario qu'il n'est pas impossible d'exclure pour le moment.

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