Professions financières / Crédit Agricole / CASA / Banque / Assurance / Gestion d'actifs / Amundi / BFI / CACIB
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Crédit Agricole / CASA / Banque / Assurance / Gestion d'actifs / Amundi / BFI / CACIB
Le Crédit Agricole mal récompensé
Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Alors que ses concurrentes BNP Paribas, Société Générale et BPCE ont affiché des résultats d’excellente facture au troisième trimestre, réjouissant les investisseurs (à l’exception de BPCE dont Natixis n’est plus coté depuis le début d’année), ceux-ci ont fait la fine bouche concernant le Crédit Agricole et sa structure cotée, Crédit Agricole SA (ou Casa). Ces derniers ont pourtant eux aussi publié des résultats record au troisième trimestre et pour les neuf premiers mois.
Pour la période s’étalant de juillet à septembre, Casa affiche en effet un résultat net de 1,4 milliard d’euros (soit un bond de 44% sur un an). C’est nettement au-dessus du consensus des analystes compilé par Factset (1,2 milliard), comme de celui de Refinitiv (1,23 milliard). Le bénéfice du groupe (qui réunit Casa et les 39 caisses régionales du Crédit Agricole) atteint 2,2 milliards (+26%). Des montants records, qui s’ajoutent aux records établis au premier semestre.
Casa a décidé, comme ses concurrents, d’en faire profiter ses actionnaires après un an de vache maigre à la suite des recommandations des superviseurs européen et français. La structure cotée a confirmé son intention de distribuer le solde de 0,40 euro du dividende au titre de l’année 2019 qui n’avait pas été versé. Ce sera fait sur deux ans, en 2022 et 2023. La banque n’a en revanche pas annoncé de plan de rachat d’actions à l’inverse de BNP Paribas et de la Société Générale, et pour cause : un premier programme de 559 millions d’euros a déjà eu lieu fin septembre, tandis qu’une seconde tranche, de 500 millions, a commencé le 5 octobre jusqu’au 28 janvier.
Des activités de détail à la fête
Comme pour ses concurrents, l’établissement a été porté à la fois par une réduction particulièrement importante de ses provisions pour coût du risque (autrement dit pour créances douteuses) et par une forte hausse de ses revenus (en particulier en banque de détail). Les provisions ont reculé de 54% à 266 millions d’euros chez Casa dans ses différents métiers, signe du redémarrage de l’économie depuis le début de l’année. Le produit net bancaire (équivalent au chiffre d’affaires) a progressé de 7,6% pour atteindre 5,54 milliards d’euros, alors que le consensus Factset ressortait à 5,45 milliards.
L'activité de Casa au troisième trimestre a été tirée par la banque de proximité, dont les revenus ont augmenté de 12% sur un an. En France, le PNB du réseau LCL progresse de 5,1%, tandis que son résultat net a bondi de 31% au troisième trimestre, pour atteindre 230 millions d’euros. La banque de détail à l'international, en particulier l'Italie, a nettement dépassé les prévisions. Le résultat net ajusté a flambé de plus de 69% à 107 millions d'euros – alors que les analystes attendaient en moyenne 74 millions.
Les services financiers spécialisés (crédit à la consommation, crédit-bail/leasing, affacturage…), qui forment une entité séparée mais qui sont pour certains distribués essentiellement dans les réseaux, voient leur PNB et leur résultat net grimper (respectivement de 13,8% et 20%).
Les pôles banque de proximité et SFS sont tous les deux directement liés à l’évolution de l’économie réelle. Ils profitent pleinement du redémarrage de la demande et des projets de leurs clients.
Le pôle gestion de l'épargne et assurances (dont les revenus ont progressé de 11,3%) en profite également. Mais il bénéficie aussi de l’atout décisif d’être distribué dans les deux réseaux du groupe Crédit Agricole au maillage incomparable : la banque verte est en effet le premier établissement français en nombre de clients grâce aux caisses régionales et à LCL et elle bénéficie d’une présence importante en Italie notamment. Amundi est enfin le premier gestionnaire d’actifs européen en termes d’encours.
Le revers de la médaille
Mais les investisseurs attendaient davantage. Le Crédit Agricole a souffert la comparaison avec ses concurrents dans les activités de Banque de financement et d’investissement (BFI). En effet, le groupe a réduit la voilure dans plusieurs de ces métiers au cours de la décennie, en particulier sur les dérivés actions. Sa BFI (CA CIB, rattachée à Casa) n’a donc pas pu profiter du rebond du marché actions depuis le début de l’année (les indices ont atteint des records au cours du trimestre passé). De ce fait, elle a totalement subi le recul important (-24%) de ses revenus – également constaté plus ou moins fortement chez les concurrents – sur les marchés de taux, change et matières premières (FICC).
En conséquence de quoi, les revenus tirés des marchés de capitaux ont reculé de près de 19%, alors que ceux de la Société Générale ont progressé de plus de 8% et ceux de BNP Paribas de 1,2%. La hausse de 13% des revenus en banque de financement (encore grâce à la reprise économique qui relance les projets des entreprises) n’a pas été suffisante. Au total, les revenus de la BFI accusent un recul de 3,7% sur un an, à 1,24 milliard d’euros.
Le Crédit Agricole assume ce désagrément. "La consigne extrêmement claire a été donnée de ne pas, en sortie de crise, libérer nos prises de risque pour profiter à court terme […] de ce qui paraîtrait opportun. C'est une question de politique longue de notre part", a justifié Philippe Brassac, directeur général de Casa, en conférence de presse hier soir.
Le titre Casa reculait de 2% peu avant 17 heures, à 12,84 euros.
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