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Valeo / Jacques Aschenbroich
L'année 2022 vue par... Jacques Aschenbroich, P.-D.G. de Valeo
Quels ont été les principaux enseignements de l'année 2021 ? L'évolution de la situation depuis la survenue de la crise en 2020 a-t-elle été conforme à vos scénarios ?
C’est dans les périodes de crises que les organisations solides, que les équipes les plus aguerries et les plus motivées peuvent donner le meilleur d’elles-mêmes. C’est ce qu’une fois encore les équipes de Valeo, que je ne remercierai jamais assez, ont démontré en 2020 et 2021.
L’industrie automobile a traversé deux crises de nature totalement différentes, crises qui ont nécessité de la part des équipes un dépassement d’elles-mêmes. D’abord, en mars et avril 2020, la pandémie venue de Chine a arrêté l’ensemble de l’industrie automobile mondiale avec, pour Valeo, l’arrêt de 154 usines, la mise en place d’un protocole sanitaire développé en Chine, dès le mois de février, et la réouverture des usines pour faire face au rebond des 3eme et 4eme trimestres de 2020. Ensuite, l’année 2021 a été marquée par la crise des semi-conducteurs, qui aura "coûté" à l’industrie 9 millions de voitures non produites et fait que l’année 2021 sera, en termes de production, du même ordre de grandeur que celle de 2020. Mais deux crises de nature différente. 2020 : un couperet qui tranche et tout s’arrête ; 2021, un supplice chinois avec un stop & go permanent.
Ce "stop-and-go" a été extrêmement compliqué à gérer du fait de la volatilité des commandes de nos clients. Cela étant, nos équipes ont fait un travail absolument formidable. Malgré cette situation, on a été les seuls à être capables de livrer tous nos clients, alors qu'on est le troisième ou le quatrième acheteur de semi-conducteurs dans l'industrie automobile dans le monde. C'est une grande fierté. Nos équipes ont été très réactives, elles ont toujours trouvé des solutions, elles se sont constamment adaptées et nos usines ont très bien fonctionné, ce qui a permis de compenser ces difficultés. Alors que tous nos concurrents ont fait des profit warning, nous avons été capables de confirmer notre guidance pour 2021 et même de confirmer la fourchette haute en matière de rentabilité. C’est une prouesse exceptionnelle. Cela montre la solidité et la résilience de Valeo et sa capacité à s’adapter dans cette période difficile.
Quelles sont vos anticipations majeures pour 2022 ? En dehors de la pandémie, d'où pourraient venir les tensions les plus fortes (économiques, politiques, diplomatiques, etc.) ?
Tous les économistes se sont trompés depuis deux ans. Ce n’est pas une critique que je leur fais. Dans les périodes de très, très forte rupture, c'est quasiment impossible de faire des projections. Donc il faut prendre les sujets les uns après les autres et les traiter les uns après les autres.
Du point de vue de la pénurie de semi-conducteurs, le pic de la pénurie est probablement derrière nous, même si les choses restent tendues et que le retour à la normale sera progressif. La bonne nouvelle, c'est que les carnets de commandes de nos clients sont très remplis et que l'industrie dans son ensemble a très peu de stocks. Il y a donc un moment où il va y avoir un rebond. Il est difficile de dire quand, mais le rebond viendra. Le vrai sujet, c’est l’augmentation des prix. Quand on regarde les prix de l'énergie, les prix du cuivre, de l'aluminium, de l'acier, des composants plastiques, etc., tout augmente dans des proportions jusqu’ici inconnues.
Je fais partie de ceux qui considèrent qu'on change de monde : on était dans un monde déflationniste ; maintenant on entre dans un monde inflationniste. Je pense que les coûts vont rester élevés... Il n'y a donc pas le choix : nous devons absolument répercuter tous ces coûts sur nos clients. Nous le faisons, et nous le ferons. On passera tout. Il n’y a pas le choix !
Comment jugez-vous l'action des pouvoirs publics et de l'UE au cours de cette période ?
Je ne suis pas convaincu que les démocraties occidentales aient bien géré la crise sanitaire au printemps 2020 jusqu’à la généralisation de la vaccination et l’instauration très réussie du pass sanitaire en France. Aujourd’hui, clairement, le COVID est devenu une pandémie des "non vaccinés". Mais elles ont bien géré – la France en particulier – les conséquences économiques de cette crise sanitaire au prix malgré tout d’un endettement insoutenable qu’il faudra bien résorber.
Le gouvernement français a été très réactif pour mettre en place des dispositifs comme le chômage partiel ou les prêts garantis par l’Etat. En outre, le système bancaire a incroyablement bien résisté. On suit, parmi les milliers de fournisseurs que nous avons, ceux qui peuvent représenter un risque parce qu’ils n’auraient pas les moyens financiers de poursuivre. Leur nombre est resté extraordinairement stable depuis la survenue de la crise. Il y a quelques cas, mais il n’y a pas un phénomène global comme celui qu’on avait connu en 2009.
Si vous deviez souffler au futur président (ou présidente) une ou deux mesures susceptibles de soutenir la croissance et l'emploi, quelles seraient-elles ?
Le vrai problème, c'est la compétitivité de notre pays. Le diagnostic est connu : il faut que les politiques fassent les économies pour que la base française redevienne compétitive. Valeo est une entreprise aux racines françaises, au socle européen et au marché mondial. J'aime bien dire qu’être français, ça entraîne de droits et des devoirs. Notre devoir, c'est de respecter le territoire qui nous a vus naître. On a des usines en France, il faut les faire vivre. On y a investi plus de 2 milliards d’euros ces dernières années, alors que nos coûts de production en France sont plus élevés que dans la plupart des autres pays. Il faut respecter notre socle français. Notre droit, c'est peut-être d'avoir des conditions économiques en France qui soient compétitives par rapport aux autres pays. Aujourd’hui, produire en France, c'est plus cher. C'est plus cher en raison des impôts de production, c'est plus cher en raison des charges sur les salaires. Donc on veut bien avoir des devoirs et on l'a montré, il y a beaucoup d'entreprises françaises qui l'ont montré, mais d'un autre côté, il faudra qu'un jour notre pays devienne compétitif si on veut continuer à produire en France. Des choses positives ont été faites comme le CICE, comme le Crédit Impôt-Recherche, comme la baisse partielle des impôts de production, mais il faut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus vite, pour qu'on puisse vraiment rendre notre base industrielle française très compétitive.
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