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série d'hiver / Antoine Frérot / Veolia
L'année 2022 vue par... Antoine Frérot, P.-D.G. de Veolia
L'évolution de la situation en 2020 et 2021 a-t-elle été conforme à vos scenarii de début de crise ? Et quels ont été les principaux enseignements de l'année 2021 ?
Personne ne pouvait prédire l’ampleur de cette crise et sa cascade de conséquences. Comme tout le monde, nous avons été surpris par la pandémie, sa vitesse de dissémination et l’arrêt synchrone des économies de nombreux pays. Dans leur principe, de telles crises peuvent être prévisibles ; dans leur nature, leur date et leur étendue, elles ne le sont pas. Un des enseignements de cette crise, c’est que, pour les entreprises, l’espace des menaces s’est élargi et le temps de réaction s’est rétréci. Ce qui accroît les risques contre lesquels elles doivent se prémunir ! Pour y faire face, elles doivent à la fois gagner en agilité, durcir leurs fonctions critiques et diversifier leurs modèles d’affaires et leurs chaînes de production.
Dès le début de la pandémie, Veolia s’est mis en ordre de bataille pour assurer la continuité de ses services d’eau potable, d'assainissement, de gestion des déchets et d'énergie, parce qu’ils sont indispensables à la vie de tous les jours. Ensuite, au fur et à mesure que la crise se déployait, se stabilisait puis s’atténuait, nous avons élaboré divers scénarios, que nous avons ajustés régulièrement. Ils ont constitué une aide précieuse, mais, pour tout vous dire, nous n’avions pas prévu une telle succession de vagues épidémiques, puisque nous allons bientôt affronter la sixième !
Cependant, l’exceptionnelle mobilisation de nos équipes nous a permis de tenir le cap durant la tempête de 2020 et d’effacer, dès 2021, les stigmates de la crise en dégageant des résultats records. Sur les neuf premiers mois de 2021, notre chiffre d’affaires a progressé de 9,4 % par rapport à 2020 et de 4,7 % par rapport à 2019, notre année de référence pré-Covid. La croissance de notre EBITDA est encore plus forte, puisqu’il a augmenté de 26,4 % par rapport à 2020 et 10,2 % par rapport à 2019. Il y a là un autre enseignement de cette année 2021 : plus nous sommes capables de faire preuve d’audace, de créativité et d’engagement, plus vite nous pouvons rebondir après une crise, aussi dure soit-elle.
Quelles sont vos anticipations majeures pour 2022 ?
C’est une question paradoxale que vous me posez là, après la crise de 2020 que personne n’avait vu venir ! Le surgissement de la pandémie de coronavirus et ses ravages nous invitent à rester humbles dans nos prévisions : ce qui paraissait impossible ou inimaginable peut survenir en quelques jours. L’inconnu demeure l’invitée permanente de la vie économique.
Toutefois, vous avez raison de poser cette question, car, malgré les incertitudes et difficultés inhérentes à l’exercice prédictif, aucune grande organisation ne peut s’en passer. Pour 2022, j’anticipe à la fois la poursuite de la reprise économique sur tous les continents, mais de façon plus modérée qu’en 2021 ; une inflation persistante ; et, s’agissant de nos métiers, l’accélération de la conversion des villes et des industries à une économie circulaire et à bas carbone. De fait, le contexte est très porteur pour nos activités, en raison d’une part des plans de relance, dont beaucoup accordent une large place à l’environnement, et d’autre part des engagements pris lors de la COP 26 par la plupart des États pour réduire leur empreinte carbone.
L’année 2022 verra-t-elle se transformer vos rapports avec vos parties prenantes ?
Oui, car nous allons avoir plus d’impact sur elles. Comme l’indique notre raison d'être, notre Groupe cherche, à travers toutes ses actions, à avoir plus d’impact sur ses parties prenantes, que celui-ci soit environnemental, social, sociétal ou financier.
Mais il y a une raison particulière pour laquelle, en 2022, nous allons fortement accroître notre impact sur celles-ci : le rapprochement avec Suez. Il deviendra effectif dès la mi-janvier, puisque nous avons reçu le 14 décembre dernier le feu vert des autorités de la concurrence européenne et que nous sommes désormais dans la phase finale de notre OPA, laquelle sera clôturée le 7 janvier. Grâce à cette opération, nous allons créer le champion mondial de la transformation écologique. L’ensemble industriel sans équivalent que nous allons former, nous donnera davantage de moyens en termes de talents, de savoir-faire, de plateformes géographiques, de recherche et développement, de capacité d’investissement, pour que l’indispensable transformation écologique des villes et des industries du monde entier devienne plus vite une réalité.
En dehors de la pandémie, d'où pourraient venir les tensions les plus fortes (économiques, politiques, diplomatiques, etc.) ?
Nous vivons dans un monde instable, aux multiples interdépendances, en proie à des ruptures permanentes, avec une succession rapide de percées technologiques, de rééquilibrages géopolitiques, de mutations sociales… Les tensions peuvent donc provenir de multiples sources : Brexit, politique monétaire américaine, montée des populismes, tentations protectionnistes, regain des rivalités interétatiques, retours de pandémie, ..., pour ne citer que quelques-unes d’entre elles. La quasi-totalité des activités économiques sont exposées à ces bouleversements, dont les effets se diffractent dans l’espace et le temps.
A Veolia, nous sommes très sensibles à la raréfaction des matières premières, des métaux critiques - dont les ruptures d'approvisionnement menacent actuellement plusieurs secteurs d’activité - et de l’eau, car une de nos missions est précisément d’aider nos clients à y faire face. Pour cela, nous produisons des ressources alternatives, grâce à l’économie circulaire, qui transforme systématiquement les déchets en nouvelles matières premières, ou au recyclage des eaux usées, une des armes les plus efficaces contre les pénuries d’eau et le stress hydrique.
Comment jugez-vous l'action de l'UE au cours de cette période ?
Au début, l’Europe a tardé à réagir à la crise. Cela n’a rien d’étonnant : la santé relève de la compétence de ses Etats-membres et elle doit obtenir l’accord des 27 pays pour prendre des décisions majeures. Cela ne se fait pas du jour au lendemain ! Il lui faut toujours un délai pour atteindre sa vitesse de croisière, mais nous y sommes ! Désormais, son action est puissante, ciblée et efficace.
Elle a ainsi mobilisé 750 Md€ dans le cadre de son plan de relance : c’est le plus important budget à long terme de son histoire ! Avec son plan Fit 55, elle a relevé ses ambitions environnementales : celles-ci sont désormais de réduire, dès 2030, les émissions de gaz à effet de serre de 55 % par rapport à l’année 1990. Les dernières mesures, présentées par la Commission Européenne le 15 décembre, vont également dans le bon sens : construction de bâtiments neutres en carbone, puisque ce secteur est responsable de 40 % de l'énergie consommée sur le continent ; soutien à l'hydrogène vert ; capture du carbone dans les sols…
Dans le cadre de son Green Deal, l’Europe a pris acte que le changement climatique et la dégradation de l’environnement constituent une menace existentielle. C’est pourquoi ce Green Deal vise à instaurer une économie à la fois compétitive, inclusive et efficace dans l’utilisation des ressources, et à mettre fin aux émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2050. Tous ces enjeux sont fondamentaux pour l’avenir du continent et de la planète.
Si vous deviez souffler au futur président (ou présidente) une mesure susceptible de soutenir la croissance et l'emploi, quelle serait-elle ?
Sans aucun doute de renforcer l’apprentissage et l’alternance ! Ce sont des outils exceptionnels de formation, de professionnalisation et d’insertion : dans les deux tiers des cas, l’apprentissage débouche, immédiatement après, sur un CDI ! Nous devons nous fixer l’objectif de 800 000 jeunes en alternance par an en France, d’ici 5 ans. Cela nous permettrait de nous comparer à des pays comme l’Allemagne, très en avance sur nous sur ce sujet.
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