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Veolia / Estelle Brachlianoff / Antoine Frérot / nomination / Gouvernance
Antoine Frérot laisse la place à Estelle Brachlianoff à la tête de Veolia
On ne pouvait imaginer meilleure occasion. Dans la foulée du succès de son Offre publique d’achat (OPA) sur Suez vendredi soir dernier, avec l’acquisition de plus de 86% de son capital, Veolia a annoncé hier le prochain passage de témoin entre Antoine Frérot, son PDG actuel, et Estelle Brachlianoff, ainsi que la scission des fonctions de président et de directeur général.
A compter du 1er juillet, Estelle Brachlianoff, actuelle directrice générale adjointe, succédera à Antoine Frérot à la direction générale. L’homme fort du leader mondial des services à l’environnement, âgé de 63 ans, conservera la fonction de président jusqu'en 2026.
La succession était largement anticipée. En lançant l’OPA de Suez, Antoine Frérot voulait réaliser une dernière grande opération transformante avant de tirer sa révérence à la direction opérationnelle de Veolia. Il avait préparé sa succession de longue date : Estelle Brachlianoff avait été nommée directrice générale adjointe en charge des opérations en 2018 - l’autre directeur général adjoint, Claude Laruelle, étant en charge des finances. Antoine Frérot avait déjà déclaré à cette époque que son double mandat de PDG serait le dernier.
La préparation de longue date d’une succession est évidemment le signe d’une bonne gouvernance. Elle tranche avec les pratiques de groupes sous la coupe d’un PDG omnipotent, à l’image - caricatural - de Renault pendant la période Carlos Ghosn. Cette méthode consensuelle limite également le risque de guerre de tranchées entre un PDG resté président et son nouveau directeur général, qui avait marqué les débuts d’Antoine Frérot au poste de directeur général en 2009 ; il s’était confronté à Henri Proglio, l’ancien PDG, resté président non exécutif pendant encore un an puis au conseil d’administration jusqu’en 2012.
Ce changement est également l’occasion de mettre en accord la gouvernance de Veolia avec les pratiques appréciées par les investisseurs internationaux - à savoir la scission des fonctions de président et de directeur général. Pendant longtemps, le cumul était la norme parmi les groupes français. Une concentration des pouvoirs peu appréciée des grands investisseurs, en particulier s’agissant de sociétés membres du CAC 40, l’indice phare (donc également la vitrine) de la Bourse de Paris. Le sujet avait fait débat chez Danone en 2020 et 2021, jusqu’à l’éviction de son PDG Emmanuel Faber. La tendance s’est accélérée : Renault, Danone, L’Oréal, Saint-Gobain et Air Liquide ont passé le Rubicon au cours de ces deux dernières années. Le CAC 40 est depuis cette année majoritairement composé d’entreprises à fonctions de direction scindées - même si les présidents sont souvent les anciens PDG, ce qui relativise le changement et la liberté d’action du nouveau directeur général.
Antoine Frérot confie donc à Estelle Brachlianoff, âgée de 49 ans, les rênes d’un groupe qui a encore renforcé son leadership mondial grâce à l’acquisition de Suez - l’une des rares occasions de réaliser un bond en termes de parts de marché dans un secteur très éclaté à l’échelle locale comme internationale.
Estelle Brachlianoff est entrée chez Veolia en 2005. Cette polytechnicienne diplômée de l’Ecole nationale des ponts et chaussées a cumulé les fonctions à responsabilité dans différents métiers du groupe et différentes zones géographiques. Elle a débuté en qualité de "vice-présidente" du pôle Veolia Environnmental Services (gestion des déchets) pendant deux ans et demi, avant de diriger Veolia Cleaning and Multiservices. Début 2010, elle a été nommée à la direction de la région Grand Paris, puis de la filiale britannique de Veolia Environnmental Services en 2012, avant de diriger les activités de l’ensemble du groupe au Royaume-Uni et en Irlande pendant plus de huit ans (ce qui lui a également valu de présider la Chambre de commerce française en Grande-Bretagne les deux dernières années et d’intégrer le comité du président de la CBI, l’équivalent britannique du Medef). Une évolution qui lui a valu sa nomination en qualité de directrice générale adjointe, en charge des opérations, et son intégration au sein du comité exécutif du groupe.
L’arrivée d’Estelle Brachlianoff au sommet de Veolia va également alimenter la - timide - féminisation des dirigeants du CAC 40. L’indice compte désormais… deux femmes, la première étant Catherine MacGregor, patronne d’Engie.
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