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Veolia / Antoine Frérot / Estelle Brachlianoff
Antoine Frérot tire délicatement sa révérence de chez Veolia
C’est la voix étranglée de sanglots qu’Antoine Frérot a dit adieu, en tant que président-directeur général, à Veolia, ce mercredi, lors de l’assemblée générale du groupe. L’occasion pour lui de transmettre officiellement et soigneusement le témoin à Estelle Brachlianoff, sa numéro deux depuis quatre ans en tant que directrice générale adjointe en charge des opérations et future directrice générale de l’entreprise à compter du 1er juillet prochain. "Une nouvelle gouvernance rajeunie et féminisée", a souligné un Antoine Frérot bienveillant. Les "au revoir" d’Antoine Frérot ont toutefois plutôt sonné comme un "à bientôt ". En effet, la fonction de PDG étant désormais dissociée, le patron de Veolia depuis douze ans restera président du conseil d’administration, siège approuvé par les actionnaires lors de l’assemblée générale.
La restauration du groupe
Et la standing ovation qui a suivi son discours de départ montre à quel point son bilan est jugé remarquable. Sous son ère, Veolia a pris une tout autre ampleur. Propulsé à la tête du groupe en 2010 après le départ mouvementé d’Henri Proglio, Antoine Frérot n’aura eu de cesse de voir grand. "Il y a douze ans, Veolia n’allait pas bien. Partout les sujets environnementaux gagnaient du terrain et pourtant souvent nos activités étaient en recul, voire sur le déclin. Centimètre par centimètre, nous avons progressé et pierre par pierre nous avons redressé et consolidé l’édifice, puis nous l’avons embelli et agrandi", a-t-il rappelé lors de l’assemblée générale.
Pour redresser l’entreprise, dont le free cash-flow (trésorerie disponible) était largement négatif et l'endettement frôlait les 16 milliards d’euros, il avait immédiatement mis en place un grand plan de transformation. L'organisation interne avait été revue de fond en comble, à grand coup de cessions et notamment des activités ferroviaires, pour la faire passer d’une structure par métier à une vision par pays. "Ce plan a permis de recentrer le groupe sur les activités géographiques les plus rentables et de désendetter", a expliqué Antoine Frérot. Une stratégie qui a permis au groupe de renoué avec la croissance : dès 2012, son résultat net s’affichait à 394 millions d’euros. Sans attendre, un plan de développement de la croissance a suivi. Celui-ci a permis au groupe de voir son chiffre d’affaires progressé en moyenne de 3,6% par an et son excédent brut d’exploitation (EBITDA) de 4,6% avec des économies de coûts dépassant le milliard d’euros.
Le rapprochement avec Suez
Mais c’était sans compter sur la crise sanitaire qui a propulsé Veolia vers les sommets. "La crise de la Covid-19 a testé les capacités de résistance de notre entreprise et nous sommes sortis renforcés de cette épreuve difficile. Ce challenge fut une opportunité". En 2019, le chiffre d’affaires du groupe a augmenté de 4,3% à change constant pour s’établir à 27,2 milliards d’euros alors que l’EBITDA a franchi la barre symbolique des 4 milliards d’euros. Le résultat net courant part du groupe, de 760 millions d’euros, a progressé quant à lui de 13,5%. Des résultats exceptionnels en période de crise dus à la signature de contrats à l’international comme pour le recyclage du lithium des batteries de véhicules électriques au Japon, pour la gestion des réseaux d’énergie intelligents en Allemagne ou encore pour l’extension des activités de traitement des déchets toxique en Afrique du Sud.
C'est dans ce contexte que Veolia a alors pu rêver de tuer la concurrence et de prendre le contrôle de son rival de toujours Suez. "La décision de Engie de se séparer de sa participation dans Suez a ouvert une perspective de rapprochement crédible entre Suez et Veolia (ndlr: un premier avait été imaginé en 2012). Dois-je rappeler qu’en matière de numérique, La France ne fait pas aujourd’hui la course en tête alors que c’est elle qui avait inventé le minitel. Ou encore, c’est en France qu’est né le TGV mais les géants du ferroviaire ne sont plus français. Voilà quel était l’enjeu premier du rapprochement entre Suez et Veolia et ce rapprochement a été réussi, faisant de notre groupe le leader mondial incontesté et pour longtemps de la transition écologique", s’est félicité Antoine Frérot.
Ainsi, depuis le 18 janvier dernier et après avoir déboursé 13 milliards d’euros et surmonté moult batailles, Veolia est officiellement devenu propriétaire de Suez, gonflant au passage ses effectifs de 50 000 nouveaux collaborateurs et faisant entrer sous son giron 60% des activités du géant de l’eau (notamment en Espagne, en Amérique du Nord, en Amérique latine et en Australie). Surtout, le chiffre d’affaires de Veolia a progressé de 44,3% au premier trimestre 2022 par rapport au même trimestre l’année dernière, sous l’effet de la fusion des deux ex-concurrents.
Du changement dans la continuité
C’est donc une entreprise en pleine santé financière que va diriger Estelle Brachlianoff, dont la nomination au conseil d’administration a été votée à 97,7% lors de l’assemblée générale. Pour l’année 2022, le groupe continue d’ailleurs de tabler sur une solide croissance organique de son chiffre d’affaires, ainsi qu’un résultat net courant autour de 1,1 milliard d’euros, avec une progression de EBITDA comprise entre 4% et 6%. Pour l’heure, si aucun nouveau projet d’acquisition de croissance n’a été dévoilé, sa feuille de route est déjà établie : "Le rapprochement avec Suez nous ouvre une ampleur d’action sans pareil, capable d’apporter plus de solutions écologiques sur plus de territoires ", a-t-elle déclaré.
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