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Renault remonte vite la pente grâce à son nouveau "pricing power"
Pour sa dernière présentation de comptes de Renault en qualité de directrice financière, Clotilde Delbos, qui va se consacrer à plein temps à Mobilize (dédiée aux nouvelles mobilités et aux données), a terminé par une bonne note : le retour aux bénéfices du constructeur français l’année dernière et un objectif de marge ambitieux pour 2022.
Après deux ans de pertes, provoquées par la fin de l’ère Carlos Ghosn et surtout la crise sanitaire, le groupe au losange affiche en effet un résultat net de 888 millions d’euros, en comptabilisant une contribution de 380 millions de Nissan, dont il détient 43,4% du capital. De quoi trancher avec les… 8 milliards de déficit net accusés en 2020. Le résultat opérationnel a suivi la même tendance : d’une perte de 337 millions d’euros il y a deux ans à un bénéfice de 1,66 milliard.
Le pari de favoriser la valeur sur le volume, décidé par la nouvelle direction composée du président Jean-Dominique Senard, du directeur général Luca de Meo et de Clotilde Delbos mais rendu difficile par la flambée des prix des matières premières et des composants électroniques, est donc gagné à court terme. En dépit de cette inflation, Renault est parvenu à augmenter son chiffre d’affaires de 6,3% par rapport à 2020 (à 46,2 milliards d’euros), alors qu’il a vendu 4,5% de véhicules en moins (à près de 2,7 millions d’unités, la pénurie de semi-conducteurs ayant amputé sa production de 500 000 unités). Il montre qu’il jouit d’un réel pricing power, indispensable dans l’industrie manufacturière : l’effet prix a été mesuré à 5,7 points de pourcentage.
Témoignage de l’importance de ce levier, la marge opérationnelle de 2021 atteint 3,6% : elle dépasse largement l’objectif de 2,8% fixé pour l’année dernière et avec deux ans d’avance l’objectif fixé par le plan stratégique Renaulution (plus de 3%). En conséquence de quoi, le constructeur a déterminé un objectif pour 2022 qui dépasse largement les anticipations des analystes : atteindre au moins 4% de marge opérationnelle. Clotilde Delbos a même précisé qu’il s’agissant d’"un plancher".
Luca de Meo estime en effet que Renault en garde encore sous le pied. Dans un contexte où il estime que les pénuries lui feront coûteront encore 300 000 véhicules en 2022, le groupe pourra encore accroître ses tarifs cette année sans perdre en compétitivité : d’une part parce qu’il poursuivra le lancement de nouveaux modèles électriques et de segments plus onéreux (notamment la Mégane E-Tech et l’Austral sur le segment C) alors qu’il est traditionnellement majoritairement un fabricant de voitures plus compactes, d’autre part parce que ses concurrents procèdent également à des hausses de prix.
Renault s’est également démené dans les économies. Il a ainsi atteint fin 2021, soit avec un an d’avance, l’objectif de dépasser 2 milliards d’euros de réduction de ses coûts fixes par rapport à 2019. La génération de trésorerie disponible, quant à elle, a représenté 1,3 milliard d’euros, sur les 3 milliards que le groupe veut réaliser entre 2021 et 2023. Ce dernier compte atteindre au moins 1 milliard cette année. Le point mort de génération de flux de trésorerie a été abaissé de 40% l’année dernière, alors que le groupe pensait le réduire de… 30% en 2023.
Pour se donner les moyens de poursuivre son redressement, Renault a sagement décidé de ne pas verser de dividendes au titre de l’exercice dernier - pour la troisième année consécutive. Le constructeur au losange préfère notamment rembourser en 2022 par anticipation 1 milliard d’euros sur le Prêt garanti par l’Etat souscrit en 2020 au plus fort de la crise. Il entend le solder au plus tard fin 2023.
Une autre priorité est bien entendu l’électrification de sa gamme. Pour atteindre son objectif de porter à 100% la part des véhicules électriques de marque Renault en Europe en 2030, il prévoit de rassembler l’ensemble de ses capacités de production et de R&D dans l’électrique en France, les activités thermiques et hybrides étant logés dans une autre entité établie en dehors de l’Hexagone. Le fait que Clotilde Delbos se concentre désormais sur Mobilize atteste également l'intention de Renault de mettre le paquet sur la mobilité de demain.
A la direction financière, Clotilde Delbos sera remplacée à compter du 1er mars par Thierry Piéton, qui était jusqu’ici, ce depuis 2016, directeur de la performance et du contrôle du groupe.
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