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Renault et Nissan réélectrifient l’Alliance

Les dirigeants de Renault, Nissan et Mitsubishi ont présenté un plan de 23 milliards d’euros pour lancer 35 modèles 100% électriques d’ici à 2030 et développer les technologies connectées et autonomes. Ils ont aussi voulu convaincre de l’indéfectibilité de leur alliance, après des années à se regarder en chien de faïence.
Jean-Dominique Senard, président de l'Alliance et de Renault
Jean-Dominique Senard, président de l'Alliance et de Renault

Mise en sommeil pendant quatre ans par la nécessité de Renault de se remettre sur pied après la lamentable affaire Ghosn, de Nissan de redresser ses finances et son système de production et de chacun des protagonistes de renouer les liens après des années de confiance abîmée, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi (l’"Alliance") redémarre sur un projet central au secteur automobile : l’électrique et la voiture connectée.

Les trois constructeurs (liés par des prises de participations croisées et des programmes techniques et industriels communs) ont présenté jeudi un plan d’investissement de 23 milliards d’euros pour les cinq prochaines années – un montant qui s’ajoute aux 10 milliards déjà investis au cours des dix dernières années. Le nombre de plates-formes (ensemble de composants et de modules communs qui servent de structure de base à plusieurs modèles) partagées passera de quatre actuellement à cinq ; elles devront permettre de produire 35 modèles 100% électriques dans les huit ans qui viennent.

Le savoir-faire de Renault, notamment en matière d’électrique, est ancien : la marque au losange est l’une des premières au monde à s’être lancé, dès 2012, dans la production à l’échelle industrielle d’un modèle 100% électrique – la Zoe. Depuis 2020, elle est produite sur la même plate-forme que la Nissan Leaf, lancée en 2010.

Mais tous ses concurrents ont lancé ces dernières années d’ambitieux plans d’investissement dans les motorisations "alternatives" : Volkswagen va y consacrer… 89 milliards d’euros, Toyota l’équivalent de 70 milliards de dollars, Daimler 40 milliards d’euros, Stellantis 30 milliards, General Motors 35 milliards de dollars et Ford 30 milliards – sans compter l’américain Tesla, qui a bouleversé les codes en commercialisant des modèles haut-de-gamme et capté l’attention des investisseurs – lesquels valorisent désormais le constructeur fondé par Elon Musk en 2003 davantage que la capitalisation de l’ensemble des constructeurs cotés à travers le monde. Ce trublion a été imité par d’autres, comme Rivian ou Lucid, qui pèsent déjà plus en Bourse que les principaux constructeurs conventionnels.

Face à cette concurrence, les ventes électriques de l’Alliance dépendent encore trop du couple Zoe/Leaf. D’où l’importance de la nouvelle plate-forme CMF-EV, sur laquelle reposent la Renault Mégane E-Tech et le SUV Ariya de Nissan. En outre, l’Alliance a annoncé le lancement d’ici à 2030 de plus de 15 modèles basés sur la CMF-EV, ce qui représentera jusqu'à 1,5 million de voitures produites par an. Autre exemple, la remplaçante de la Nissan Micra – modèle à succès du Japonais – sera basée sur la plate-forme CMF BEV, celle de la future R5 électrique de Renault ; elle sera prochainement produite en Europe dans l’usine Renault de Douai. Mitsubishi lancera lui deux modèles en Europe basés sur des "best sellers" de Renault. "L’objectif de cette feuille de route est de renforcer l’utilisation des plateformes communes pour atteindre 80% en 2026", indique l’Alliance dans son communiqué, contre 60% actuellement.

Afin d’assumer ses ambitions, le programme 2030 contient un volet technologique. Selon le principe de fonctionnement "leader-follower" mis en place depuis plusieurs années au sein de l’Alliance, Nissan a hérité de la charge de développer la technologie "all solid-state battery" au bénéfice de tous les membres de l’Alliance. L’Alliance veut enfin porter sa capacité de production mondiale de batteries à 220 GWh en 2030, tout en cherchant à réduire le coût des batteries – de 50% en 2026 par rapport à aujourd’hui et de 65% en 2028. Cette capacité correspondra à un tiers du volume de production annuel planifié par l’Alliance en 2030. A titre de comparaison, Volkswagen vise 50% à la même échéance.

25 millions de véhicules reliés au cloud

Dans le volet du véhicule connecté et la conduite autonome, l’Alliance ambitionne d’ici à 2026 d’avoir 25 millions de voitures en circulation reliées au cloud (contre 3 millions aujourd’hui) et d’afficher plus de 10 millions de véhicules équipés de systèmes de conduite autonome, à travers 45 modèles. D’un point de vue technologique, Renault mènera le développement d’une architecture électrique et électronique commune pour le compte de l’Alliance.

C’est évidemment face à ces types de défis qu’une alliance entre constructeurs fait tout son sens – c’est d’ailleurs pour faire face aux besoins d’investissement colossaux dans l’électrique, mais aussi la conduite autonome et la voiture connectée, que les groupes PSA et Fiat Chrysler Automobiles ont fusionné l’année dernière pour créer Stellantis. Un prétexte idéal pour réchauffer les relations entre les camps français et japonais de l’Alliance, après plusieurs années de froid. La présentation de ce matin était la première conférence commune depuis mai 2020…

Après deux ans de sommeil, l’Alliance se concentre sur des collaborations concrètes, ce qui est essentiel pour qu’elle ne devienne pas une coquille vide. Dans ce contexte, fort logiquement, une remise à plat de la gouvernance de l’Alliance et une évolution des liens capitalistiques entre les trois constructeurs ne sont pas la priorité, comme l’a confirmé ce matin Jean-Dominique Senard, président de l’Alliance et président de Renault. Actuellement, Renault détient 43,4% du capital de Nissan, tandis que le groupe japonais est actionnaire de Renault à hauteur de 15%, mais sans droit de vote, et 34% de Mitsubishi. Aussi technique et commercial qu’il soit, le plan 2030 n’est toutefois pas totalement sans conséquence ni arrière-pensée plus politiques. Jean-Dominique Senard a par exemple précisé qu’il rendrait les liens au sein de l’Alliance "indestructibles".

L’action Renault s’adjugeait près de 2% en début d’après-midi.

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