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L’alliance entre Renault et Nissan se délite / Une évolution sous forme de déconstruction
"L’Alliance évolue vers une coopération plus efficace et plus agile, axée sur les projets", a annoncé mercredi le groupe Renault, révélant au passage que l’organisation de ladite Alliance, toujours avec un grand A, avec ses partenaires japonais Nissan et Mitsubishi, évoluait vers des organisations des achats distinctes. "L’entreprise leader d’un projet donné pourra définir de manière autonome les spécifications et les processus pour répondre aux exigences de chaque entreprise en matière de produit", a expliqué le constructeur automobile français, cette nouvelle organisation devant selon lui "permettre de prendre des décisions plus rapidement et d’améliorer l’efficacité opérationnelle".
Depuis l’annonce en début d’année de l’accord-cadre marquant l’ouverture du nouveau chapitre de leur partenariat, les différents protagonistes - la partie française surtout - soignent leur rhétorique autour des synergies attendues de cette évolution. C’est ainsi qu’au moment de la signature définitive en juillet, Jean-Dominique Senard, le président de Renault (et de l’Alliance) avait salué des accords appelés à "maximiser la création de valeur pour chaque membre", Luca de Meo, le directeur général, soulignant de son côté un "potentiel de génération de valeur qui se chiffre en centaines de millions pour Renault, Nissan, Mitsubishi". Pour sa part, Makoto Uchida, le patron de Nissan, se montrait un peu plus précis, semblant restreindre leur nouvelle phase de collaboration à "des domaines d’innovations mutuellement bénéfiques", citant l’investissement dans Ampere, l’entité électrique de Renault. Un investissement d’ailleurs réalisé a minima.
Nulle déclaration de dirigeants ce mercredi pour ce qui constitue pourtant un événement majeur de l’histoire entre Renault et Nissan, le groupe japonais n’ayant de son côté pas pris la peine de communiquer. En mettant fin à leurs achats communs, les partenaires viennent tout simplement de supprimer ce qui peut être considéré comme la pierre angulaire de leur rapprochement passé. Les deux constructeurs s’étaient dotés en 2001 de cette organisation d’achats mondiale commune, d’abord baptisée Renault-Nissan Purchasing Organization puis Alliance Purchasing Organization.
De 2010 à 2018, l’Alliance a régulièrement communiqué sur les synergies qu’elle générait, qui ont culminé à 5,7 milliards d’euros en 2017, dernière année pour laquelle elles ont été publiées face à la montée des désaccords entre Renault et Nissan et à l’éviction de Carlos Ghosn. D’abord uniquement basées sur les achats réalisés en commun, ces synergies ont progressivement pris de l’ampleur avec l’introduction de plateformes communes de véhicules à partir de 2013 et la création en 2014 de quatre directions communes aux deux groupes (l’ingénierie R & D, le "manufacturing" et la logistique, et les ressources humaines, en plus des achats). Des évolutions qui devaient rendre les deux entreprises indissociables selon l’ancien PDG franco-libanais.
C’est cette organisation que les deux parties s’attachent visiblement détricoter de façon méthodique. Avec un constat, la plus grande agilité mise en avant par l’Alliance correspond d’abord à une plus grande indépendance pour Nissan. Outre la réduction attendue de la participation de Renault dans Nissan (de 43,4 % à 15 %), dont la première étape a été la création d’une fiducie accueillant 28,4 % des titres Nissan, la restructuration de l’organisation industrielle commune a commencé, si ce n’est sa déconstruction. Devant ce qui ressemble au prélude à un divorce, Renault et Nissan seront donc jugés sur leur capacité à coopérer par projets, conformément aux intentions affichées, alors qu’ils ne parviennent plus vraiment à le faire de façon globale.
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