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Luca de Meo / Renault / Carlos Ghosn / seat / Fiat
Qui est le nouvel homme fort de Renault ?
Comme il l'était présagé depuis que Luca de Meo a remis sa démission à la direction de Seat, c'est bien cet Italien de 52 ans qui arrive à la tête de Renault, en remplacement de Thierry Bolloré, évincé en octobre. L'ancien dirigeant de Volkswagen et de Fiat, rejoindra la société à l'été, à un moment critique pour l'entreprise. Renault tente d'endiguer la chute des ventes et de réparer une relation brisée avec son partenaire japonais Nissan, particulièrement secouée depuis que Carlos Ghosn a préféré la cavale au jugement, et s'est réfugié à Beyrouth.
En conduisant une marque ouvertement espagnole chez un constructeur allemand, Luca de Meo, qui parle cinq langues, a déjà une certaine expérience de la dextérité culturelle pour travailler dans un environnement où les nationalités sont concurrentes, ce qui sera essentiel pour ce nouveau rôle. C'est tout de même deux langues de moins que ce que parlait Carlos Ghosn, qui pouvait également se vanter de la maîtrise de l'Arabe et du Japonais. C'est pourquoi il se murmure d'ailleurs que Luca de Meo a déjà commencé à se mettre au Japonais, car son premier job sera bien de retisser les liens entre Renault et Nissan et Mitsubishi.
Luca de Meo, un master d'Administration des entreprises en poche au début des années 1990, commence sa carrière chez Renault en marketing des produits. Il restera cinq ans au sein du constructeur automobile français avant d'aller chez la concurrence, Toyota Europe puis Fiat. À la différence de Thierry Bolloré qu'il remplace, c'est ainsi un pur produit de l'industrie automobile. Il est particulièrement reconnu pour avoir réalisé un coup marketing extraordinaire, celui d'avoir relancé le modèle Fiat 500, un succès incomparable qui se prolonge encore dix ans plus tard. C'est grâce à cette opération juteuse qu'il se fait repérer par Volkswagen en 2009, qui l'embauche en tant que Chief Marketing Officer, avant de l'envoyer chez Seat.
Lorsque Luca de Meo arrive chez Seat en 2015, l'entreprise se porte mal. En 2018, l'entreprise a réalisé le meilleur résultat de son histoire avec un chiffre d'affaires de 10,202 milliards d'euros, soit 3,1% de plus qu'en 2017, malgré les incertitudes découlant des objectifs de réductions des émissions. Car là aussi, Luca de Meo a brillé, en convertissant le constructeur espagnol aux contraintes écologiques. En mars cette année, le constructeur lance notamment la Seat Mii, une petite citadine 100% électrique, au prix de 21.920 euros, ce qui fait d'elle l'une des voitures les moins chères du marché actuellement.
Bref, le nouvel homme fort de Renault coche plusieurs cases à la fois, ce qui a fait qu'il est tout de suite apparu comme le meilleur candidat. En plus d'être un très bon expert du marketing et des politiques commerciales, il est aussi réputé pour sa fibre sociale, qu'il partage avec Jean-Dominique Senard, et qui sera utile dans un groupe Renault fragilisé. C'était d'ailleurs les attitudes managériales de Thierry Bolloré, considéré comme une force perturbatrice par les dirigeants de Nissan, qui contrastaient avec la force tranquille et humaniste de Jean-Dominique Senard, qui avaient fini par le pousser vers la sortie. Par ailleurs, pour ceux qui lui reprochent de ne pas être un ingénieur, lui qui est diplômé de l'Université Bocconi de Milan, on peut leur rétorquer que Polytechnique n’aura pas suffi à Carlos Ghosn pour conserver son statut. Et de toute façon, les ingénieurs chez Renault, cela ne manque pas.
En acceptant le recrutement d'un étranger, l'État français fait un effort remarqué, et cherche visiblement à tirer un trait sur les mois de turbulences au sein du constructeur français. Quant à Clotilde Delbos, directrice générale par intérim de Renault, elle deviendra directrice générale adjointe lorsque Luca de Meo rejoindra l'entreprise.
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