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Valeo : malgré les ambitions pour 2025, le court terme déçoit

L’action de l’équipementier automobile a lourdement chuté vendredi, malgré un nouveau plan stratégique plutôt prometteur. Mais ce dernier demande une patience que les investisseurs, obnubilés par 2022, ne sont pas prêts à lui accorder.
Christophe Périllat, directeur général de Valeo
Christophe Périllat, directeur général de Valeo

Pour sa première intervention publique d’envergure en qualité de directeur général de Valeo, Christophe Périllat a eu la lourde tâche de présenter les comptes 2021 complets et le plan stratégique 2022-25 dans un contexte économique - pour le secteur automobile du moins - et géopolitique - avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie - difficile. En revanche, le message martelé était clair. L’équipementier mise son avenir en quasi-intégralité sur les deux tendances lourdes de l’industrie automobile : l’électrification et la conduite autonome.

Alors que les résultats de l’année dernière sont sans grande surprise (un chiffre d’affaires en hausse de 5% à 17,3 milliards d’euros, un Ebitda qui rebondit de 53% à 2,31 milliards et un bénéfice net de 175 millions contre une perte de 1,1 milliard en 2020), les prévisions pour 2022 sont particulièrement prudentes et, à ce titre, ont déçu les investisseurs, rendus déjà fébriles par la guerre à l’Est de l’Europe. Le groupe, qui s’attend à une année "difficile", anticipe par exemple un chiffre d’affaires compris entre 19,2 et 20 milliards d’euros, une marge d’Ebitda comprise entre 11,8% et 12,3% (alors que cet indicateur a atteint 13,4% en 2021) et une marge opérationnelle de 1,7% (contre 4% l’année dernière). Quant aux flux de trésorerie, leur redressement est lent : 320 millions d’euros attendus contre 292 millions en 2021, mais très loin des 519 millions de 2019, avant que la crise sanitaire ne frappe le monde.

Valeo explique cette rechute par la poursuite de l’inflation sur la chaîne d’approvisionnement et l’intégration complète de l’ancien joint-venture avec l’allemand Siemens dans les moteurs électriques à haute tension (Valeo Siemens eAutomotive, ou VSeA), qui n’a pas encore atteint l’équilibre financier. Les conséquences de cette opération sont compréhensibles dans la mesure où l’intégration doit précisément permettre à l’équipementier d’accélérer sa transition vers l’électrification. Les dirigeants ont en revanche peut-être surestimé sa vulnérabilité vis-à-vis de l’inflation issue du redémarrage de l’économie. Pour ne rien arranger, le groupe précise que la prudence pour 2022 ne prend pas en compte les conséquences probables de la crise ukrainienne, comme la hausse des prix de l’énergie, de certaines matières premières, voire une baisse de production. Même si son exposition à la Russie est très faible - il y réalise 1% de son chiffre d’affaires.

Le cumul de ces éléments a fait lourdement chuter le titre Valeo, qui perdait plus de 13% vers 16 heures vendredi pour terminer la séance en baisse de 10,5%, à 21,14 euros. Les investisseurs "resteront sur le bas-côté tant que Valeo et son nouveau directeur général n'auront pas renoué avec des résultats supérieurs aux attentes et des relèvements de prévisions", estime ainsi le courtier Evercore ISI.

Etre le numéro un mondial de l’électrification

Concentrés sur le court terme, les investisseurs n’ont finalement prêté qu’une attention distraite au plan de Valeo pour 2025, baptisé "Move up". Pour l’équipementier, le marché automobile des prochaines décennies sera porté par deux tendances : l’électrification (dont il estime que la demande passera de 30 milliards d’euros en 2021 à 90 milliards en 2025 et 200 milliards en 2035) et les "systèmes avancés d’aide à la conduite" ("Adas"), qui réunissent les différents degrés de conduite autonome et dont Valeo doit la demande passer de 15 milliards d’euros à 25 milliards en 2025 et à 120 milliards en 2035.

Miser sur ces deux tendances (auxquelles il relie son pôle "Systèmes de visibilité", à savoir l’éclairage et les capteurs et essuie-glaces dans lesquels le groupe est historiquement fort, dans la mesure où ils permettent aussi améliorer la conduite et la vie dans l’habitacle) lui permet de prévoir une forte croissance et un rebond de sa rentabilité. Plus précisément, il veut atteindre un chiffre d’affaires de 27,5 milliards d’euros en 2025 et plus de 40 milliards en 2030 : il compte sur une croissance annuelle moyenne de 15% dans les systèmes de propulsion (Valeo veut réduire la part d’activité historique liée à la motorisation thermique de 11% en 2021 à 8% en 2025 et 4% en 2030), 11% pour les systèmes thermiques, 16% pour les systèmes de confort et d’aide à la conduite (dont les Adas) et 10% pour les systèmes de visibilité.

Le pôle propulsion sera doublement alimenté : par le savoir-faire déjà ancien de Valeo dans les moteurs basse tension de 48 volts (marché pour lequel le groupe escompte une croissance annuelle de 22% jusqu’en 2030, aidé par les applications dans les mobilités alternatives) et les moteurs haute tension, marché qui pourrait croître de 17,5% par an d’ici à 2030, avec un taux de sous-traitance en faveur des équipementiers de 40%. Le nouveau partenariat créé avec Renault dans la motorisation haute tension sans terre rare s’inscrit dans ce contexte. Valeo entend clairement être le leader mondial dans ce domaine.

L’électrification et l’électronique signifient en principe de meilleures marges, d’autant plus que la première tendance aura des effets bénéfices sur la seconde, se répercutant sur les autres activités de Valeo à moyen terme. "Les grilles de ventilation à l’avant des véhicules électriques sont plus petites que dans les véhicules thermiques. Cela dégage de l’espace pour ajouter de nouvelles fonctions", cite en exemple Christophe Périllat, que ce soit dans l’aide à la conduite ou la visibilité. Après le programme de cessions portant sur 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, "Move up" vise ainsi en 2025 une marge d’Ebitda de 14,5% et une marge opérationnelle de 6,5%. Ce dernier objectif est modeste en lui-même mais il part de 1,7% en 2021. "Je sais qu’un niveau de 6,5% n’est pas le bout du chemin", admet le directeur général, promettant qu’en vertu de sa stratégie, Valeo "sera, à compter de 2025, prêt à bénéficier de décennies de marchés en hypercroissance". En termes de génération de trésorerie disponible, le groupe vise entre 800 millions et un milliard d’euros et un levier de dette inférieur à 0,7, contre 1,3 en 2021 et 1,7 en 2022.

Les investisseurs n’ont visiblement pas été séduits, ou plus probablement estiment-ils qu’il y a mieux à faire ailleurs en attendant que les ambitions de Valeo se réalisent. Le dividende n’était pas là pour les retenir : étant donné son bénéfice réduit, le groupe a proposé le versement de 0,35 euro par action au titre de 2021 et promet son "augmentation progressive ".

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