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Publications, Résultats / Thales / Aéronautique / défense / sécurité

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Thales / Aéronautique / défense / sécurité

Les affaires reprennent pour Thales

L’équipementier d’aéronautique et de Défense a engrangé des commandes à un rythme record l’année dernière et affiche une génération de trésorerie exceptionnelle. Son PDG Patrice Caine a précisé que les cibles de plus de 500 millions d’euros n’entraient pas dans sa stratégie d’acquisition, enterrant ainsi les rumeurs sur Atos et Idemia.
Patrice Caine, PDG de Thales
Patrice Caine, PDG de Thales

Comme tant d’autres industriels, Thales a profité du rebond économique en 2021 pour mettre la crise sanitaire derrière lui. Quasiment toutes ses activités sont en forte croissance par rapport à 2020, exercice marqué par l’effondrement de l’aéronautique civile – tandis que cette activité reste en légère décroissance.

Deux éléments plus particulièrement sont à retenir de la publication des résultats du groupe d’aéronautique, de sécurité et de Défense : des prises de commandes record, garanties d’une poursuite de sa croissance pour les années à venir, et une génération de trésorerie spectaculaire.

Thales a engrangé 19,9 milliards de commandes nettes, un montant de 18% supérieur à celui de 2020 l’on exclut et également supérieur de 11% à celui de 2019 à périmètre identique (si l’on exclut l’activité Transport, cédée l’été dernier, et que l'on ajoute le premier trimestre de Gemalto). Ce qui donne un rapport book-to-bill (rapport entre les nouvelles commandes et les facturations effectuées la même année) de 1,23 en 2021, très supérieur au 1,09 enregistré l’année précédente. Les analystes attendaient en moyenne un montant de 18,6 milliards d’euros.

Cette progression est en particulier due au retour des grands contrats (supérieurs à 100 millions d’euros), qui sont passés de 4,9 à 6,4 milliards d’euros – pour 21 contrats, dont 12 au quatrième trimestre. Thales a en effet remporté quatre contrats "éléphants", c’est-à-dire supérieurs à 500 millions : le contrat décennal de support pour l’armée française Vassco (1,5 milliard d’euros), la deuxième génération des satellites Galileo (1 milliard, Thales avait raté la première), la commande de 30 Rafale par l’Egypte (en partant de l’hypothèse d’un prix de 100 millions par appareil et d’une quote-part de 25% pour Thales) et l’entretien également pour 10 ans de la flotte française de Mirage 2000 (500 millions).

Le bond le plus notable a été enregistré par l’activité aérospatiale, dont les nouvelles commandes ont progressé de 48% (à 5,6 milliards d’euros). Le pôle Digital Identity & Security (l’ex-Gemalto, acquis en 2019) est stable tant en prises de commandes qu’en chiffre d’affaires (3 milliards chacun), car il regroupe les activités qui ont été les plus affectées par les pénuries de semi-conducteurs. En revanche, sa rentabilité a été sérieusement redressée depuis son acquisition : la marge opérationnelle est passée de 7,6% en 2018 (dernière année avant de passer sous le giron de Thales) à 11,9% en 2021.

Deuxième élément notable, le groupe a dégagé un flux de trésorerie disponible record de 2,5 milliards d’euros en 2021, soit près du double du record précédent enregistré deux ans plus tôt. Il représente… 185% du montant du résultat net ajusté, contre 113% en 2020 et 98% en 2019. Ce taux de conversion exceptionnel a été obtenu "grâce à notre dynamique commerciale, qui a permis une importante entrée d’acomptes clients, et grâce aux plans d’actions opérationnels, comme le programme d’optimisation de la génération de cash-flow du groupe lancé fin 2018", a expliqué Pascal Bouchiat, directeur général en charge des finances et des systèmes d’information. "Thales a également passé des jalons critiques auprès de certains clients, qui nous ont payés en 2021 plutôt qu’en 2022, car nous étions en avance dans l’exécution", précise le PDG Patrice Caine.

Une telle performance a poussé le groupe à réévaluer son objectif de taux de conversion pour 2023 de 20 points de pourcentage, désormais fixé à au moins 115%. Ce qui signifie atteindre au minimum 100% pour les exercices 2022 et 2023 et de dégager 5,5 milliards d’euros de flux de trésorerie disponible opérationnelle entre 2021 et 2023. La génération de trésorerie déjà observée a permis à Thales de se désendetter profondément : la dette nette est passée de 2,55 milliards à 795 millions d’euros.

Des objectifs 2022 très atteignables

Pour 2022, le groupe s’attend à un rapport book-to-bill supérieur à 1, un chiffre d’affaires en hausse de 2 à 6% par rapport aux 16,2 milliards engrangés l’année dernière et une marge opérationnelle de 10,8 à 11,1%. Ces prévisions prennent en compte la pénurie de semi-conducteurs : sur ce plan, "la situation se ‘sévérise’ et pourrait toucher d’autres activités de Thales en dehors de DIS. Elle devrait probablement continuer sur le début de l’année 2023", prévient Pascal Bouchiat.

Mais ces objectifs paraissent déjà obsolètes puisqu’ils ne prennent pas en compte les augmentations franches de dépenses militaires annoncées par de nombreux Etats de l’Otan (Allemagne, qui représente 4% des revenus du groupe, Pologne, etc.) suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie : "puisqu’il est capable de fournir rapidement des services de soutien, Thales est en effet en mesure d’en profiter à court terme", estime un analyste, même si les conséquences des augmentations des budgets de Défense peuvent mettre plusieurs années à se concrétiser. À l’opposé, le gel momentané des marchés russe et ukrainien a des implications réduites : l’exposition de Thales a ces pays ne dépasse pas 1% de son chiffre d’affaires, soit 150 millions d’euros (50 millions à chaque fois dans les cartes bancaires et télécoms, dans l’avionique, notamment le programme SSJ, et le spatial avec le programme ExoMars). Ce à quoi s’ajoute une exposition indirecte principalement dans la logistique de l’activité spatiale, mais que le directeur financier estime "maîtrisable".

En revanche, l’essentiel de la croissance ne proviendra pas des acquisitions, alors que Thales se trouve au cœur de rumeurs concernant plusieurs dossiers. Patrice Caine a détaillé les critères du groupe : pas de pôle supplémentaire ("Nous venons de recentrer Thales sur trois piliers en cédant le Transport, ce n’est pas pour en ajouter un quatrième", a-t-il justifié) et des cibles petites ou moyennes pour renforcer son portefeuille de technologies, d’une valeur d’entreprise inférieure ou égale à 500 millions d’euros. Ce qui exclue donc l’activité Big Data et Sécurité d’Atos (estimée entre 2 et 3 milliards d’euros) et Idemia dans l’identification, estimé à 3-4 milliards d’euros.

Enfin, Thales a marqué un grand coup en direction de ses actionnaires. Fort d’un bénéfice net ajusté en augmentation de 45% à 1,36 milliard d’euros en 2021, le groupe a annoncé un programme de rachat d’actions sur un maximum de 3,5% de son capital, soit environ 7,5 millions de titres. Il se déroulera entre le 1er avril 2022 et le 31 mars 2024. Le courtier JPMorgan Cazenove juge par exemple que l’engagement sur une proportion du capital à défaut d’un montant est "un signal très fort". A ceci s’ajoute un dividende de 2,56 euros par action au titre de l’exercice 2021, ce qui représente une augmentation de 45% par rapport à 2020. Thales bondissait de plus de 4% à la Bourse de Paris vers 17 heures, à 107,35 euros.

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