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Engie calcule les effets de l’invasion de l’Ukraine
L’invasion de l’Ukraine par la Russie ayant mis les marchés de l’énergie sens dessus dessous, Engie a profité de son assemblée générale pour faire le point auprès de ses actionnaires sur sa situation – et faire les comptes.
L’énergéticien français, qui a vendu en 2020 sa participation de 30% au capital de Suez à Veolia pour 3,4 milliards d’euros, envisage d’inscrire dans ses comptes la perte financière liée au projet de gazoduc Nord Stream 2 : en raison des sanctions mises en place par l’Union européenne et les Etats-Unis à l’encontre de la Russie liées au conflit, la pérennité de l’infrastructure est en effet compromise.
La société d’exploitation du gazoduc, baptisée Nord Stream 2 AG, enregistrée en Suisse et propriétaire du géant russe Gazprom, est au bord du dépôt de bilan. A compter du 2 mars, le département du Trésor américain a interdit les transactions avec cette entité ou ses filiales (dont elle détient au moins 50% du capital).
Engie contribue à Nord Stream 2 à travers un prêt de 987 millions d’euros. "Compte tenu des décisions prises de gel sine die du projet, Engie envisage de comptabiliser une perte de crédit sur l’intégralité de son exposition", a indiqué le groupe dans sa réponse à la question écrite d’actionnaires. Une telle décision serait strictement comptable : Engie ne renonce pas à ses droits au cas où Nord Stream 2 serait finalement relancé.
Le chantier de construction a été achevé l’année dernière et aura coûté 11 milliards de dollars (9,8 milliards d’euros), pour moitié apportés par Gazprom. Mais l’exploitation commerciale du gazoduc n’avait pas débuté au moment où la guerre a éclaté. Outre Gazprom et Engie, Shell, OMV, Uniper et Wintershall ont financé le projet.
Par ailleurs, Engie serait affecté en cas d’interdiction des importations de gaz russe par les pays de l’Union européenne. Les livraisons en provenance de Russie représentent en effet 20% de son approvisionnement total.
Autre conséquence importante du conflit pour l’activité d’Engie, la décision prise en mars par le gouvernement belge de prolonger la durée de vie de deux réacteurs nucléaires, Doel 4 et Tihange 3 au-delà de 2025 et pour 10 ans. La Belgique avait pris la décision d’arrêter définitivement ses sept réacteurs nucléaires, opérés par Engie, en décembre dernier. Mais le risque de pénurie de gaz et de dépendance extrême envers la Russie a fait changer d’avis Bruxelles.
Engie a indiqué hier qu’il étudiait avec le gouvernement les modalités de la prolongation des deux réacteurs. Le groupe avait estimé l’année dernière l’investissement nécessaire à la prolongation de deux tranches nucléaires à environ 1 milliard d’euros, a ajouté le groupe, précisant que la décision "très tardive" des autorités entraînerait très probablement des surcoûts.
Quoi qu’il en soit, Engie n’a pas fait mystère de son intention de diversifier ses sources d’énergie. Joignant le geste à la parole, son président Jean-Pierre Clamadieu a rendu public son intérêt pour les actifs renouvelables d’EDF. Dans un entretien au Figaro publié d’hier, il a affirmé qu’Engie était prêt à déposer une offre au cas où ceux-ci seraient mis en vente après la nationalisation du producteur national d’électricité – un projet nourri par le Président Emmanuel Macron, s’il était réélu, pour mieux piloter son activité nucléaire, en difficulté.
"L’Etat, actionnaire très majoritaire d’EDF, devrait dans les prochaines semaines fixer le cadre lui permettant de se consacrer à la priorité essentielle que constitue le nucléaire. Nous verrons alors si cela se traduit ou non par des opportunités. Engie est à la manœuvre et fort d’un bilan solide. Nous sommes dans une situation où nous pouvons saisir les opportunités si elles se présentent ", déclare notamment Jean-Pierre Clamadieu, même si le gouvernement a déjà fait savoir en coulisses que cela n’était pour l’instant pas envisagé. Les capacités en énergie renouvelable d’EDF représentent 12 gigawatts et 76 gigawatts sont en projet ; tandis qu’Engie en affiche 34 GW et compte atteindre 80 GW en 2030.
L'Etat est également actionnaire d'Engie à hauteur de 24% de son capital et de 33% des droits de vote.
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