Feuilleton de l'été / Digital / transition énergétique / Environnement / Digital for The Planet / Ines Léonarduzzi
Feuilleton de l'été
Digital / transition énergétique / Environnement / Digital for The Planet / Ines Léonarduzzi
Ils et elles vont construire le monde d'après – Inès Leonarduzzi
"Ma vie, c’est une histoire de rencontres". Sur le papier, rien ne prédestinait Inès Leonarduzzi, 34 ans, à fonder un jour sa propre ONG "Digital for the planet", axée sur le lobbying en faveur de l’éducation numérique et à devenir une femme d’influence dans le monde de l’art.
"J’ai grandi en Normandie, à la campagne. J’avais 12-13 ans quand un ordinateur est arrivé pour la première fois à la maison. Je ne fais pas partie de la génération qui a pu bénéficier d’un enseignement numérique à l’école, ni au cours de mes études supérieures. Et pourtant j’ai tout de suite été passionnée par le numérique ! ", confie-t-elle à WanSquare.
Aujourd’hui, son ONG est à l’origine de nombreux amendements parlementaires, dont notamment un sur la loi Climat et résilience du 22 août 2021 qui permet à tous les enfants scolarisés du primaire au lycée de recevoir, depuis cette année, un enseignement numérique responsable.
Elle travaille également avec les gouvernements allemand et anglais sur ces questions, ce qui lui a valu d’être nommée "young leader franco-britannique ". "Nous sommes aujourd’hui présents dans quatorze pays, nous avons plus de 70 000 membres dans le monde, d’anciens ministres nous conseillent, nous travaillons avec l’Académie des Sciences…", explique Inès Leonarduzzi.
Une famille au pair bienveillante
Un goût pour l’international que l’ancienne athlète a acquis très tôt. "Après des études de lettres et de chinois mandarin à l’université de Caen, je suis partie à New York pour apprendre l’anglais ".
Mais alors que l’étudiante est jeune fille au pair pour une durée initiale de trois mois, sa famille d’accueil américaine lui propose de rester deux ans et de financer ses études.
"Une chance incroyable pour la petite française que j’étais, qui a grandi au milieu d’agriculteurs et dont les parents ne pouvaient pas payer les études outre-Atlantique. J’étais très studieuse, la journée j’apprenais le management des marchés de l’art et le soir, je m’occupais des enfants. J’ai également effectué un master en économie".
Sa famille d’accueil, étant très introduite dans la bonne société, reçoit le Tout-New York chez elle et collectionne des œuvres d’art. Inès Leonarduzzi découvre ainsi un monde. "L’art m’a toujours subjugué. Les artistes sont à l’avant-garde des grandes réflexions contemporaines. J’avais 19 ans la première fois que je suis entrée dans un musée et ce fut pour moi une expérience bouleversante".
L’expérience folle à Hong Kong
Un soir, au milieu de la jeunesse dorée de la grosse pomme qui la considère désormais comme l’une des leurs, Inès discute avec deux amis. "L’un d’eux m’expliquait que Hong Kong était en train de devenir "la ville où tout se passe".
Fonceuse et désireuse de découvrir le monde, la jeune femme décide alors presque sur un coup de tête et sans se poser de questions de partir, quelques semaines plus tard, avec eux à l’autre bout de la planète pour monter sa première entreprise.
"Nous avons créé en 2010 une entreprise dans l’art et la réalité virtuelle, appelée Rougemoon. Nous proposions une expérience immersive artistique à des collectionneurs, très immature au regard des NFT aujourd’hui, sourit Inès Léonarduzzi. Si avec le recul le business model ressemble plus à un projet post-étudiant, ce fut une expérience géniale. Nous faisions venir en charters des artistes de Minsk, de Tanger…".
La société des trois associés n’est toutefois pas rentable. "Nous nous sommes vite rendus compte que le produit que nous vendions le mieux n’était pas les artistes mais les évènements que nous organisions et notre capacité à fédérer un écosystème. D’ailleurs aujourd’hui, l’entreprise existe toujours mais elle s’est convertie en une agence évènementielle dont je suis toujours dans le pacte d’actionnaires".
La dame de Saint-Rémy de Provence
A peine un an plus tard, Inès Leonarduzzi rentre chez elle, en France. Elle prend alors des cours du soir pour continuer à se former. De réseau en réseau, un ami l’invite à fêter le jour de l’An à Saint-Rémy de Provence, dans le sud de la France.
"Pendant la soirée, je m’ennuie. Je décide d’aller marcher dans la ville malgré le froid. Dans les rues désertes, je tombe sur un petit restaurant avec l'idée d'y dîner, j'ouvre la porte. Le patron me dit que l’établissement est réservé pour une soirée privée avant finalement de me laisser entrer. Là je découvre qu’il y a des élus, des stars, des actrices de cinéma", se remémore l’entrepreneure.
En fin de soirée, une dame assise à côté d’elle lui glisse son nom, son adresse et son numéro de téléphone. "Quand cette dame m’a demandé que ce je faisais dans la vie, je lui ai répondu que je cherchais un travail dans une grande galerie mais que je ne trouvais pas. Elle m’a dit "appelez-moi quand vous rentrez à Paris, je travaille chez Christian Dior, je peux vous aider ".
C’est ainsi qu’Inès Leonarduzzi entre dans le luxe. "Je suis embauchée chez LVMH puis chez Kering en Italie aux fonctions numériques. Mais comme je ne comprends rien à la politique interne informelle des entreprises et que je suis peu à l'aise avec les jeux de pouvoirs , je réalise que je ne suis pas à ma place ".
Elle se met alors à son compte. " A l’époque, au sein des entreprises, on pense que le numérique est une simple tendance. Pour moi c’est un boulevard et il se trouve que j’aime ça ".
Elle monte alors en 2014 sa propre structure de conseil, "La Jeune Inès ". "Je propose du product et du project management dans le numérique. Je me fais pleins de clients à travers le monde par bouche-à-oreille. Les missions sont belles et longues. J’ai travaillé à Singapour, en France, à Londres, à Mumbai, au Brésil… jusqu’au moment où je me rends compte que le numérique comporte des externalités négatives mais qu’il pourrait servir à lutter contre les fléaux dans le monde ".
La politique peut attendre
Après une dernière mission, elle fonde en 2017 Digital For The Planet. " J’ai démarré l’ONG toute seule, les cafés étaient mon bureau. Aujourd’hui, j’en suis à mon deuxième mandat de présidente. L’association est financée par du mécénat, des subventions d’État mais aussi grâce aux adhésions ".
Vite repérée par les médias, tout s’accélère ensuite pour la jeune femme. "Les Éditions de l’Observatoire me contactent pour me proposer d’écrire un livre. J’écris alors un essai économique, la thèse que je n’ai jamais osée publier : Réparer le futur".
Un succès en librairies qui l’encourage à poursuivre ses activités d’autrice : "J’écris actuellement un deuxième livre. Il parlera d’amour et de société", relate Inès Leonarduzzi.
En parallèle, l’entrepreneure a toujours sa société de conseil et a même créé, l’année dernière, une seconde société consacrée cette fois-ci à l’art, MTArt Agency dont l’objectif est de promouvoir l’art public. "En discutant de manière informelle avec des collectionneurs importants, je me suis rendue compte que certains cherchaient des œuvres que je pouvais me procurer. Par ailleurs, j’ai signé, en octobre dernier, une mission de deux ans pour développer le marché français d’une entreprise britannique qui représente des artistes contemporains ".
A ceux qui lui prêtent des ambitions politiques, Inès Leonarduzzi est catégorique : "On m’a proposé de prendre des circonscriptions mais j’ai refusé. Je veux encore rouler ma bosse. Pour moi, faire de la politique, c’est un engagement citoyen. Il faut être un citoyen qui a prouvé sa grande valeur pour pouvoir contribuer à faire grandir les choses qui s'adressent au plus grand nombre", affirme la jeune femme.
Une liberté de penser et d’agir qu’elle veut conserver. "La politique est un exercice très contraignant et je ne veux pas perdre ma liberté". Une de ces tribunes, publiée le 15 mars 2020, dans le journal Les Echos, "Le pangolin n’y est pour rien ", figure d’ailleurs parmi les mieux classées de cette année-là par le quotidien économique.
L’art au féminin
Surtout, la maman d’un petit garçon de deux ans et demi a un autre projet qui lui tient à cœur. "Je développe actuellement avec de grands partenaires institutionnels la première biennale consacrée aux femmes afin que toutes puissent apprendre à investir dans l’art. Le marché de l’art est encore excessivement préempté par les hommes et il est particulièrement spéculatif. De manière grossière, il faut considérer que quelques dizaines de milliers d’hommes font monter les enchères sur une centaine d’artistes qui sont eux-aussi en grande majorité des hommes. Je suis convaincue qu’il faut intégrer des femmes à ce milieu et pour cela, elles doivent disposer de tous les outils pour investir".
L’évènement qui devrait avoir lieu en octobre 2023 sera situé en plein cœur de Paris et sera soutenu financièrement par d’importants partenariats financiers. "De grandes marques de luxe, précise Inès Leonarduzzi. Cela signifie que pour elles, le projet est pertinent et que je suis une personne de confiance après à avoir montré pattes blanches durant toutes ces années ".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

