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Atos / Bertrand Meunier / Sycomore Asset Management / Cyril Charlot / Nourdine Bihmane
La pression augmente sur le président d’Atos
Ne pas confondre patience et passivité. Être actionnaire de long terme d’Atos n’est pas une sinécure. La capitalisation boursière de l’ex-leader français de l’informatique a fondu des trois quarts depuis le début de l’année, la ramenant à un milliard d’euros à peine. Une valorisation si faible qu’elle pourrait donner des idées à un investisseur opportuniste, si tant est que celui-ci perçoive des signaux positifs sur la gouvernance et acquiert la conviction que le conseil d’administration prend vraiment les problèmes à bras le corps.
Or, cela va faire trois ans que le groupe éprouve toutes les peines du monde à définir une stratégie claire et à s’y tenir. Dans ce genre de situations, le directeur général tient généralement lieu de fusible. Problème, Atos vient d’en consommer deux en peu de temps. Elie Girard et son virage trop lent vers le numérique et le Green IT a cédé sa place l’an dernier, au bout de deux ans, à Rodolphe Belmer, transfuge de l’opérateur satellites Eutelsat, qui a lui tout juste tenu six mois.
Besoin de "sang neuf"
Il pourrait ainsi arriver un moment où un changement plus profond de gouvernance devient nécessaire. C’est tout le sens du message adressé par la société de gestion Sycomore Asset Management, actionnaire minoritaire d’Atos, qui a rappelé lundi auprès de Reuters qu’elle souhaitait la démission du président du groupe, Bertrand Meunier, et le remplacement des membres les plus anciens du conseil d'administration.
Le constat ne date pas d’hier. Cela fait de longs mois que Sycomore AM réclame du sang neuf pour le conseil d’administration d’Atos. Précisément, la société de gestion, qui revendique entre 0,5% et 1% du capital d'Atos, souhaite que "les trois plus anciens membres du conseil soient remplacés par des personnes vraiment indépendantes des choix effectués ces dernières années", explique à WanSquare Cyril Charlot, associé fondateur de Sycomore AM.
Habituée au dialogue avec les entreprises dans lesquelles elle prend des participations, la société de gestion a envoyé des courriers au conseil d’administration durant l’été, en juin et juillet précisément. En partie, les échanges entamés avec le conseil d’administration se sont d’ailleurs avérés "plutôt constructifs", sauf sur ce point sensible du remaniement du conseil, où elle a "jusqu’à présent reçu une fin de non-recevoir", indique Cyril Charlot. "Il nous a été rétorqué que cela pouvait déstabiliser le groupe", rapporte-t-il.
Difficile pourtant d’imaginer la société dans une posture plus délicate qu’elle ne l’est déjà. Avec un cours de bourse divisé par dix depuis les plus hauts de 2017, et par deux depuis la dernière assemblée générale, on ne peut pas dire que les investisseurs accordent beaucoup de crédit à la gouvernance et au plan annoncé lors de la journée investisseurs de juin dernier.
Ce plan stratégique très décrié prévoit la scission en deux de l’entreprise, avec, d’un côté, les activités historiques d’infogérance et la gestion des systèmes informatiques des entreprises, en perte de vitesse, et de l’autre, les activités en croissance dans la cybersécurité, les supercalculateurs, l’informatique quantique ou encore l’intelligence artificielle, actuellement logées dans le pôle Big Data et Sécurité (BDS), qui seraient associées aux activités digitales et regroupées au sein d’une nouvelle société, baptisée Evidian, appelée à être cotée en Bourse. Un projet sans doute intéressant sur le plan intellectuel, mais "complexe et ambitieux et limitant la visibilité", a souligné lundi la banque américaine Goldman Sachs, résumant l’opinion générale.
Sycomore AM n’est pas persuadé non plus que ce plan réponde aux enjeux actuels du groupe. Mais "même en supposant que ce soit le cas", la société de gestion "pense surtout que ce travail de scission va demander beaucoup de temps et d’énergie alors que le groupe est dans une période compliquée où il aurait tout intérêt à se concentrer sur le gain de nouveaux contrats ou la bonne exécution de son carnet de commandes", explique Cyril Charlot.
Un "choc de confiance" nécessaire
Ce que souhaite la société de gestion n’est pas de déstabiliser davantage une entreprise qui s’est déjà largement déstabilisée toute seule, "mais de créer un choc de confiance avec l’arrivée au conseil de plusieurs nouveaux administrateurs connaissant très bien le secteur", ajoute l'associé fondateur.
Sycomore AM réclame simplement que le groupe soit bien géré dans un secteur qui par ailleurs bénéfice de tendances porteuses. "Toutes les entreprises cotées du secteur que nous suivons connaissent des taux de croissance organique et des marges opérationnelles proches de 10%", observe Cyril Charlot. Or, Atos est passé en deux ans d’une marge opérationnelle de 9% à 3%, et son free cash-flow est devenu très négatif l’an dernier alors que l’entreprise pensait qu’il serait positif.
De fait, "il n’y a aucune visibilité, et la communication financière est catastrophique avec deux profit warnings l’an dernier, ce qui est assez incompréhensible dans un secteur où les besoins sont très importants", ajoute l'associé fondateur. Pour la nouvelle direction du groupe nommée mi-juillet et constituée par un trio mené par Nourdine Bihmane, le travail de reconquête de la confiance des investisseurs s’annonce décidément considérable.
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