Entreprises / Actions / Arkéa / Julien Carmona / Crédit Mutuel
Entreprises / Actions
Arkéa / Julien Carmona / Crédit Mutuel
Tensions ravivées entre Arkéa et Crédit Mutuel / La confédération est pour le moins peu réceptive aux demandes de son affilié breton
Une tentative d’ouverture qui tourne court. Le Crédit Mutuel Arkéa, qui regroupe les fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest du Crédit Mutuel, a pris acte du refus de négocier du président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) sur le maintien d’une autonomie stratégique garantie au sein de l’ensemble du groupe mutualiste.
Au sortir du conseil d’administration de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel qui se tenait mercredi, "le Crédit Mutuel Arkéa ne peut que constater le refus du Président de l’organe central de négocier et de s’engager dans une véritable démarche de dialogue équilibré et de bonne foi que de nombreuses parties prenantes appellent de leurs vœux" a-t-il indiqué dans un communiqué.
Le conflit dure depuis plus de dix ans. Il trouve sa source dans l’organisation même du Crédit Mutuel. A la différence d’autres groupes bancaires mutualistes comme Crédit Agricole ou BPCE (Caisse d’Epargne), constitués d’une myriade d’entités régionales, le Crédit Mutuel ne regroupe que six caisses fédérales dont les poids reflètent un fort déséquilibre puisque la plus grosse de ces caisses, Crédit Mutuel Alliance Fédérale, dont le siège est à Strasbourg pèse à elle seule 80% de l’ensemble. Le second acteur, Crédit Mutuel Arkéa, basé à Brest, n’en représente lui que 20% environ.
L’organe central du réseau, la Confédération nationale du Crédit Mutuel, assure la défense des intérêts collectifs, la protection et la promotion de la marque "Crédit Mutuel" et la cohérence prudentielle du groupe. Mais, avec le temps, le pouvoir de celle-ci a tendance à empiéter sur les prérogatives propres au Crédit Mutuel Arkéa, pointe celui-ci.
"L’étau se resserre"
En particulier, une limite a été franchie l’an dernier, avec l’adoption de la "Décision à Caractère Général (DCG) cohésion" visant à clarifier les règles de cohésion du réseau. "Il s’agit d’une avancée préoccupante. D’un organe aux attributions essentiellement réglementaires, la confédération devient une tutelle envahissante qui empiète sur le domaine de la stratégie", explique à WanSquare Julien Carmona, le président du Crédit Mutuel Arkéa qui en a pris les commandes en juin de l’année dernière.
"La DCG Cohésion a doté la CNCM d’un pouvoir de veto et donc de contrôle sur la politique de croissance externe, les partenariats, les lancements de nouveaux produits, lui conférant aussi un droit de regard qui devient très intrusif en matière de politique de marque", ajoute l’ancien directeur général délégué du groupe immobilier Nexity et ancien directeur financier de BPCE.
Une nouvelle étape qui conduit Crédit Mutuel Arkéa à se sentir très menacé dans sa stratégie. "Nous sommes autonomes de fait mais plus autonomes de droit. C’est le fond du débat, est-ce que le projet d’entreprise permet encore une véritable autonomie ? L’étau se resserre avec une confédération qui, du fait du déséquilibre de sa gouvernance, est nécessairement contrôlée par les représentants du Crédit Mutuel Alliance Fédérale", dont Nicolas Théry est aussi le président.
Le départ en 2021 de l’emblématique Jean-Pierre Denis, prédécesseur de Julien Carmona à la tête d’Arkéa n’avait pas d’autre raison. Face à ce degré élevé de crispation avec l’organe central, l'homme a lancé il y a quatre ans le projet de désaffiliation, solution qui historique reviendrait à quitter purement et simplement le groupe Crédit Mutuel. Le projet n’est pas abandonné, et fait toujours l’objet de discussions qui se poursuivent avec la Banque centrale européenne (BCE).
Arkéa apte à "voler de ses propres ailes"
Sous la houlette de Julien Carmona, un projet alternatif à la désaffiliation a vu le jour. "L’indépendance est un bon projet, Crédit Mutuel Arkéa peut tout à fait voler de ses propres ailes. Cependant, notre objectif premier n’est pas de quitter le Crédit Mutuel, mais d’avoir la garantie de pouvoir conserver notre autonomie stratégique. Il n’y pas de raison fondamentale de claquer la porte si cette condition est remplie", explique Julien Carmona. C’est ce qui a conduit fin août le Crédit Mutuel Arkéa, après plusieurs tentatives de dialogue avec Nicolas Théry, le président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, à formuler des propositions concrètes et des concessions visant à fixer les contours d’un cadre d’autonomie garantie.
C’est à cette main tendue que la confédération a opposé une fin de non-recevoir lors de la réunion mercredi de son conseil d’administration. "Il y a un sentiment de déception et d’incompréhension, car nous partageons des valeurs communes. Nous avions proposé avec la Présidente du Crédit Mutuel Sud Ouest de venir nous s’exprimer devant le conseil d’administration, et cela nous a été refusé", déplore le dirigeant.
Le conseil d’administration, au sein duquel Arkéa ne dispose que de deux voix sur 18, a voté deux résolutions allant à l’encontre de ses demandes. La première condamne le projet de désaffiliation, tandis que la deuxième a donné mandat au conseil d’administration et au comité exécutif pour mener les discussions avec Arkéa, dont le poids dans ces deux instances est largement minoritaire. Arkéa ne dispose ainsi que d’un représentant sur les onze membres au sein du comité exécutif. "C’est la confédération qui discute avec elle-même", regrette Julien Carmona.
Face à cette situation et "cette attitude non responsable qui consiste à éviter les sujets de fond", Crédit Mutuel Arkéa compte "réunir ses instances de gouvernance afin de tirer les conséquences de cette situation de blocage et décider des suites à donner". Il pourrait notamment alerter les autorités de tutelles : Banque de France, BCE, ainsi que le ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Bruno Le Maire, qui aurait un rôle à jouer en cas de réforme des statuts de la confédération.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

