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Coalition Territoires et Transitions / Crise du logement / Sophie Garcia / Julien Carmona
Quand des initiatives d’entreprises se dessinent en réponses à la crise du logement / Avec des gains de compétitivité à la clé
La composition du futur gouvernement de Michel Barnier ne devrait pas tarder à se faire connaître… donnera-t-il finalement au logement son propre et unique ministère ? Il faut dire que la crise en la matière, en France, est tout sauf un mystère. Selon l’Union sociale pour l’habitat (USH), il serait nécessaire de mettre quelque 518 000 logements neufs sur le marché, entre 2024 et 2040. En parallèle, la production annuelle de logements neufs, à l’échelle individuelle ou collective, se terre dans des statistiques jamais vues : 200 000 seulement.
En attendant, certaines initiatives semblent tout de même émerger afin d’apaiser ce malaise national. Mais à plus petite échelle. C’est en ce sens que la Coalition Territoires et Transitions, portée par le président du Crédit Mutuel Arkéa Julien Carmona, vient de publier sa première note à ce sujet. Un rapport destiné (entre autres) à proposer des solutions éprouvées et activables directement dans les territoires français.
Parmi celles-ci : faire davantage confiance aux initiatives privées et tout particulièrement aux entreprises, pour s’imposer comme une clé utile à la résolution de cette crise. En aidant leurs salariés sur le plan de la location ou de l'accession à la propriété, elles pourraient en effet représenter une double solution. À la fois pour le logement, dans un premier temps, mais aussi pour leur propre compétitivité et attractivité. "Le lien entre l’emploi et le logement est évident. Je l’observe grâce à ma casquette de cheffe d’entreprise : cela fait des années que j’interviens sur ce plan pour mes collaborateurs, afin qu’ils puissent obtenir des logements intermédiaires ou sociaux. Il est important de se rendre compte que la pénurie de main-d’œuvre ne découle pas uniquement de la formation. Le lien emploi-logement est tout autant essentiel. Pour attirer les salariés il faut pouvoir les loger ", atteste Sophie Garcia, membre de la coalition et présidente d’honneur du Medef Occitanie, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Des cas concrets
Un lien compris par nombre d’entreprises. Il y a le cas de Piriou, par exemple, un acteur du secteur naval installé dans le Finistère, à l’initiative d’un projet de développement de résidence pour contrer l’absence de logements abordables. Objectif ? Proposer une trentaine de logements à des tarifs modérés pour un investissement d’environ 3 millions d’euros, ouverts aux salariés des sociétés collaborant au programme. En Auvergne-Rhône-Alpes, également, un certain nombre de grandes entreprises (comme Michelin, Allianz, Banque Populaire, ou Sopra Group) collaborent avec la région dans le cadre de l’opération "New Deal". Elle soutiendra les personnes fraîchement embauchées par ces groupes dans la zone, en finançant leurs frais de logement jusqu’à 500 euros par mois pendant leur période d’essai. De quoi rendre les postes proposés plus attractifs et encourager la mobilité géographique des salariés, tout en réduisant les obstacles financiers associés à l’installation dans une nouvelle région.
Le programme repose sur un partenariat public-privé, comme de nombreux autres. Le projet de Piriou est lui aussi soutenu par une coalition de ce type, rassemblant des employeurs locaux, la municipalité, la préfecture du Finistère, des bailleurs sociaux ainsi qu’Action Logement. L’exemple de la "vallée de la batterie" à Dunkerque l’illustre également, alors que l’action concertée entre les secteurs public et privé a permis d’y créer de nouveaux emplois et de stimuler la création et la rénovation de logements.
Un mécanisme indispensable, mais encore trop peu utilisé, regrette Sophie Garcia : "Il arrive souvent que des préfets ou des maires nous fassent remonter que des fonds débloqués par le gouvernement n’ont pas été utilisés. Réactiver les partenariats entre la sphère publique et privée est indispensable pour répondre à cette crise du logement, il faut que les municipalités et les collectivités territoriales s’en emparent, et que de notre côté, en tant que chefs d’entreprise, nous prenions notre bâton de pèlerin pour aller faire connaître ce type de solutions à nos homologues". "Toutes les parties prenantes doivent s’y mettre : les entreprises, le secteur public et bien évidemment les financeurs et les banques", ajoute-t-elle.
Mieux flécher
D’autant que pour les entreprises, outre une plus ample attractivité, déployer des fonds dans la pierre - en termes de construction ou de rénovation - pour loger ses salariés peut se révéler être un investissement judicieux. La Coalition Territoires et Transitions évoque notamment, dans sa publication, le cas d’Agour, dans le Pays basque. Cette société œuvrant dans l’agroalimentaire et employant 230 personnes a rénové les maisons se situant aux alentours de son siège à Cambo-les-Bains, dans une région où les prix ont bondi ces dernière années, sous l'effet de l'augmentation du nombre de résidences secondaires. Un projet coiffé d’une volonté écoresponsable, au travers de l’installation de panneaux photovoltaïques et visant à proposer aux collaborateurs d’Agour des loyers inférieurs de 25 % à 35 % aux prix habituellement pratiqués sur le marché.
Pour ceux qui le souhaiteraient, l’acquisition de l’usufruit du logement à crédit sera aussi proposée. Dans l'ensemble, le projet devrait se révéler être un bon calcul. "Pour une entreprise, un investissement immobilier reste un patrimoine. Et fournir un logement à ses employés à des conditions préférentielles ne pénalise en rien la rentabilité de l’investissement, au contraire. Dans une entreprise sans difficulté, la masse salariale croît perpétuellement. Cela coûte cher d’augmenter les salaires, tout particulièrement pour les petites et moyennes entreprises. Ce type de mécanisme permet en fait aux entreprises de donner du net, dans la mesure où la somme est directement fléchée et adéquate. Cela en devient même moins coûteux, puisqu’il n’y a pas de charge dessus. On agit directement sur le pouvoir d’achat de nos collaborateurs, mais avec un mix différent. C’est un cercle vertueux", démontre la co-présidente de la commission "Croissance et Territoires" du Medef.
À tous les étages
Autant d’exemples venant donner quelques signaux positifs pour répondre à cette crise, alors que le chantier pour la résoudre s’annonce titanesque. D’octobre 2022 à septembre 2023, seuls 371 300 logements ont été mis en construction, soit un recul de 28,3 % par rapport aux douze mois précédents, rappelle la note du collectif de décideurs. Et les perspectives pour l’année en cours ne présagent rien de bon. Les prévisions de la Fédération française du bâtiment estiment que les mises en chantier devraient reculer de 16 % en 2024, tandis que les permis de construire délivrés s’éroderaient de 12 %.
"Si l’on pense à plus grande échelle et notamment à la réindustrialisation, le logement un sujet incontournable. Ce n’est pas dans le centre-ville de Toulouse que l’on construira de nouvelles usines", relève de plus Sophie Garcia. Effectivement, le manque de logements proches d’usines et abordables pourrait bien risquer de venir contrarier ce grand objectif politique et économique.
D’où l’importance de repenser en profondeur la politique nationale du logement, rappelle la note. Et notamment au travers d’une approche territoriale, tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités. Et Sophie Garcia de souligner : "Nous nous sommes interdits, dans notre manière de penser, de faire des propositions qui toucheraient aux finances publiques ou à de nouvelles lois. Il ne s’agit pas de créer de nouveaux budgets, seulement de faire connaître des solutions territoriales qui existent, qui marchent et pouvant être dupliquées". Une méthode qui s’appliquera donc aux prochaines publications de la Coalition Territoires et Transitions, visant à promouvoir l’action territoriale et des solutions efficaces dans le débat public, qui s’égrèneront dans les prochains mois et à l’avenir, à propos de divers sujets d’actualité.
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