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Entreprises / Actions / Glass Lewis / ISS / Proxinvest / Pierre-Henri Leroy / Alain Demarolle

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Glass Lewis / ISS / Proxinvest / Pierre-Henri Leroy / Alain Demarolle

Proxinvest devient américain / Un changement de contrôle surprenant sur la place parisienne

L’unique agence de conseil de vote française passe sous pavillon américain. Un séisme à l’échelle de la place de Paris, tandis que la direction met l’accent sur la continuité et les avantages offerts par l’opération.
Pierre Henri Leroy, fondateur de Proxinvest - Pascal SITTLER/REA
Pierre Henri Leroy, fondateur de Proxinvest - Pascal SITTLER/REA

C’est un coup dur pour la place de Paris et son écosystème. La seule agence française de conseil de vote ou "Proxy" vient de passer sous contrôle américain. Glass Lewis, qui domine le secteur avec son homologue états-unienne ISS (Institutional Shareholder Services) vient de mettre la main pour un montant non dévoilé sur Proxinvest, la société fondée en 1995 par Pierre-Henri Leroy, ancien dirigeant du Crédit Lyonnais. Et si cette opération ne marque pour Glass Lewis qu’"une nouvelle étape du renforcement de sa présence sur le marché européen dans le cadre de son expansion mondiale", après l’acquisition des clients de la société de conseil de vote espagnole Alembeeks, elle apparaît dommageable à un bon équilibre des forces entre "proxy advisors". Étant donné leur poids sur le vote des actionnaires des grandes entreprises, il eut sans doute été avisé qu’un acteur français puisse continuer à porter une voix totalement indépendante. Proxinvest se distingue d’ailleurs dans le milieu pour s’être toujours interdit toute prestation de services rémunérés par les émetteurs, s’évitant tout conflit d’intérêt.

La portée de l'événement apparaît d'autant plus importante que la cession en 2019, à l'américain Moody's, de Vigeo Eiris, agence française pionnière dans l'analyse des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) avait déjà suscité l'émotion. Ce changement de contrôle surprend aussi moins de deux ans après le rachat de Proxinvest par le banquier Alain Demarolle, qui promettait de faire de l’agence de conseil "l’acteur de référence de la gouvernance en Europe" face justement aux deux mastodontes américaines Glass Lewis et ISS. Une ambition réitérée l’an dernier lorsque que l’agence de conseil avait revu sa gouvernance en mettant l’accent les sujets environnementaux et sociaux. De belles promesses qui n’ont donc pas empêché Alain Demarolle, inspecteur des finances, passé chez Salomon Smith Barney et Bear Stearns à Londres et à New York avant de devenir conseiller économique de Dominique de Villepin, puis de Christine Lagarde à Bercy, de céder aux sirènes américaines.

"L’opération était nécessaire pour que Proxinvest puisse continuer de croître", justifie à WanSquare Charles Pinel, le directeur général de Proxinvest, qui considère "ce deal avant tout comme un partenariat". D’une part, Proxinvest, dont la couverture française et européenne était jusqu’à présent limitée aux principaux indices "va pouvoir aller au-delà grâce à Glass Lewis". D’autre part, le nouveau propriétaire américain "propose des services complémentaires aux nôtres", ajoute Charles Pinel, que Proxinvest va ainsi pouvoir intégrer dans son offre. C’est le cas notamment d’une nouvelle plateforme lancée par Glass Lewis permettant aux investisseurs de gérer leurs initiatives en matière d’ESG et d’engagement.

Alors que le passage sous contrôle américain fait s’interroger sur l’indépendance que pourra conserver Proxinvest, Charles Pinel tente d’écarter les craintes à ce sujet. "Nous sommes très attachés à cette indépendance. Nous sommes assurés auprès de Glass Lewis de pouvoir la garder. Elle constitue notre meilleure garantie auprès de nos clients", explique le dirigeant. "Il est primordial pour nous de continuer à définir notre politique de vote, de conserver notre expertise locale et nos méthodes de travail", poursuit Charles Pinel. Le bureau de Paris et ses équipes restent ainsi en place, tout comme l’équipe dirigeante, toujours constituée donc, de Charles Pinel, et de Loïc Dessaint, le responsable des questions de gouvernance.

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