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Macro-économie / Taux / Benoît Coquart / Legrand

Macro-économie / Taux
Benoît Coquart / Legrand

exclusif L'année 2023 vue par… Benoit Coquart / Directeur Général de Legrand

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2023 après une année 2022 marquée par les chocs inflationniste, énergétique, géopolitique et monétaire. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Benoit Coquart - Directeur Général de Legrand - Sebastien ORTOLA/REA
Benoit Coquart - Directeur Général de Legrand - Sebastien ORTOLA/REA

 

La récession est-elle inéluctable en Europe d’ici les prochains mois ? Et en France ?

Beaucoup de facteurs de ralentissement économique s’additionnent aujourd’hui – inflation persistante, hausse des taux, tensions géopolitiques, crise de l’énergie, etc. Ces facteurs pèsent particulièrement sur l’Europe, y compris la France.

Mais dans ce contexte morose, des raisons d’être optimistes demeurent. Quelle que soit la situation économique des prochains trimestres en Europe, la transition écologique et numérique devrait se traduire par la poursuite d’investissements significatifs dans le bâtiment, que ce soit pour les rendre plus efficaces énergétiquement ou pour construire des capacités additionnelles en data centers !

Par ailleurs, plusieurs géographies devraient continuer à enregistrer des croissances très significatives. Par exemple, l’Asie devrait représenter les trois quarts de la croissance mondiale en 2023, portée notamment par le marché indien ; et nous sommes également très optimistes sur l’Afrique ou encore le Moyen-Orient.

 

Faut-il s’inquiéter d’un découplage entre les États-Unis et la zone euro ?

Les États-Unis, il est vrai, ont mis en place des mesures pour soutenir leurs entreprises et bénéficient de coûts de l’énergie moins élevés. Et cela est susceptible d’avoir un impact sur les entreprises européennes.

Côté Legrand, notre production reste, en général, très localisée. Nous produisons au plus près des marchés dans lesquels nous sommes présents, ce qui limite l’impact des considérations liées au commerce international. C’est le cas en Europe, cela l’est un peu moins sur le marché américain qui reste assez dépendant de l’Asie en termes d’approvisionnements. Notre enjeu est davantage lié à l’évolution de la politique zéro-Covid de la Chine – les récentes annonces sont d’ailleurs pour nous positives - et à la fluidité des relations commerciales entre ces deux pays.

 

L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, hausses de salaires), a-t-elle franchi son pic ?

Les spécialistes s’accordent à dire que l’inflation que nous connaissons depuis près de deux ans et qui a, en particulier, touché les matières premières, les composants et le transport devrait se stabiliser. L’évolution des prochains trimestres dépendra toutefois d’une part de la situation économique et d’autre part du prix de l’énergie, qui irrigue la quasi-totalité des postes de coûts, des matières aux salaires.

Face à cette situation Legrand ne reste pas inactif. Nous avons par exemple lancé un plan de sobriété énergétique pour réduire de 15 % nos consommations d’énergie en deux ans. Nous restons également très vigilants concernant la gestion de notre pricing, qui est un point de force du modèle économique de Legrand.

 

Dans un contexte où les entreprises ont besoin de liquidités pour maintenir leur croissance, craignez-vous des tensions sur les financements bancaires ?

Sur le fond, les taux d’intérêt nuls voire négatifs étaient une anomalie historique : les hausses des taux des banques centrales nous amènent à un niveau "normal", avec lequel les entreprises doivent savoir opérer.

Notre marché, quant à lui, est solide et ne devrait pas connaître de problème de liquidités. C’est évidemment le cas de Legrand, dont le rating est excellent, mais aussi de ses clients.

 

Le ralentissement économique chinois vous inquiète-t-il ?

Une politique zéro-Covid restrictive et un secteur immobilier aujourd’hui en berne pèsent indéniablement sur la croissance chinoise. Les autorités l’ont bien compris, comme le montrent les récentes mesures d’assouplissement. Nous sommes convaincus de notre côté que ce marché, qui pèse aujourd’hui près de 4 % de notre chiffre d’affaires, reste très attractif non seulement pour produire localement en réponse à des besoins locaux mais également comme base d’exportation en particulier vers les États-Unis.

 

Estimez-vous possible une dégradation du commerce international en raison du contexte géopolitique ?

Il y a aujourd’hui un vrai risque de fragmentation du monde, avec des blocs économiques qui défendent – parfois agressivement - leurs propres intérêts au détriment du multilatéralisme. Dans ce contexte, l’Europe, dont le modèle est basé sur le compromis et l’ouverture, n’a pas encore réellement déterminé sa stratégie. Pour une entreprise comme Legrand, notre modèle économique est assez adapté à ce nouvel environnement : nous sommes sur beaucoup de marchés des leaders locaux, produisant localement pour les besoins du marché, avec un management souvent issu du pays dans lequel nous opérons.

 

La crise économique actuelle n’est-elle pas une opportunité pour accélérer la transition énergétique ?

Il y avait un consensus politique fort, à la fois en France et dans l’Union européenne, sur la nécessité d’atteindre la neutralité carbone en 2050, mais avec des actions qui parfois tardaient à se mettre en place. La crise énergétique a changé un peu la focale. Il y a maintenant urgence à agir, en particulier dans le bâtiment qui représente 40 % des consommations énergétiques ! Or, les solutions existent, souvent avec des pay-back très raisonnables : c’est notamment le cas avec les systèmes de gestion active de la consommation qui permettent aux particuliers comme aux professionnels de baisser significativement leur facture énergétique.

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