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Legrand entre dans la zone de turbulence / Mais son modèle économique n’inspire pas d’inquiétude
Il ne s’agit pas à proprement parler d’une surprise. Le marché des équipements électriques n’est pas totalement immunisé contre la contraction économique qui point. Mais tout signe de ralentissement de la demande inquiète forcément. C’est pourquoi l’évolution récente des grands agrégats comptables de Legrand n’apporte pas toutes les garanties aux investisseurs à l’affût du moindre accès de faiblesse. Ce que traduit la baisse de plus de 5% enregistrée jeudi par son cours de Bourse, que tempère le rebond supérieur à 2% observé vendredi.
Que les choses soient claires : la situation reflétée dans les comptes à fin septembre de l’entreprise dirigée par Benoît Coquart est loin du retournement de marché. Le spécialiste des infrastructures électriques et numériques du bâtiment a enregistré sur les neuf premiers mois de l’année un chiffre d’affaires de 6,15 milliards d’euros, en progression de 19,1% sur un an dont 10,1% de croissance organique à périmètre et change constants. Le résultat opérationnel ajusté s’est accru de 12,1% pour s’établir à 1,24 milliard d’euros et le résultat net a grimpé de 16,1% à 811,7 millions d’euros.
Volumes de vente en berne
Les performances se révèlent d’ailleurs conformes, voire supérieures aux anticipations des analystes. Le consensus FactSet indiquait un chiffre d'affaires de 6,11 milliards d'euros, pour un résultat opérationnel ajusté de 1,23 milliard d'euros et un résultat net de 805,2 millions d'euros.
Cependant, la croissance organique ralentit bel et bien. Elle s’est établie à 8,4% au troisième trimestre, après 11,2% au premier trimestre puis 10,7% au deuxième. Et la composition de cette croissance est parlante. La hausse du troisième trimestre "se scinde entre une baisse des volumes de 2,9% et 11,3% d’effet prix" alors que "les volumes étaient en hausse de 3,4% au premier trimestre et de 0,3% au deuxième", observent les analystes d’Oddo BHF.
Les explications de la baisse des volumes avancées par la direction sont diverses : recul du marché résidentiel aux Etats-Unis, impact négatif de la Russie et de l'Ukraine (ces deux pays représentaient environ 2% du chiffre d’affaires l’an dernier), déstockages en Europe, ainsi que le défi posé par les tensions persistantes sur les approvisionnements, en particulier en composants électroniques.
Sur le plan de la rentabilité, "la baisse des marges est due à l'Europe, où elles ont été inférieures de 285 points de base au consensus", note UBS, tandis que les marges de la zone Amérique du Nord et centrale ont dépassé les attentes, de même que celles du Reste du monde. Le groupe souligne les fortes pressions inflationnistes auxquelles il est confronté, avec notamment une hausse d’environ 15% pour les matières premières et composants sur les neuf premiers mois, et plus de 11% de progression au cour du seul au troisième trimestre.
Hausses tarifaires
Le défi du pricing power n’effraie cependant pas l’entreprise qui a confirmé ses prévisions pour l’exercice 2022. Le groupe table toujours sur une croissance organique comprise entre 6% et 9% et une marge opérationnelle ajustée de l'ordre de 20% du chiffre d'affaires.
Au-delà de cette année, la solide stratégie tarifaire de répercussion de la hausse de ses coûts auprès des clients que mène le groupe industriel "constitue un élément important à prendre en compte lorsque l'on réfléchit à la forme que prendra 2023", estime JPMorgan, en supposant que la direction de l'entreprise ait raison lorsqu’elle affirme qu’elle pourra continuer à compenser l’inflation avec des volumes amenés à continuer de reculer.
La poursuite de la stratégie de croissance externe devrait l’y aider. Le groupe vient de procéder à deux nouvelles acquisitions sur des segments porteurs : celle de la société allemande A. & H. Meyer, spécialisée dans les solutions de connectique pour mobilier tertiaire, et du spécialiste britannique en UPS (équipement, services et maintenance) Power Control. De quoi renforcer encore davantage la part dans son chiffre d’affaires de l’efficacité énergétique, des datacenters et des produits connectés dans la gestion des bâtiments. Trois thématiques qui représentaient le tiers de ses ventes l’an dernier, pour lesquelles la demande ne devrait pas faiblir en cas de récession.
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