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Legrand / Benoît Coquart / infrastructures électriques / pricing power / Dividende
Legrand impressionne par ses résultats et ses prévisions / L’électricien continue à dérouler sa stratégie d’acquisitions
La difficulté réussit à Legrand. Dans un contexte fortement inflationniste où l’instabilité géopolitique est allée de pair avec l’incertitude économique, le spécialiste mondial des infrastructures électriques et numériques du bâtiment a réalisé l’an dernier des performances de tout premier plan. La croissance de 19,2 % enregistrée en 2022 par le chiffre d’affaires de l’entreprise est même historique, tandis qu’à 20,4 %, la marge opérationnelle s’est maintenue au-dessus des 20 % qui sont devenus son standard depuis treize ans.
De fait, alors qu’il constituait un défi, l’exercice 2022 fait figure de "bon millésime et apporte la démonstration de la solidité de notre modèle", commente à WanSquare Benoît Coquart, le directeur général de Legrand. Une démonstration plus convaincante que prévu. Lors de la publication de ses résultats sur neuf mois en novembre dernier, Legrand avait indiqué tabler sur une croissance organique de ses ventes comprise entre 6 % et 9 %, ainsi qu’une marge opérationnelle ajustée de l’ordre de 20 %. Finalement, la croissance organique aura atteint 9,7 %. Et le chiffre d’affaires de 8,4 milliards d’euros atteint sur l’exercice écoulé dépasse la prévision moyenne de 8,23 milliards d’euros du consensus d’analystes FactSet. Même chose pour le résultat opérationnel ajusté de 1,7 milliard d’euros, qui dépasse l’estimation de 1,59 milliard d’euros attendue par le marché.
Bond de 50 % du chiffre d’affaires en cinq ans
La performance ressort d’autant mieux une fois mise en perspective. "En cinq ans, nous avons parcouru beaucoup de chemin. Notre chiffre d’affaires a augmenté de plus de 50 %", souligne Benoît Coquart. Un changement de dimension largement lié à la stratégie de croissance externe de l’entreprise, celle-ci reposant sur la forte capacité du groupe à générer de la trésorerie. Le cash-flow libre a atteint 1 milliard d’euros l’an dernier, dont 419 millions d’euros pour le seul quatrième trimestre. "Nous nous sommes engagés à dédier la moitié du cash-flow libre à notre stratégie d’acquisitions ciblées, notamment dans les segments à plus forte croissance", rappelle Benoît Coquart.
Ces segments à plus forte croissance, qui regroupent l’efficacité énergétique, les datacenters, et les produits connectés dans la gestion active des bâtiments, "ont représenté 33 % de notre chiffre d’affaires en 2022, et nous avons pour objectif à terme qu’ils en représentent 50 %", souligne le dirigeant. Le groupe a ainsi mis la main sur environ 200 millions d’euros au travers de sept acquisitions sur un an, dont deux annoncées ce jeudi : Encelium, acteur américain des systèmes d’éclairage pour bâtiments tertiaires, et Clamper, leader brésilien des dispositifs de protection des solutions basse tension.
Effet prix de 10 %
Évidemment, dans un contexte de fortes tensions inflationnistes sur les coûts, 2022 aura été marquée par un effet prix à l’ampleur inhabituelle. "En 2022, l’effet prix sur nos ventes a été de l’ordre de 10 % ", indique Benoît Coquart. Soit la totalité de la croissance à structure et change constants de 9,7 % enregistrée en 2022, " la croissance des volumes ayant été proche de zéro", précise-t-il.
"Nos positions de leadership sur nos lignes de produits et solutions constituent un levier structurel pour maintenir notre niveau de rentabilité", ajoute Benoît Coquart. Cela permet au groupe d’augmenter ses prix et de compenser en partie la hausse des matières premières.
Cet effet prix est appelé à jouer encore un rôle important en 2023, même s’il devrait revenir à des proportions moins extraordinaires. Le groupe vise une croissance de ses ventes hors effet de change comprise entre 2 % et 6 % cette année, comprenant un effet périmètre d’environ 3 %, soit une croissance organique entre -1 % et 3 %. Le ralentissement de la croissance prévue en 2023 par rapport à 2022 s’explique ainsi par la diminution attendue de l’effet prix. "Nous passerons moins de hausses de prix en 2023, parce que les coûts des matières premières et des composants devraient aussi moins augmenter, tandis que les volumes sont attendus en petite baisse ", explique Benoît Coquart.
Bonne surprise
Cette prévision de croissance organique pour 2023, ainsi que celle d’une marge opérationnelle ajustée autour de 20 %, constituent une bonne surprise. "Le consensus anticipait respectivement -0.7 % et 19,7 %. Il devrait légèrement relever ses estimations selon nous", prévoient les analystes d’Oddo BHF. Dans un marché de la construction résidentielle qui s’annonce encore une fois difficile cette année, le groupe pourra compter sur les besoins croissants d’efficacité énergétique et de nouvelles innovations et infrastructures d’énergie renouvelable.
Preuve d’une certaine confiance, le groupe a décidé de verser un dividende de 1,9 euro par action au titre de 2022, en croissance de 15,2 % par rapport à 2021. L’occasion pour Benoît Coquart de souligner que "le dividende de Legrand, depuis 1970, n’a jamais baissé, ce qui montre une certaine continuité dans la stratégie de rémunération de nos actionnaires". En Bourse, l’action Legrand bondit jeudi de plus de 7 % à 87,8 euros, en tête des plus fortes hausses du CAC 40.
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