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Dividende / dividendes / TotalEnergie / Vernimmen / Pascal Quiry / Yann Le Fur
Les actionnaires du CAC 40 ont perçu plus de 80 milliards d’euros l’an dernier / Des montants utilement recyclés dans l’économie
Voilà des données qui ne manqueront pas de nourrir les discussions autour de l’utilisation des dividendes, et de leur utilité économique. Les entreprises du CAC 40 ont battu un record de redistribution aux actionnaires en 2022. D’après les données compilées par la lettre Vernimmen, le montant qu’elles ont rendu l’an dernier à leurs actionnaires s’est élevé à 80,1 milliards d’euros, dépassant le précédent sommet de 69,4 milliards d’euros de 2021. Dans le détail, ce sont 56,5 milliards d’euros qui leur ont été versés sous forme de dividendes en 2022, et 23,7 milliards d’euros par le biais de rachats d’actions. Un montant à mettre en rapport avec les profits non moins records de 160 milliards d’euros que les 40 plus grands groupes côtés français ou d’origine française avaient dégagés en 2021.
Les entreprises du CAC 40 ont ainsi distribué 39% de ces gigantesques profits sous forme de dividendes l’an dernier, en tenant compte du fait que certaines (Renault, Unibail-Rodamco-Westfield et Worldline) n’en ont pas distribué du tout. En ajoutant les rachats d’actions, le taux de distribution monte à 55%. "Ces taux sont parmi les plus bas que nous ayons enregistrés, et même le plus bas pour les dividendes", indiquent Pascal Quiry et Yann Le Fur, les auteurs de la lettre Vernimmen.
TotalEnergies, LVMH et Sanofi les plus généreux
Aussi élevées soient-elles dans l’absolu, les redistributions aux actionnaires ont en effet progressé moins vite que les bénéfices. Un phénomène lié à "la viscosité du dividende qui, en phase haute de conjoncture, croît moins vite que les résultats, et par des résultats de 2021 excellents pour les plus grands groupes français", expliquent-ils.
Une bonne santé illustrée à merveille par TotalEnergies, qui mène le classement des entreprises les plus généreuses, avec 13,3 milliards d’euros versés en 2022, dont 6,9 milliards d’euros par le biais de dividendes versés en numéraire. Le groupe énergéticien dirigé par Patrick Pouyanné est suivi par LVMH (7 milliards d’euros) et Sanofi (4,7 milliards d’euros), les trois réunis représentant 31% du volume. La proportion dépasse la barre des 50% des fonds distribués en ajoutant les quatre suivants : BNP Paribas, Stellantis, AXA et Crédit Agricole. L’occasion de noter le retour dans le septuor de tête des groupes financiers, qui avaient été contraints par leur régulateur à réduire leurs versements pendant la pandémie.
La question de l’utilisation des profits géants des grandes entreprises donne lieu à des débats récurrents, partant souvent de l’idée que les sommes versées aux actionnaires pourraient être partagées plus équitablement. Cette précisément cette question du partage de la valeur qui a amené le gouvernement à envisager récemment la création d’un dividende salarié, initiative dont les organisations patronales ont cependant expliqué qu’elle était tout à la fois inutile et potentiellement dangereuse.
Les vertus économiques du dividende
Avec toute leur pédagogie, les auteurs de la lettre rappellent pour leur part des principes simples. Et en premier lieu que les "dividendes et rachats d’actions sont de formidables outils de circulation des richesses permettant de réallouer une ressource rare, les capitaux propres, d’entreprises qui n’en ont plus l’utilité, vers des entreprises nouvelles qui en ont besoin à leur stade de développement actuel". Ce n’est donc pas un hasard si "la quasi-totalité de ces redistributions sont le fait d’entreprises à maturité, ce qui est logique puisque celles-ci génèrent de nouveaux capitaux propres importants, que leur faible croissance rend inutiles", expliquent-ils.
Il est "plus sain", poursuivent Pascal Quiry et Yann Le Fur, "de les reverser à leurs actionnaires, plutôt que de les gaspiller en surinvestissements ou en placements oisifs de trésorerie, et de priver ainsi de capitaux propres d’autres groupes qui en auraient besoin pour se développer, et vers qui les dividendes et rachats d’actions de ces mastodontes seront réinvestis". Ainsi, "c’est [grâce] à toutes les entreprises créant plus de capitaux propres qu’elles n’en ont l’utilité, et qui les ont restitués à leurs actionnaires, qu’en 2022, 839 start-ups françaises de moins de 10 ans d’âge ont pu trouver plus de 13 milliards d’euros de capitaux propres pour financer leur développement et couvrir leurs pertes, soit 3 milliards d’euros de plus que l’année précédente", indiquent-ils. Sans oublier qu' "une autre partie de ces retours aux actionnaires a servi à verser des pensions à des personnes pour qui les retraites ne dépendent pas de la solidarité transgénérationnel".
Les dividendes et les rachats d’actions se posent donc comme un moyen efficace pour alimenter un cycle vertueux. "L’argent est fait pour circuler et il n’y a rien de pire que l’immobilisme en ce domaine qui fige des situations acquises", soulignent les auteurs. C’est l’économie qui le dit : "dividendes et rachats d’action [sont] un instrument au service d’une redistribution progressive des capitaux propres au sein de l’ensemble des entreprises par l’intermédiaire des investisseurs, afin de les allouer au mieux au profit d’une économie aussi efficiente que possible", rappellent-ils. Et ceux qui s’y opposent sont des "conservateurs".
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