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Banque Mondiale / perspectives / croissance
Le spectre d'une "récession mondiale" plane sur 2023 / La Banque mondiale est-elle trop pessimiste ?
Selon les dernières "Perspectives économiques mondiales" publiées par la Banque mondiale, la croissance devrait fortement marquer le pas cette année sous les effets cumulés "de l’inflation, de la hausse des taux d’intérêt, de la diminution des investissements et des perturbations causées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie". La croissance mondiale devrait ainsi s’établir à 1,7% en 2023, contre 3% encore attendus en juin dernier, après 2,9% en 2022.
Les conjectures de la Banque mondiale sont plus pessimistes encore que celles du Fonds monétaire international (FMI) ou de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui prévoyaient respectivement une croissance de 2,7% et 2,2% en fin d’année dernière. "Compte tenu de la précarité de la situation économique, toute nouvelle évolution défavorable risquerait de faire entrer l’économie mondiale en récession", préviennent les auteurs du rapport. Ce serait la première fois en plus de 80 ans que deux récessions mondiales se produiraient au cours de la même décennie.
"Un ralentissement marqué et généralisé"
Aucune économie ne semble épargnée par la morosité ambiante qui pèse fortement sur l’activité économique mondiale. L’Institution de Washington revoit ainsi ses prévisions à la baisse pour la quasi-totalité des économies avancées, dont la croissance devrait chuter de 2,5% en 2022 à 0,5% en 2023. Dans le détail, les États-Unis ne devraient guère croître de plus de 0,5%, soit la plus faible performance enregistrée depuis 1970 hors épisodes officiels de récession. C’est encore pire en zone euro, frappée de plein fouet par la crise énergétique, qui devrait connaître une croissance nulle cette année, évitant de justesse la contraction. La Chine, quant à elle, devrait enregistrer une progression de 4,3% en 2023.
En excluant cette dernière, le produit intérieur brut (PIB) des économies en développement devrait ralentir de 3,8% en 2022 à 2,7% en 2023, "en raison d'une demande extérieure nettement plus faible conjuguée à une forte inflation, des dépréciations monétaires, un resserrement des conditions de financement et d'autres difficultés intérieures". Ces économies sont d’ailleurs celles qui pâtissent le plus du contexte actuel : fin 2024, leurs niveaux de PIB resteront inférieurs d'environ 6% aux prévisions antérieures à la pandémie.
L’investissement à la peine
Plus inquiétant encore, sur la période 2022-2024, l'investissement brut dans ces pays devrait augmenter d'environ 3,5% en moyenne, soit moins de la moitié des taux observés au cours des deux décennies précédentes. "Le niveau peu élevé des investissements est très préoccupant, parce qu’il s’accompagne d’un faible niveau de productivité et d’échanges commerciaux et qu’il assombrit les perspectives économiques globales", souligne Ayhan Kose, directeur de la cellule perspectives de la Banque mondiale.
En outre, la politique restrictive de la Banque centrale américaine ne facilite pas la tâche aux pays en développement. Attirés par les rendements plus élevés aux États-Unis, les capitaux ont déserté en masse les pays émergents, où les États comme les entreprises ont désormais plus de mal à se financer. "Les investisseurs se sont de plus en plus détournés de la dette des pays les plus vulnérables, où les risques de crise financière augmentent", résume le rapport.
Des motifs d’espoir
À contre-courant du discours anxiogène ambiant, certains économistes français se veulent bien plus rassurants et relativisent les conjectures de la Banque mondiale. "La situation économique n’est pas aussi grave que ce que l’on entend périodiquement", assure Patrick Artus, conseiller économique de Natixis, à l’occasion d’une table ronde organisée par le Cercle des économistes ce jeudi. Il énumère ainsi la série de "bonnes nouvelles" qui nous invite à l’optimisme : politiques monétaires et budgétaires expansionnistes, besoins d’investissements – notamment dans la transition énergétique – considérables, innovation croissante, etc.
Si ce dernier reconnaît l’existence de facteurs d’inquiétude géopolitique, il semble avoir à cœur de dédramatiser la situation : "on n’est pas dans un environnement récessionniste", martèle-t-il avant d’ajouter que "les institutions surestiment l’impact négatif de ces facteurs". "On peut se demander si les institutions de 1945 ne sont pas obsolètes", renchérit Pierre Jacquet, président de Global Development Network, également présent à l’Hôtel de l’Industrie.
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