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Les crypto-actifs deviendront-ils systémiques ? / Leur chute pourrait entraîner celle de l'économie
Mieux vaut prévenir que guérir. Telle est la doctrine développée dans le dernier bulletin de la Banque des règlements internationaux (BRI) ; au vu de " l'ampleur et l'importance des échecs récents" dans le milieu des crypto-actifs, il est jugé essentiel "de s'attaquer à ces risques avant que les marchés de crypto-monnaies ne deviennent systémiques ". L’institution convient que pour l’instant les crises passées ont été circonscrites à la seule sphère des crypto-actifs, mais elle n’en estime pas pour autant que cela continuera d’être le cas dans le futur.
Les problématiques liées à cet écosystème ne seraient d’ailleurs pas si éloignées de celles de la finance "traditionnelle". La BRI estime néanmoins que "plusieurs facteurs exacerbent les risques habituels", parmi lesquels "l'effet de levier élevé, des asymétries de liquidité et d'échéance et des asymétries d'information importantes ". Là où le bât blesse c’est que la "nature sans frontières de la crypto" rend bien compliqué la prise en compte de ces risques. La BRI rapporte également que certains voient dans la chute de FTX un signe de l'échec de la finance centralisé et de l'avènement de la finance décentralisée.
Au ban de la finance ?
En défendant l’idée "d'encourager l'innovation saine avec les monnaies numériques de banque centrale", il apparaît en arrière-plan que les autres formes d’initiatives ne seraient pas sans risque pour la sphère. Ce qui aboutit à une option extrême qui serait de les interdire que ce "soit dans leur intégralité, soit de manière ciblée". Le bulletin publié n’élude pas le fait que "les avantages et les inconvénients de l'option de l'interdiction sont faciles à évaluer à un niveau abstrait ", notamment avec l’immense perte "que toute innovation utile provenant des crypto-monnaies serait perdue ou retardée".
Au-delà de cette perte à accepter, la mise en œuvre même de ce choix "se heurterait au défi de l’application […] leur nature sans frontières rend l'application difficile". Les activités des intermédiaires centralisés pourraient ainsi opérer depuis des pays où la législation est plus conciliante. Un danger encore plus grave menacé également, puisque par "effets d’entraînement", on verrait les investisseurs chercher "des activités similaires qui ne sont pas explicitement couvertes par les règles existantes ou qui font l'objet d'une surveillance moindre ". Ce qui entraînerait par conséquent une connaissance moindre de risques qui existeraient bel et bien et n’aiderait pas à éviter la propagation d’une crise.
Conjuguer interdiction et permission
D’autres options sont néanmoins mises sur la table, comme l’isolement de l’écosystème afin qu’il demeure "une activité de niche ". Une politique qui in fine "chercherait à freiner tout lien avec l'économie réelle", tout en évitant l’écueil consistant à considérer que la régulation des crypto-actifs les place sur le même plan que celle des actifs financiers plus classiques. Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, avait de son côté avancé l’idée qu’il " faudrait aussi taxer les crypto-actifs en fonction de leurs coûts sociaux", lors d’un discours en date du 7 décembre.
Un argument de plus en faveur de l’euro numérique, qui est toujours défendu bec et ongles par le banquier central italien. En effet, il argue également qu’un "écosystème de finance numérique stable nécessite des intermédiaires bien supervisés et un actif de règlement numérique sans risque et fiable, que seule la monnaie de banque centrale numérique peut fournir". La BRI avance à pas feutrés sur le sujet, n’excluant pas que "les investisseurs peuvent toujours exiger une compensation ex post" à la suite de la création d’une régulation spécifique concernant les cryptoactifs.
L’institution basée à Bâle est en effet plus optimiste quant à l’innovation " présente dans certains domaines de la crypto [qui] pourrait être exploitée pour améliorer la manière dont les services sont fournis dans la finance traditionnelle". Ce qui pourrait aboutir à une situation où on verrait certains pans de l’industrie crypto être soumis à une réglementation assez " traditionnelle", là où d'autres parties "pourraient être isolées dans le cadre d'une stratégie de confinement".
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