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Russie ; Guerre en Ukraine ; Déficit public ; Sanctions ; Pétrole; Gaz ; Turquie

Macro-économie / Taux / Russie / guerre en Ukraine / déficit public / sanctions

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Russie / guerre en Ukraine / déficit public / sanctions

La Russie entre sanctions et contournement / Moscou poursuit ses efforts de désoccidentalisation

Tournée vers une économie de guerre, la Russie se maintient grâce à la politique menée par sa Banque centrale et au contournement des sanctions avec la complicité – confirmée ou soupçonnée – de certains pays. Les sanctions occidentales menacent pourtant sérieusement la stabilité budgétaire.
Vladimir Poutine, président de la Russie (Mikhail Klimentyev/Kremlin Pool/ZUMA/REA)
Vladimir Poutine, président de la Russie (Mikhail Klimentyev/Kremlin Pool/ZUMA/REA)

Alors que l’Europe souffre des conséquences de la rupture avec Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine en février dernier, l’économie russe fléchit mais tient le choc. Malgré les sanctions occidentales et avec la complicité de la Chine ou de la Turquie, la Russie résiste bien mieux que prévu. Après une récession plus faible qu’attendue en 2022, l’économie russe devrait renouer avec la croissance dès cette année (+0,3 %) et même connaître une progression plus forte que celle de la zone euro en 2024, selon le FMI.

"La hausse du prix des matières premières en 2022, des stocks financiers conséquents, des pièces de rechange accumulées en grand nombre, la progression du commerce avec la Chine et la Turquie et le développement de nouvelles chaînes d’approvisionnement, certes parfois plus longues, plus coûteuses et plus incertaines… Tout cela a permis à l’économie russe de tenir remarquablement le coup jusqu’à présent", a expliqué Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du centre Russie/NEI de l’Institut français des relations internationales (Ifri), à l’occasion d’une conférence organisée par Coface, qui insiste également sur la "capacité d’adaptation extrêmement forte" de toute la société russe.

 

Les déficits se creusent

 

La relative bonne tenue de l’économie russe, du moins à court terme et en apparence, ne permet toutefois pas de masquer certaines évidences chiffrées. Les recettes fiscales tirées du pétrole et du gaz, qui financent largement l’effort de guerre du Kremlin, ont presque chuté de moitié en janvier par rapport l’année dernière. Dans le même temps, les dépenses ont augmenté de 59 % si bien que le déficit public s’est creusé de 23,3 milliards d’euros pour le seul mois de janvier, a annoncé lundi le ministère des Finances, du jamais-vu depuis 1998.

Les sanctions européennes sur le pétrole et les produits pétroliers (d’abord bruts en décembre, puis raffinés en février) ainsi que le plafonnement des prix imposé par le G7 ont majoritairement contribué à la baisse des revenus pétroliers de l’État russe. Le pétrole reste la principale source des recettes de la Russie, avant le gaz. Moscou était le deuxième exportateur mondial de pétrole brut, et le premier si l’on y ajoute les produits raffinés, avant l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022.

Selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, présente à Kiev jeudi 2 février, cette première salve de sanctions contre le pétrole brut coûterait déjà "environ 160 millions d’euros par jour" à la Russie.

 

Le fonds de prospérité nationale à la rescousse

 

Pour équilibrer, Moscou est donc obligé de piocher dans ses réserves – dont une partie a déjà été gelée. Le 18 janvier, le ministre des Finances russe a ainsi confirmé que les recettes du fonds souverain avaient été entamées pour la toute première fois, baissant de 38,1 milliards de dollars en l’espace d’un mois, à 148,8 milliards. Ce fonds est crucial pour les finances de la Russie. Destiné à l’origine au paiement du système des retraites, il permet pour l’instant d’éponger le déficit public, largement lié au conflit, de décembre 2022.

La Banque centrale russe s’était d’ailleurs auparavant assurée de s’être débarrassée de ses dollars et autres monnaies occidentales, si bien qu’aujourd’hui, le fonds de prospérité nationale est uniquement constitué à 40 % d’or et 60 % de yuan, la monnaie chinoise. Ce travail de l’institut d’émission s’inscrit dans "un effort de dédollarisation de l’économie et plus largement de désoccidentalisation de la société russe", a expliqué Tatiana Kastouéva-Jean. "À ce rythme et sans autres apports en ressources, le fonds de prospérité nationale devrait être totalement épuisé d’ici 3 ans maximum", poursuit-elle.

 

Le jeu du chat et de la souris

 

En parallèle, s’est installé un "véritable jeu du chat et de la souris" entre l’Occident, notamment les États-Unis, et les pays qui aident la Russie à contourner les sanctions, selon la chercheuse de l’Ifri. Il y a évidemment les alliés de toujours, la Biélorussie, la Syrie, l’Iran ou la Corée du Nord, ceux de circonstances, comme la Chine, mais aussi des acteurs plus équivoques comme la Turquie.

Membre de l’Otan depuis 1952, la Turquie d’Erdogan, la seule à parler encore véritablement avec Poutine, joue un rôle ambigu dans cette guerre. Elle livre, certes, du matériel militaire l’Ukraine mais n’applique pas les sanctions occidentales et profite même du gaz et du pétrole russe à bas prix. Elle assure en outre la maintenance des avions de ligne – Boeing ou Airbus – russes, qui peinent se fournir en pièces de rechange. "Le secteur le plus problématique en Russie, c’est l’aéronautique et la complaisance turque arrange bien Moscou qui aurait des difficultés sinon", a expliqué Tatiana Kastouéva-Jean.

Cette situation agace passablement les États-Unis qui ne manquent toutefois pas de moyens de pressions sur la Turquie, en proie à une inflation galopante et de nombreuses autres difficultés économiques. Reste à voir ce qu’il sera décidé.

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