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Publications, Résultats / TotalEnergies / Publication des résultats / résultats annuels / GNL / gaz / guerre en Ukraine / pétrole / énergies renouvelables / climat

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TotalEnergies : le chien aboie, la caravane passe / Des profits sans précédent qui relancent la polémique sur les superprofits

En multipliant ses bénéfices annuels par deux, le groupe s’est attiré, ce mercredi, les foudres des politiques et des ONG pro-climat. Loin de se sentir coupable pour autant, Patrick Pouyanné, le président-directeur général de la compagnie, n’a au contraire pas hésité à rappeler les actions de son groupe en faveur du pouvoir d’achat de ses salariés.
Patrick Pouyanné, président-directeur général (©Marc BERTRAND/CHALLENGES-REA)
Patrick Pouyanné, président-directeur général (©Marc BERTRAND/CHALLENGES-REA)

On a coutume de dire que la France n’aime pas les entreprises qui réussissent. Les résultats annuels de TotalEnergies auront, pour sûr, de quoi donner du grain à moudre aux défenseurs du dividende-salarié et de la taxation des superprofits. Après avoir engrangé plus de 17 milliards de dollars sur neuf mois, le groupe ne les a pourtant pas surpris ce mercredi matin en annonçant, pour l’ensemble de l’année, un bénéfice jamais vu dans l’histoire de la compagnie de 20,5 milliards de dollars, en hausse de 28 % sur un an.

Un résultat d’autant plus stratosphérique qu’il prend en compte des dépréciations d’actifs russes dont il détient encore des participations (projet Arctic LNG 2 et dans la société gazière Novatek, ainsi que dans les actifs de Yamal LNG). Sans cela, son résultat net ajusté atteint les 36,2 milliards de dollars, soit le double d’il y a un an.

 

Une stratégie gagnante sur le GNL

 

Dans ce contexte, très fructueux, la compagnie a annoncé dans le même temps avoir décidé de distribuer à ses actionnaires un dividende total de 3,81 euros par action au titre de l’année 2022, dont un euro en dividende exceptionnel, déjà versé en décembre 2022.

Il faut dire que ces performances sont le résultat de plusieurs facteurs. Certes la guerre en Ukraine, l’augmentation des prix du pétrole et l’envolée de celui du gaz ont fait les affaires de la multinationale française mais elles sont aussi le fruit d’une stratégie payante sur le gaz naturel liquéfié (GNL). Avec l’arrêt contraint des exportations de gaz russe, TotalEnergies a vu le résultat net opérationnel de sa branche "Integrated LNG" s’établir à 11,2 milliards de dollars, soit le double de la contribution de 5,6 milliards de dollars de 2021, "son portefeuille GNL intégré et en particulier ses capacités de regazéification en Europe lui ayant permis de tirer parti de l’environnement de prix favorable", a précisé le groupe. De fait, TotalEnergies est devenu le premier exportateur de GNL américain et le premier importateur en Europe.

Une place que le groupe compte bien conserver. Il va par exemple bénéficier cette année de deux nouveaux terminaux méthaniers flottants en Allemagne et en France. Par ailleurs, prévoyant toujours d’augmenter de 40 % d’ici à 2030 sa production de GNL, il a récemment annoncé que ses champs gaziers dans le golfe du Mexique allaient s’étendre tandis que des contrats d’exploitations viennent d’être signés au Qatar. Au total, ce sont près de 16 à 18 milliards de dollars d’investissements qui sont prévus par la compagnie dont 5 dédiés aux énergies bas carbone.

 

Une classe politique qui s’insurge

 

Mais qu’importe que les Français aient du gaz, il n’en fallait pas moins aux politiques de tous bords pour s’insurger. La députée socialiste Christine Pires Beaune, qui devait défendre demain à l’Assemblée nationale sa proposition de loi sur la taxation des superprofits avant que celle-ci ne soit finalement retirée de la niche parlementaire car jugée comme n’ayant aucune chance d’aboutir, a par exemple dénoncé, ce mercredi matin, sur les réseaux sociaux, l’attitude de la majorité restée silencieuse face à de tels bénéfices. François Ruffin, député La France Insoumise, condamnait quant à lui "une situation scandaleuse, […] (quand) cela fait trois ans que l’on demande aux Français de se rationner pendant qu’on a Total et compagnie qui se gavent".

Même le patron du Sénat, Gérard Larcher, y est allé de son commentaire. "Ces bénéfices nous amènent à nouveau à nous interroger sur la répartition des dividendes entre les actionnaires ; les salariés et du rôle et de la place de l’impôt", a-t-il déclaré, même s’il s’est félicité de voir "une entreprise française qui réussit". Et pour couronner le tout, le siège de TotalEnergies a été recouvert de peinture rouge (sang) et noir (pétrole) par Alternatiba, mouvement citoyen pour le climat. "Ses performances, au-delà de leur indécence dans le contexte de crise énergétique, démontrent que l’exploitation des énergies fossiles reste le fonds de commerce de TotalEnergies, loin de ses tentatives de greenwashing ", a estimé de son côté Greenpeace France réclamant "la fin de l’expansion des projets pétroliers et gaziers et une taxe sur les superprofits".

 

33 milliards de dollars d’impôts payés

 

Pas de quoi déstabiliser pour autant le patron de la compagnie, Patrick Pouyanné, qui s’était déjà vu attaqué, notamment début janvier, lors du forum de Davos, par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Il savait en outre que les résultats d’ExxonMobil, dévoilés fin janvier et annonçant un profit record de 55,7 milliards de dollars pour 2022, avaient suscité les foudres du président des Etats-Unis lui-même qui les avait jugés de "scandaleux en pleine crise énergétique mondiale".

Aussi et comme à son habitude, Patrick Pouyanné, se sachant dans le collimateur, a choisi de prendre les devants. "Les États ont bénéficié de plus de 33 milliards de dollars d’impôts et taxes au niveau mondial au titre de l’année 2022, plus du double de 2021, versés pour l’essentiel aux Etats producteurs", a-t-il précisé ce matin dans un communiqué de presse. En France, ce sont 200 millions d’euros d’impôts qui seront reversés sur les 350 millions d’euros générés l’année dernière et plus 2 milliards d’euros de taxes et cotisations sociales.

Au-delà des taxes, le patron de la compagnie a aussi tenu à rappeler la politique sociale de son groupe. "La compagnie a veillé à l’équilibre du partage de la valeur avec ses salariés en versant une prime exceptionnelle d’un mois et de salaires et a procédé à une hausse des rémunérations tenant compte de l’inflation constatée dans les différents pays" a-t-il ajouté dans un communiqué. Ainsi les salariés français du groupe ont touché en moyenne 3800 euros en plus d’une augmentation de 7,5 % des salaires. Par ailleurs, 65 % des salariés de TotalEnergies sont actionnaires du groupe. Ils reçoivent, selon le groupe à ce titre, 7 % des dividendes, soit 700 millions d’euros.

 

Des rabais sur le diesel

 

Mais la générosité de la compagnie ne s’arrête pas à ses seuls collaborateurs. Est-il besoin de rappeler son geste — sans attendre les directives du gouvernement — envers le pouvoir d’achat des automobilistes français en accordant pendant des semaines un rabais à la pompe (coût total de 550 millions d’euros pour le groupe). Et il y a quelques semaines, Patrick Pouyanné se disait encore prêt à une nouvelle ristourne si le prix du gasoil devait dépasser dans les prochains jours les deux euros, en raison du nouvel embargo sur le gazole russe qui est entré en vigueur début février. De quoi sans doute faire enrager encore un peu plus les associations environnementales.

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