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Crédit Suisse / Ulrich Körner / CS First Boston / Michael Klein
Credit Suisse n’est pas sorti d’affaire / La banque joue son va-tout en 2023, qui sera de toute façon déficitaire
S’attendre au pire n’est pas toujours suffisant. Credit Suisse avait prévenu fin novembre que sa perte avant impôt pourrait atteindre 1,5 milliard de francs suisses au quatrième trimestre, après avoir déjà essuyé un débours de 5,9 milliards sur les neuf premiers mois de 2022. La perte avant impôt a finalement été un peu inférieure, à 1,3 milliard de francs suisses, sans que cela génère un quelconque soulagement. L’action Credit Suisse s’est effondrée jeudi de près de 15% à Zurich, et échoue à rebondir ce vendredi (+1%).
Avec cette cinquième perte trimestrielle consécutive, la deuxième banque suisse a enregistré l’an dernier une perte colossale de 7,3 milliards de francs suisses, sa plus importante depuis la crise financière de 2008. Dans le même temps, son produit net bancaire a chuté de 34%, à 14,9 milliards de francs suisses. La conséquence de retraits massifs de fonds de ses clients, principalement dans la gestion de fortune. Les clients ont retiré 110,5 milliards de francs suisses d'actifs de la banque au quatrième trimestre. Des sorties qui se sont concentrées sur une période mouvementée de deux semaines en octobre au beau milieu de rumeurs de faillite. "Environ deux tiers des sorties d’actifs nets au cours du trimestre se sont concentrées en octobre 2022", indique ainsi la banque. Ces retrait ont toutefois "considérablement diminué pendant le reste du trimestre", veut-elle rassurer.
Des actifs sous gestion en chute libre
Mais le mal est fait. Au total, le montant des actifs sous gestion de la banque a chuté de près de 20% l'année dernière, à 1 294 milliards de francs suisses. Ils se sont effondrés de 27% dans la seule branche de gestion de fortune, à 540,5 milliards de francs suisses, une activité dans laquelle la confiance est évidemment primordiale et sur laquelle la banque mise son redressement. C’est pire que prévu, alors que le consensus anticipait un recul moindre à 582 milliards de francs suisses.
Tout n’est pas noir cependant. La solidité de l'établissement semble supérieure au crédit que lui accorde sa clientèle en fuite. "La solvabilité est plus forte que prévu avec un ratio Common Equity Tier One (CET1) de 14,1%, contre 13,8% attendu par le consensus", notent les analystes de Jefferies. Et "en ce qui concerne la liquidité, le ratio de liquidité à court terme LCR (Liquidity Coverage Ratio) moyen sur le trimestre s'élève à 144%, en baisse par rapport à 192% au troisième trimestre, mais cela constitue toujours un bon tampon selon nous", ajoutent-ils.
Depuis la présentation en novembre dernier de son plan de redressement, la banque a consolidé son bilan. Elle est parvenue à réaliser une augmentation de capital de 4 milliards de francs suisses, et a aussi conclu un accord pour la cession au fonds d’investissement Appollo pour lui céder environ 74% de son activité de produits titrisés. La transaction devrait être finalisée au premier semestre 2022. Selon le Wall Street Journal, ce même fonds Appolo serait aussi en pourparlers pour acquérir une participation dans la banque d'investissement du groupe Credit Suisse, CS First Boston.
Rachat de The Klein Group
Dans le cadre de plan de refonte, Credit Suisse prévoit en effet une scission de ce métier de banque d’investissement. En vue de son carve-out, Credit Suisse a d'ailleurs annoncé jeudi, en marge de ses résultats annuels, le rachat de l’américain The Klein Group (MK&C), l’activité de banque d’affaires de Michael Klein, ancien cadre de Citigroup, appelé à prendre les commandes de CS First Boston.
Par ailleurs, la mise en place des mesures de réduction de coûts avance rapidement. Celles qui ont été introduites au quatrième trimestre 2022 devraient représenter environ 80% de la réduction de la base de coûts d’environ 1,2 milliard visée pour l’ensemble de l’année 2023, a indiqué Credit Suisse.
"Nous exécutons notre plan stratégique à un rythme soutenu", a souligné Ulrich Körner, le directeur général. "Nous avons réussi à lever 4 milliards de francs suisses de capitaux propres, nous avons accéléré la réalisation de nos objectifs ambitieux en matière de coûts et nous progressons fortement dans la restructuration radicale de notre banque d’investissement", a-t-il déclaré.
Les lendemains qui chantent ne sont cependant pas pour tout de suite. L’établissement a d'ores et déjà prévenu que sa banque d’investissement sera en perte au premier trimestre, sous l’effet des mesures stratégiques prises pour réduire son profil de risque et compte tenu du contexte de marché difficile. En raison de la perte de revenus et des charges de restructuration liées à la réduction des coûts, Credit Suisse s’attend également à enregistrer "une perte substantielle avant impôt" en 2023.
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