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Crédit Suisse / CDS / Ulrich Körner / credit default swaps / Lehman Brothers
Credit Suisse dans l’œil du cyclone avant sa présentation stratégique
Le pire n’est jamais certain. La finance mondiale est-elle à la veille d’un nouveau Lehman Brothers ? Le scénario de chute d’une banque considérée comme "trop grosse pour faire faillite" a un air de déjà-vu. Le rôle des "credit default swaps" (CDS) dans la crise de confiance affectant un établissement financier aussi.
Les écarts de CDS de Credit Suisse se sont littéralement envolés ces derniers jours. La valeur de cet instrument financier - exprimée en points de base par rapport à l’encours de la dette de référence – jouant le rôle d’assurance contre le défaut de paiement, a grimpé de plus de 100 points de base lundi, certains traders évoquant jusqu’à 350 points de base, selon les cotations consultées par le Financial Times. Le CDS à cinq ans du Credit Suisse avait déjà grimpé à 250 points de base vendredi, son plus haut depuis la crise financière de 2009, reflet des inquiétudes des investisseurs sur la santé financière de la banque.
Les mouvements du marché ont été encore plus spectaculaires sur le CDS à un an, qui a dépassé hier les 500 points de base, marquant une inversion de la courbe des CDS du Credit Suisse sous l'effet de la ruée des investisseurs vers les instruments de protection contre un défaut à très court terme.
Un tampon de 100 milliards de dollars
Les cadres de Credit Suisse ont pourtant passé tout le week-end dernier à rassurer les grands clients, les contreparties et les investisseurs, a rapporté dimanche le Financial Times. Juste avant cela, le nouveau directeur général de la banque, Ulrich Körner, avait envoyé vendredi un mémo adressé à l’ensemble du personnel, leur assurant que la banque disposait d’une "base de capital solide et d’une forte position de liquidité", selon Bloomberg. Credit Suisse a affirmé disposer d'un tampon en capital de près de 100 milliards de dollars, selon le New York Time. La banque continue aussi de tabler – comme lors de la publication de ses résultats du deuxième trimestre – sur un ratio de solvabilité CET1 (Common Equity Tier 1) de fonds propres de base de catégorie 1 de l’ordre de 13% à 14% pour le reste de l’année. Une situation financière normalement suffisante pour attendre la revue stratégique que la deuxième banque suisse doit présenter le 27 octobre, avec la publication de ses résultats du troisième trimestre.
Sauf que la patience des investisseurs semblent épuisée. La mauvaise santé de l’établissement ne date pas d’hier. Le groupe de Zurich a essuyé une perte de 1,6 milliard de francs suisses au deuxième trimestre, pire que prévu, après trois profit warnings depuis janvier, et six avertissements en sept trimestres. La banque est aux prises avec les retombées de deux grandes crises : l'effondrement du fonds spéculatif américain Archegos et de la fintech britannique Greensill qui lui ont coûté des milliards de dollars et ont provoqué le remaniement de la direction, qui a commencé à dessiner les grandes lignes de la future stratégie.
L’établissement a en effet déjà annoncé en juillet qu'il allait remodeler sa banque d'investissement, souhaitant en faire "une activité bancaire à faible capital, axée sur le conseil et plus ciblée sur l’activité de marché afin de compléter la croissance de la gestion de fortune et des activités de banque commerciale en Suisse". La refonte pourrait d’ailleurs passer par la scission de la banque d’investissement en trois partie, a révélé le Financial Times le mois dernier.
Risque d'augmentation de capital
Et, dans un communiqué publié la semaine dernière, la banque a confirmé que sa revue stratégique était en bonne voie, qu’elle intégrait des cessions potentielles et des ventes d’actifs, l'objectif étant "de créer un groupe plus ciblé et plus agile, avec une base de coûts absolus très inférieure".
Reste à savoir si les cessions qui seront annoncées suffiront à éviter le lancement d’une augmentation de capital. Selon les analystes de Keefe, Bruyette & Woods, alors que la capitalisation boursière de Credit Suisse est tombée sous les 10 milliards de francs suisses, la banque aurait besoin de quelque 6 milliards de francs suisses pour se restructurer, dont les deux tiers devront provenir d’un appel au marché forcément très dilutif pour les actionnaires. L’agence Reuters rapportait ainsi il y a une dizaine de jours que la banque sondait des investisseurs en vue d’une possible augmentation de capital.
Tout n’est pas noir cependant. Ce n’est pas parce que la Banque nationale suisse a désigné Credit Suisse comme l'une des banques d'importance systémique mondiale que la comparaison avec la crise de Lehman Brohers est justifiée. Pour leur part, les analystes de Citi ont ainsi "du mal à voir quelque chose de systémique" dans la situation actuelle. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’inquiéter de la viabilité de ce que deviendra Credit Suisse après sa prochaine revue stratégique, sachant que les conditions de marché défavorables augmenteront nécessairement le risque d'exécution du plan qui sera annoncé.
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