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Crédit / rendement / CDS
Coronavirus : des défaillances d'entreprises en pagaille ?
C’est le retour des fameux CDS (Credit Default Swaps), ces fameux instruments de couverture contre le risque de défaut des souverains et des entreprises qui avaient fait beaucoup parler d’eux en 2008 puis lors de la crise de la zone euro. Les craintes sur le coronavirus ont d’ores et déjà affecté les CDS souverains : les CDS à cinq ans de la Chine et du Japon, à 51pb et 166 pb respectivement, sont à un plus haut depuis août dernier.
Mais ce sont surtout les CDS des corporates qui pâtissent de la panique des marchés : vendredi, l’indice iTraxx Crossover Europe des entreprises notées high yield a bondi de près de 20 % à 382 pb, soit un retour au niveau de juin 2016. Ce qui montre que les investisseurs craignent que le coup d’arrêt de l’activité des entreprises ne remette en cause leur stabilité financière. "Aujourd’hui a été le jour où nous sommes passés d’une correction du marché menée par les actions vers le crédit", a analysé Barnaby Martin, responsable du crédit européen chez Bank of America Merrill Lynch.
Cet emballement a bien sûr concerné en premier lieu le secteur du transport, durement touché par le virus, mais à un niveau excessif. Le prix des CDS à 5 ans d’Air France-KLM, "ange déchu" tombé en catégorie spéculative - a augmenté de 102 points de base à 432, selon ICE Data Services. Cela signifie que les investisseurs évaluent la probabilité d’un défaut de la compagnie aérienne franco-néerlandais à près de 30 % !
Les banques vont aussi pâtir directement des difficultés financières des entreprises, surtout dans un contexte de taux historiquement bas mauvais pour leurs marges. Les indices des banques du STOXX 600 et celui des banques de la zone euro sont à des plus bas depuis 2009 et 2012, et les CDS ont suivi : ceux de Crédit Agricole, Société Générale et BNP Paribas ont grimpé entre 10 et 12% vendredi, à leur plus haut niveau depuis juin 2019.
Les marchés semblent d’ores et déjà faire un parallèle entre la situation actuelle et la crise de 2008. Mais ce serait oublier que les banques sont dans une situation bien différente de la crise Lehman Brothers, où elles croulaient sous des milliards de dette de mauvaise qualité, qu’elles avaient restructuré et refinancé dans des CLO et surtout des CDO pourris. Aujourd’hui, les bilans des banques sont largement assainis, et les lourdes contraintes réglementaires les empêchent de retomber dans leurs précédents travers, sur leurs fonds propres.
Mais c’est toute la machine du financement, qui est aussi basée sur la confiance des investisseurs comme des banques, qui pourrait se gripper. D’où l’injonction de Bruno le Maire, qui a invité les banques à jouer leur rôle de soutien aux PME. Le mal n’est pas qu’européen, les investisseurs ont aussi déjà pris peur de l’autre côté de l’Atlantique : les fonds mutuels d’obligations high yield ont subi plus de 5 milliards de dollars de sorties la semaine passée, contre 4,2 milliards la semaine précédente et un flux positif jusqu’à présent en 2020, selon Refinitiv Lipper.
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