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Banques européennes / liquidités / LCR / comité de bâle / Crédit Suisse / SVB / Deutsche Bank / Crédit Agricole / CDS

krach La position de liquidité des banques européennes est réellement solide / Elles peuvent supporter une perte de 38% de leurs dépôts

KRACH BANCAIRE. Les banques européennes disposent de solides positions de liquidités de court terme qui peuvent leur permettre de faire face à un choc de liquidité de grande ampleur. Au moment où le marché craint la fragilité de certains établissements et un possible effet domino, la réglementation née des leçons tirées de la crise financière de 2007-2008 fait figure de solide rempart, montre Jefferies dans une étude sur le secteur.
Crédit Agricole affiche le ration de liquidité court terme le plus élevé des banques françaises - Francois HENRY/REA
Crédit Agricole affiche le ration de liquidité court terme le plus élevé des banques françaises - Francois HENRY/REA

L’apaisement des inquiétudes sur le secteur bancaire est-elle durable ? Les banques européennes ont retrouvé des couleurs sur les marchés cette semaine. A Paris, BNP Paribas a regagné près de 6% depuis lundi, Société Générale a repris un peu plus de 1% et Crédit Agricole progresse de 3%. La tendance est similaire à Francfort, où Deutsche Bank a rebondi de 7% en trois jours, et à Zurich, où UBS a regagné 6,3%. Après le sauvetage de Credit Suisse par UBS il y a dix jours, l'annonce aux États-Unis du rachat de Silicon Valley Bank (SVB) par First Citizens a contribué à ramener le calme. Le cas Deutsche Bank, dont les "CDS" (pour credit default swap) à 5 ans se sont envolés en fin de semaine dernière sans événement déclencheur particulier témoigne cependant d’une nervosité des investisseurs prête à repartir.

Les investisseurs recherchent, de manière compréhensible, d'éventuels maillons faibles les accidents bancaires survenus au cours des dernières semaines. Dans ce contexte de suspicion à l’égard de la santé des établissements supposés les plus fragiles, "nous pensons que l'une des principales controverses est que les investisseurs n'accordent qu'une confiance limitée aux ratios de couverture des liquidités LCR (pour Liquidity Coverage Ratio)", avancent les analystes de Jefferies dans une étude sur le secteur.

 

Actifs liquides de haute qualité et dépôts stables

 

Elaboré par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire afin de tirer les leçons de la crise financière de 2007-2008, le ratio LCR a pour objectif de favoriser la résilience à court terme du profil de risque de liquidité des banques. Il vise à ce qu’elles disposent d’un encours suffisant d’actifs liquides de haute qualité (HQLA, High Quality Liquid Assets) pouvant être convertis en liquidités, facilement et immédiatement en cas de choc de liquidité sévère pendant 30 jours. Et la norme exige que, hors situation de tensions financières, ce ratio ne soit pas inférieur à 100%.

Autrement dit, l’encours de HQLA doit être au moins égal au total des sorties nettes de trésorerie, et cela en permanence. Ce qui est largement le cas. Selon les dernières données disponibles au 30 septembre 2022, le ratio de liquidité à court terme des banques européennes s’établissait en moyenne à 162 %, soit au-dessous du niveau observé fin 2021, mais bien au-dessus des niveaux pré-pandémiques et donc des exigences réglementaires minimales.

Afin de savoir si certains établissements présentent un ratio plus à risque que d'autres, Jefferies a analysé 39 banques européennes. Avec, au numérateur du LCR le montant des actifs HQLA, rapporté au dénominateur qui représente le risque de sorties nettes de liquidités sur 30 jours. Analyser le ratio revient ainsi à évaluer quel pourcentage de sa base de dépôts une banque pourrait théoriquement perdre sans avoir à cristalliser des pertes latentes – sur la vente forcée de titres à long terme, comme a dû le faire la banque régionale américaine SVB avant sa faillite - ou à vendre des actifs illiquides.

Il faut également "tenir compte de la stabilité de la base des dépôts, en faisant la distinction entre les dépôts des entreprises (plus volatils) et ceux des ménages (à l’inertie plus importante)", souligne Jefferies.

 

Crédit Agricole se distingue

 

In fine, parmi les établissements présentant à la fois un ratio de liquidité court terme élevé avec une proportion importante de dépôts des ménages, "le Crédit Agricole fait bonne figure, de même que Swedbank, la Banque nationale de Grèce et Banca Mediolanum", notent les analystes de la banque d’affaires américaine. Dans une catégorie voisine, les banques avec un ratio LCR élevé et des niveaux plus faibles de dépôts des particuliers (et donc des niveaux plus élevés de dépôts commerciaux) "ont tendance à être des banques commerciales qualifiées" telles que BNP Paribas, Barclays ou HSBC, observe l'étude.

Crédit Agricole est effectivement la banque française présentant le ratio de liquidité court terme le plus élevé à 148%, devant Société Générale (145%) et BNP Paribas (129%), et la proportion de dépôts des particuliers atteint 72% pour la banque verte, dont le profil apparaît sans grande surprise comme le plus sûr selon ces critères, contre 45% pour les deux autres.

Mais la liquidité du secteur bancaire européen dans son ensemble n’inspire pas non plus d’inquiétude. L’étude de Jefferies montre en effet que "la banque européenne médiane pourrait en théorie subir une perte de 38% de ses dépôts sans avoir à faire face à un risque significatif pour son capital" via des pertes sur les titres détenus jusqu'à leur échéance (Held to maturity – HTM) ou la vente d'actifs illiquides. Ce qui amène les analystes à conclure que "les réglementations en matière de liquidité à court terme [instaurées] après la crise financière mondiale semblent fonctionner comme prévu".

L’affirmation faite vendredi, au plus fort des craintes sur Deutsche Bank, par Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), que le secteur bancaire de la zone euro était résilient du fait de ses "solides positions en termes de capital et de liquidités ", n’était pas des paroles en l’air.

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