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Décarbonation : les PME-ETI doivent encore mieux faire /
Elles ne sont pas les seules fautives
Changement de braquet. En 2020, 31 % seulement des dirigeants de PME-ETI déclaraient suivre les sujets environnementaux au sein de leur société, ils sont désormais 67 % à surveiller ces enjeux en interne. Mieux, alors que 16 % de ces mêmes chefs d’entreprise avaient fait l’effort d’évaluer leurs émissions carbone à cette époque, 35 % se prêtent aujourd’hui à l’exercice. Il faut dire que la crise énergétique et le coût des matières premières ont sans doute fini de les convaincre. Sans oublier les fonds d’investissement et les banques qui jouent également un rôle de plus en plus influent pour les forcer à adopter des stratégies durables si elles veulent trouver des financements. "Cette prise de conscience peut avoir des conséquences majeures sur la trajectoire de décarbonation du pays tout entier. Selon nos estimations, les PME-ETI françaises représentent à elles seules 30 % de l’empreinte carbone française totale ", souligne Elise Tissier, directrice de Bpifrance Le Lab dans un entretien accordé à WanSquare.
Des petits gestes
Cependant, si ces dirigeants ont multiplié les actions environnementales au sein de leur société en trois ans, un important travail reste à accomplir. En effet, selon l’étude, les initiatives prises par ces entreprises sont encore loin de concerner les principaux postes d’émission carbone comme les achats de marchandises et de matières premières, la rénovation thermique des bâtiments, le fret, la mobilité…. "Ces cinq dernières années, l’installation de l’allumage automatique de la lumière et la mise en place du tri des déchets figurent parmi les leviers de verdissement les plus utilisés. Il est assez inquiétant de ne pas entendre les entreprises parler de changement de stratégie ou de business modèle ", constate de son côté Pascal Lagarde, directeur exécutif en charge de l’international, de la stratégie, des études et du développement de Bpifrance. De fait, si 86 % de dirigeants estiment pouvoir réduire leur empreinte carbone dans les 5 ans, 59 % d’entre eux pensent la réduire seulement "un peu", une proportion qui reste inchangée depuis 2020.
Manque d’accompagnement
Une large majorité (70 %) considère, par ailleurs, que la décarbonation peut représenter un risque à court terme pour leur entreprise face à la concurrence, d’autant que selon eux, devenir vert n’est pas forcément un gage de succès auprès de la clientèle, ce qui ne les incite pas à bouleverser leur fonctionnement traditionnel. " Pour 75 % des chefs d’entreprise, il n’existe pas encore à l’heure actuelle de véritable reconnaissance client envers les produits les plus respectueux de l’environnement. En outre, les PME-ETI ont tendance à penser que leurs clients ne sont pas prêts à payer les surcoûts que le produit final nécessite pour compenser leurs efforts de décarbonation ", poursuit Pascal Lagarde.
Or, la décarbonation de l’économie coûte cher. "Elle nécessite beaucoup de capacités d’investissements. Et ces investissements ne sont pas forcément ceux qui servent à améliorer la compétitivité des PME-ETI qui ont le plus grand mal à les répercuter sur le prix de leurs marchandises. Les donneurs d’ordre, c’est-à-dire les grandes entreprises pour lesquelles elles travaillent, ne les accompagnent pas beaucoup dans ce domaine ", confirme le directeur exécutif en charge de l’international, de la stratégie, des études et du développement de Bpifrance.
Pire, 73 % du panel ne s’estime pas soutenu financièrement par les banques. "L’accès au financement est un vrai sujet pour la décarbonation des PME-ETI. Les banques ont un discours un peu ambivalent car d’un côté elles affirment ne plus vouloir financer des entreprises qui ne sont pas vertes mais de l’autre, elles n’accompagnent pas non plus les entreprises qui ont besoin d’argent pour se transformer ", constate Elise Tissier.
Lourdeur administrative
Et pourtant, le manque de moyens financiers ne ressort pas dans l’étude comme le principal frein à la décarbonation. 76 % du panel se plaint de la complexité des procédures. Par ailleurs, les deux-tiers des dirigeants regrettent aussi la multiplication des normes qu’ils estiment parfois contradictoires (normes de sécurité contre normes climatiques). "Il est très étonnant de constater que cette proportion n’a pas évolué depuis 2020. Certains secteurs rencontrent certes sans aucun doute des difficultés à trouver les bons interlocuteurs publics pour bâtir leurs projets et à obtenir des autorisations ou des permis de construire dans un délai convenable, mais il est peut-être également facile de se cacher derrière cette explication ", estime Pascal Lagarde.
Toujours est-il que les PME-ETI ne semblent pas inquiètes. "63 % des répondants ont déclaré ne pas être stressés quant au pilotage à venir de la décarbonation au sein de leur entreprise. Nous savons pourtant de celles qui sont le plus avancées dans leur transformation que celle-ci nécessitait un chantier colossal en interne ", prévient Elise Tissier. Autant de signaux faibles qui font dire à Bpifrance que la bataille pour l’inflexion de la trajectoire des émissions carbone n’est pas encore gagnée.
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