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Notation ESG : et si un compte de résultat carbone était la solution ? / Des différences de notation entre agences qui ne reflètent pas l'action climatique des entreprises
"Il faut rendre les choses aussi simples que possible, mais pas plus". Une phrase d’Albert Einstein reprise par Yann Leriche, directeur général de Getlink qui organisait, ce mercredi matin, la première cession des "rencontres du Climat", sur le thème " quand les failles de la notation ESG nuisent à l’efficacité de l’action climatique". Un principe qui répond surtout parfaitement aux difficultés actuelles des entreprises à expliquer aux investisseurs la réalité de leur action pour lutter concrètement contre le changement climatique.
Des notes peu fiables
Aujourd’hui, les agences de notation évaluent cette action par le biais d’une longue série d’indicateurs subjectifs et les combinent ensuite avec leurs propres méthodes d’agrégation et de pondération pour établir la note globale qui est attribuée à une entreprise. Une note qui semble fiable mais seulement en apparence car d’une agence à une autre, la même société peut se retrouver avec des notes totalement différentes. "Par exemple, l’agence spécialisée autour du risque climatique, MSCI, a un indicateur taxonomie qui n’a rien à voir avec celui de la taxonomie européenne", a rappelé Yann Leriche.
Or, si les évaluations ESG des grandes agences de notation sont utiles pour aider les investisseurs à prendre des décisions fondées en matière de placements durables, "l’on constate plusieurs failles importantes dans le secteur de la notation ESG comme celle de la divergence par lequel les mêmes critères ne donnent pas les mêmes résultats. Celle de l’opacité car les fournisseurs de l’information ESG n’expliquent pas leur méthode utilisée pour donner cette information ou encore celle du conflit d’intérêt qui peut exister pour les agences de notations qui s’attribuent à elles-mêmes une bonne note", a souligné Ulrich Hege, directeur scientifique de l’Initiative for Executive Corporate Climate Action, TSE.
Un constat partagé par Delphine D’Amarzit, présidente-directrice générale d’Euronext Paris dont l’indice CAC 40 ESG a été créé en 2021 pour répondre à une demande de la part des institutionnels et les gestionnaires d’actifs. "Nous avons beaucoup milité pour une clarification des méthodologies et eu des discussions avec l’agence Vigeo (Moody's) afin que tous les émetteurs puissent avoir le même type de notation. Il faut essayer de limiter l’évaluation à des indicateurs consensuels ", a-t-elle souligné.
Une tarification du carbone
Face aux incertitudes provoquées par ces différentes notations, une solution pourrait émerger : séparer le climat du reste de l’ESG en publiant "un compte de résultat carbone" qui intégrerait la facture carbone de l’entreprise (sur une base par exemple de 100 euros la tonne de CO2). "Le profit d’une entreprise n’intègre pas aujourd’hui toutes les dimensions comme l’impact du carbone. Or, en matière climatique, il existe un instrument dont on peut finement anticiper les effets pour soutenir la décarbonation : la tarification du carbone. L’idée serait donc de soustraire à la valeur de l’entreprise les émissions de CO2 qu’elle a produites pendant l’année", a suggéré l’économiste Christian Gollier, directeur général de Toulouse School of Economics qu’il a cofondé avec Jean Tirole en 2007, et membre de la commission d’experts sur les grands défis économiques chargée d’émettre des recommandations pour surmonter les défis liés au climat, aux inégalités et à la démographie.
Une méthode déjà utilisée par le groupe Kering qui a publié un compte de résultat environnemental pour promouvoir la comptabilité environnementale des entreprises. "L’objectif est de faire avancer les choses sur les bases de la science par un souci d’efficacité de l’action climatique. Publier un excédent brut d’exploitation (EBITDA) ajusté au carbone offre plus de clarté que la notation ESG et est plus crédible que les choix internes d’investissements pour orienter l’investissement et le financement là où il est pertinent pour l’action climatique. Donner un prix interne du carbone est une façon intéressante de déterminer la valeur sociale d’une entreprise", a soutenu Yann Leriche. C’est également l’objectif de Score carbone, une initiative lancée par le cabinet de conseil Axylia et qui permet d’identifier les entreprises réellement capables de payer leur facture carbone en fonction de leurs bénéfices.
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