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Centerview Partners / Lazard / M&A / Fusions & Acquisitions / fusions-acquisitions / Matthieu Pigasse / Yann Krychowski
Centerview Partners en passe de détrôner Lazard en France / La banque conseil est aussi très près de la première place dans le monde
C’est ce qui s’appelle avoir le sens du timing. Le 8 avril 2020, en pleine pandémie de Covid-19, Matthieu Pigasse ouvrait le bureau parisien de la boutique de conseil américaine Centerview Partners dans les locaux de Radio Nova près de la porte de Saint-Ouen, accompagné de Nicolas Constant et Pierre Pasqual, qui l’avaient suivi après son départ de chez Lazard. Trois ans plus tard quasiment jour pour jour, ce même bureau parisien, qui s’apprête à déménager avenue Hoche, est au coude à coude avec Lazard au classement des fusions-acquisitions pour la France.
Les données préliminaires de Refinitiv pour le premier trimestre 2023 arrêtées au 20 mars classent Centerview Partners deuxième en France, avec 3,3 milliards de dollars (3 milliards d’euros) de transactions, derrière les 5,9 milliards de dollars de Lazard. Mais c’était avant l’acquisition à 2,5 milliards de dollars de la marque australienne de cosmétique de luxe réalisée il y a quelques jours par L’Oréal. L’opération signée par le géant des cosmétiques, client privilégié de Matthieu Pigasse, hisse Centerview quasiment au même niveau que sa rivale depuis le début de l’année, loin devant les suivants BofA Securities, PJT Partners et Société Générale.
Pour se rendre compte du bond au classement, il faut se souvenir que Centerview Partners figurait l’an dernier à la même époque au 21e rang du classement français des fusions-acquisitions. Et la performance est d’autant plus spectaculaire qu’elle a été réalisée au moment où le marché s’effondre. Le volume total des opérations a été divisé par plus de deux à 22,1 milliards de dollars selon les données arrêtées au 20 mars, quand Centerview a vu le montant de ses transactions progresser fortement par rapport aux 2,6 milliards de dollars du premier trimestre 2022, et même quasiment doubler si l’on intègre l’opération de L’Oréal sur Aesop conclue début avril.
Les boutiques ont le vent en poupe
La trajectoire du bureau français est au diapason de celle de sa maison mère. Tandis que Centerview Paris se rapproche de la première place dans l’Hexagone, sa maison-mère se place en dauphin conquérant du classement mondial avec 93,7 milliards de dollars de transactions conseillées, tout près de doubler Goldman Sachs (96,3 milliards de dollars). Et ce n’est pas un hasard. "Les deux vont de pair. Il y a une dynamique très favorable aux boutiques indépendantes en général, et particulièrement à Centerview Partners à la fois dans le monde et en France.", explique Matthieu Pigasse à WanSquare. "Cette tendance n’est pas nouvelle mais elle s’est accélérée récemment.", souligne-t-il.
Le rachat de la biotech Seagen par Pfizer pour 43 milliards de dollars, de loin le plus gros deal de l’année pour l’instant, en est une bonne illustration. Dans cette opération, tandis que Centerview Partners a agi en tant que conseiller de Seagen, c’est Guggenheim Securities, une autre boutique américaine, qui a conseillé Pfizer.
Il y a plusieurs raisons à cette tendance à l’œuvre depuis plusieurs années. Si les boutiques indépendantes parviennent à concurrencer et même devancer désormais les grandes banques d’affaires telles que Goldman Sachs ou JP Morgan, "c’est d’abord parce qu’elles ne présentent pas de conflit d’intérêts avec des activités tierces comme les services d’émissions obligataires, le trading, ou la recherche, qu’elles ne pratiquent pas". Elles n’exercent pas non plus d’activités de gestion d’actif qui peuvent constituer des freins à l’activité de M & A. Et aussi, "le fait de ne pas être coté en Bourse constitue un atout en se maintenant à l’écart de toute pression des investisseurs", rappelle Matthieu Pigasse. "Cela nous permet de nous consacrer pleinement et exclusivement à nos clients. Nous sommes une banque conseil, qui s’inscrit dans des relations de long terme, et non une banque d’affaires, qui cherche à faire des coups ", ajoute-t-il.
Gros deals dans le secteur financier
Grâce à cette combinaison de facteurs, Centerview est apparu dans quasiment toutes les grandes opérations emblématiques du début d’année. Notamment, la banque conseil s’est retrouvée à la manœuvre dans les enchères sur la banque américaine en faillite SVB. "Au-delà de la compétence de nos équipes, les autorités ont considéré qu’effectivement nous n’avions pas d’activité susceptible d’entrer en conflit avec notre rôle de conseiller de la holding SVB Financial Group", explique Matthieu Pigasse. Idem pour le Credit Suisse, dont Centerview Partners est le conseiller dans le cadre du rachat par UBS. Soit "deux grands mandats majeurs" constituant une "illustration quasi parfaite", souligne le banquier, du positionnement pertinent des boutiques américaines indépendantes.
En France aussi donc, la banque conseil s’est retrouvée sur le devant de l’actualité au cours des dernières semaines. Outre la plus grosse acquisition de l’histoire de L’Oréal, qui a mis la main il y a quelques jours sur la marque de soin de la peau australienne Aesop, Sanofi a annoncé le mois dernier l’acquisition pour près de 3 milliards de dollars de la société de biotechnologie américaine Provention Bio dont Centerview Partners était le conseiller.
Le bureau parisien de Centerview a été également particulièrement actif dans le secteur financier, ce qui n’est pas sans lien avec l’arrivée en septembre dernier du "banquier des banques" Yann Krychowski. La banque conseil a ainsi joué un rôle dans plusieurs opérations d’envergure. Ses équipes ont dernièrement conseillé la Banque Postale dans l’acquisition de la Financière de l’Échiquier mais aussi la Carac, la mutuelle des anciens combattants, pour le rachat annoncé en mars d’Ageas France, filiale française du groupe international d’assurance Aegas. "Depuis quelques années, il y a une tendance des grands acteurs n’ayant pas la taille critique en France à vendre pour se recentrer sur leurs grands marchés" explique à WanSquare Yann Krychowski.
En novembre dernier, Centerview Partners a également conseillé le fonds d’investissement américain KKR pour le rachat du courtier en assurances April, "l’une des opérations emblématiques du secteur, April étant probablement le plus beau courtier français", souligne le partner.
Dynamique de conquête
Si le classement mondial et français fait honneur à Centerview Partners, la boutique américaine figure quelque peu en retrait en Europe où elle n’apparaît qu’au septième rang du classement préliminaire de Refinitiv. Un bémol qui pourrait ne pas durer. Car l’objectif de Centerview est justement de développer l’Europe continentale depuis Paris. "C’est pour cela que nous avons recruté Fabio Gallia, l’ex-patron de la Cassa Depositi e Prestiti (CDP), la Caisse des dépôts italienne, notre ambition étant de répliquer en Italie que ce nous avons fait en France", souligne Matthieu Pigasse. La très forte ambition européenne de Centerview devrait ainsi se concrétiser dans les mois et les années à venir. Et ce, quelles que soient les conditions d’un marché du M & A dont la santé n’inquiète pas outre mesure le bureau parisien.
Le marché est "évidemment très compliqué compte tenu de l’environnement macroéconomique et financier très incertain et instable, avec en particulier des conditions de financement qui se sont durcies", note Matthieu Pigasse. Pour autant, l’activité reste alimentée de plusieurs façons. "Soit par des grandes entreprises qui ont besoin de faire des acquisitions et de se développer et qui ont la capacité de le faire", à l’image des dernières opérations de Sanofi ou L’Oréal. Ou bien, par le biais d’opérations de restructurations nécessaires, de grands groupes cherchant à se recentrer sur certaines activités ou certaines zones géographiques. Il y a ainsi toujours "un courant M & A important, plus complexe, mais dont les caractéristiques sont au cœur de ce que l’on veut faire et de notre ADN", explique le patron de Centerview Paris.
La boutique de conseil profite aussi de la passe plus difficile traversée par les grandes banques intégrées. "La plupart des moteurs de revenus de leur activité de banque d’affaires sont en chute libre, que ce soit le leverage finance ou l’equity, ce qui entraîne en leur sein des réorganisations, et peut créer des moments de flottement moins propice à l’activité clients", observe de son côté Yann Krychowski. Alors qu’a contrario, Centerview est "dans une dynamique de conquête pure", souligne-t-il.
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