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Les banques centrales font le pari d’un langage clair / Une communication plus simple à destination du grand public
Fini "l’ambiguïté constructive", place à davantage de clarté. Les décisions prises à Francfort, Londres ou Washington ne concernent pas uniquement les États, les banques ou les entreprises, elles nous concernent tous, en tant que consommateur, emprunteur ou épargnant. Alors que leur action repasse au premier plan dans un contexte de regain d’inflation, les banques centrales semblent avoir saisi les enjeux d’une communication simple et claire auprès du grand public.
Des résumés des décisions sur les taux avec des schémas simples, des vidéos explicatives sur l’inflation, des podcasts à visée pédagogique… Comme il semble loin le temps où les instituts monétaires considéraient le silence et le mystère comme leurs meilleurs atouts dans la mise en œuvre de leur politique monétaire. "Depuis que je suis devenu un banquier central, j’ai appris à marmonner dans une grande incohérence", plaisantait à ce propos Alan Greenspan, président de la Fed de 1987 à 2006 et grand adepte des déclarations sibyllines.
Mais depuis quelques années, les banquiers centraux ont bien compris qu’ils devaient évoluer vers davantage de clarté s’ils voulaient susciter une meilleure adhésion du grand public à leurs décisions. Surtout dans un contexte compliqué, qu’il s’agisse de la lutte contre la déflation, qui a nécessité une baisse des taux telle qu’elle a pénalisé les épargnants, ou à l’inverse, du resserrement monétaire à marche forcée observé depuis un an pour combattre l’inflation.
Communication à plusieurs niveaux
De nouveaux dispositifs, comme des versions plus simples et attrayantes des déclarations de politique monétaire, ont donc été mis en place. Depuis 2021, la Banque centrale européenne (BCE) complète chaque déclaration de politique monétaire par une version visuelle destinée à un public plus large, suivant une logique de communication "à plusieurs niveaux".
Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre (BoE) publie chaque trimestre depuis 2017 son rapport de politique monétaire en trois "strates". La première "strate" explique la décision relative aux taux d’intérêt en format abrégé accompagné d’icônes, la deuxième "strate" est une synthèse visuelle sous forme de vue d’ensemble plus approfondie, mais toujours brève, des principaux facteurs à l’origine de la décision, tandis que la dernière "strate" correspond au rapport intégral écrit dans un langage plus technique.
"L’idée est d’expliquer la politique monétaire en des termes plus simples, afin que le public comprenne pourquoi les décisions sont prises et ce qu’elles impliquent pour lui", expliquent Sylvérie Herbert, Klodiana Istrefi et Giulia Sestieri, qui ont rédigé une note sur le blog de la Banque de France à ce sujet.
Pour les grands et les petits
Ce travail commence à porter ses fruits, selon l’étude menée par les trois chercheuses de la Banque de France. Ces dernières ont appliqué à la communication des banques centrales une méthode (dite de Flesch-Kincaid) qui permet d’évaluer le nombre d’années d’éducation nécessaires pour comprendre un texte.
Les derniers communiqués de la BCE sont désormais accessibles après quinze ans de scolarité, c’est-à-dire par des personnes d’environ 21 ans, soit trois ans de moins qu’en 2020. L’amélioration la plus flagrante provient de la Réserve fédérale américaine (Fed). L’âge moyen estimé pour comprendre le communiqué de presse de la Fed est passé de 24 ans en 2014 à 14 en 2022. Plus encore, les formats simplifiés de la BCE ou de la BoE sont accessibles après seulement huit ans d’études, c’est-à-dire à partir de seulement 13 ou 14 ans.
Un travail appelé à se poursuivre et à se démocratiser dans les années à venir alors que "davantage de banques centrales ont aujourd’hui adopté cette pratique, combinant informations textuelles et visuelles destinées à des publics différents", observent les économistes.
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