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Ubisoft / jeux vidéo / Yves Guillemot
Ubisoft au milieu du guet / Le groupe face au défi des coûts et de ses jeux "triple A"
Un demi-milliard de perte opérationnelle, comme prévu. Ubisoft vient de terminer dans le rouge un exercice (clos fin mars) 2022-2023 à oublier, que l’on qualifiera de transition. Ce qui se voit également sur ses ventes. Le numéro un français des jeux vidéo avait prévenu en janvier que son "net bookings" chuterait de plus de 10 %. In fine, cet indicateur de revenus utilisé dans le secteur a chuté de 18,3 % précisément. En l’occurrence, la baisse est plus forte qu’attendu par le consensus des analystes, qui prévoyait un recul limité à 11 %.
Il faut dire que le quatrième trimestre a été particulièrement mauvais, avec une chute de plus de 50 % de ce même net bookings, à 313,2 millions d’euros. Un véritable effondrement, largement anticipé cependant, et même voulu. La décision que le groupe présidé par Yves Guillemot a prise en début d’année d’accélérer son recentrage sur ses franchises "triple A" à plus gros budget a entraîné l’arrêt de plusieurs projets, tandis que la dégradation des conditions macroéconomiques a pesé sur les dépenses des consommateurs. "Bien que l’année écoulée ait été difficile pour l’industrie et pour Ubisoft, elle fut une année pivot pour le groupe", a ainsi souligné le cofondateur et président de l’entreprise.
Les efforts entrepris mettent logiquement un peu de temps à produire leurs effets, même si les moyens sont très importants en termes de ressources humaines. L’accent stratégique porté sur les séries de jeux vidéo les plus porteuses va se traduire par une augmentation de 40 % des "talents" travaillant sur la marque "Assassin’s Creed" au cours des prochaines années, a indiqué le groupe. Une augmentation opérée en grande partie par réaffectation des équipes sur les plus grands projets. Etant donné que l’autre priorité est de réduire les coûts.
Line-up
Pour le nouvel exercice 2023-2024, mener à bien ce recentrage attendu depuis longtemps suppose de respecter le calendrier des nombreuses sorties de jeux prévues tout en réalisant les économies de coûts planifiées.
Le second point semble bien engagé. L’heure n’est plus à la croissance exponentielle des effectifs, qui viennent de passer sous la barre des 20 000 salariés, alors qu’ils étaient encore supérieurs à 20 700 en septembre dernier. Ce qui a permis aux coûts de structure d’amorcer leur descente. Ils ont reculé 2 % au second semestre de l’exercice écoulé alors qu’ils progressaient encore de 18 % au premier. Des efforts qui portent également sur les investissements en R & D, en hausse de seulement de 5 % au second semestre alors qu’ils s’étaient accrus de 17 % sur la première partie de l’exercice. Le but annoncé étant de réduire la base de coûts non variables d’au moins 200 millions d’euros au cours des deux prochaines années.
S’agissant des sorties de jeux, le "line-up", soit la liste de jeux devant sortir cette année, "progresse bien" aux dires du groupe avec de nouveaux opus attendus pour ses grandes marques Assassin’s Creed, Avatar, Rainbow Six, The Division, ainsi que des jeux en ligne dits "persistants" - le jeu ne s’arrête jamais et évolue même quand les joueurs n’y sont pas connectés – "avec des titres comme Skull and Bones, The Crew Motorfest et XDefiant", a indiqué Yves Guillemot.
Spéculation latente
A ce sujet, le groupe a indiqué qu’il donnerait des précisions sur son "line-up" lors de son événement Ubisoft Forward du 12 juin prochain, mais "sans contredire les rumeurs de retard de certains jeux, dont un majeur : Assassin’s Creed Mirage", observe le bureau d’analystes TP Icap Midcap. De quoi entretenir un peu d’incertitude en Bourse, les investisseurs ne sachant trop sur quel pied danser, entre la baisse de plus de 10 % affichée mercredi à l’ouverture et son retour à l’équilibre en cours de séance, au-dessus de 25 euros.
Dans l’immédiat, la spéculation sur le titre a été mise en sourdine depuis l’accord de septembre dernier avec le géant chinois Tencent en vertu duquel ce dernier ne peut pas augmenter sa participation pendant huit ans. Sachant que celui-ci détient également une participation de 49,9 % au capital de la holding de la famille Guillemot, qui détient elle-même 15,4 % de l’éditeur de jeux vidéo. Ce qui ne veut pas dire que la société restera indéfiniment hors de la consolidation du secteur.
Il paraît difficile d’imaginer qu’elle reste seule alors que le secteur se concentre pour financer justement ces fameux jeux "AAA" dont le développement peut coûter plus d’un milliard de dollars. C’est tout le sens du projet de rachat d’Activision Blizzard par Microsoft, bloqué par les autorités britanniques, mais que Bruxelles vient de valider.
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