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CAC 40 / dividendes / Investissements / La Lettre de Vernimmen
L’actionnariat du CAC 40 est moins gourmand qu’il n’y paraît / Les investissements ressortent gagnants de l'analyse des comptes
Le CAC 40 reste concentré sur ses investissements plutôt que sur ses actionnaires. C’est en tout cas l’une des conclusions tirées par l’édition du mois de mai de La Lettre Vernimmen, qui a ainsi procédé à une analyse financière des comptes de l’indice phare de la Bourse de Paris depuis 2003.
Et en décomposant les comptes des plus grandes sociétés françaises, étape par étape, du chiffre d’affaires jusqu’à la structure des dépenses qui incombent à l’excédent de trésorerie d’exploitation, les auteurs de la lettre en arrivent à un résultat "loin de la caricature qui voudrait que les actionnaires des groupes du CAC 40 les pressurent pour obtenir des dividendes ou des rachats d’actions trop copieux au détriment des investissements".
Explications
En effet, le taux de croissance du chiffre d’affaires du CAC 40 s’est affiché à 4,1 %, en moyenne, sur les vingt dernières années. A souligner, toutefois, que les données étudiées ne concernent que les sociétés du CAC 40 actuel, comme si toutes étaient déjà membres de l’indice en 2003. Et du fait d’une comptabilité particulière, les groupes financiers et immobiliers ont été exclus de l’analyse. Mais cette progression des facturations reste, tout de même, peu soutenue face à une croissance mondiale équivalente à 3 % sur la période et d’une inflation moyenne d’au moins ce taux dans le monde (et de 1 % à 2 % dans la zone euro), pointe La Lettre Vernimmen. Rapportés à ce volume d’affaires, l’excédent brut et le résultat d’exploitation offrent une vision de la rentabilité d’une entreprise mais aussi de sa capacité à rémunérer ses actionnaires, l'excédent brut d'exploitation (EBE) étant un indicateur clé en la matière. Et ces ratios se traduisent dans les marges des sociétés
Des marges qui, sur la période étudiée, se sont retrouvées pénalisées par la crise financière de 2008 : les plus grandes entreprises françaises auront ainsi mis près de onze années pour retrouver leurs marges d’EBE pré-crise de 2008 (de 17,1 %). Plus encore, il aura fallu attendre treize années pour que le niveau de marge d’exploitation du CAC 40 atteigne à nouveau son niveau précédant la crise des subprimes (de 12,1 %). "C’est dire la violence indirecte de ce choc financier, que la politique budgétaire européenne plutôt restrictive dans les années suivantes n’a pas contribué à atténuer", souligne La Lettre Vernimmen.
Investir pour restaurer
Pour restaurer ces marges, les sociétés de l’indice ont dû s’atteler à faire grimper leurs investissements. Ceux-ci se sont, quant à eux et au fil des années, concentrés sur les immobilisations. Elles ont en effet représenté, en 2022, 99 % de l’actif économique de plus de 1 000 milliards d’euros du CAC 40. Soit sept points de pourcentage de plus qu’en 2003. Ce qui laisse au besoin en fonds de roulement (BFR) - ou ce dont l’entreprise nécessite pour financer son exploitation - une mince part de 1 % dans les besoins en investissement de l’indice phare.
Reste que ces investissements nécessitent d’être financés. C’est alors qu’entre en scène l’excédent de trésorerie d’exploitation dégagé par l’activité, qui s’est élevé au total à plus de 2 800 milliards d’euros depuis 2003 pour le CAC 40. La somme ne peut être affectée librement, rappelle l’étude. Une première part sera d’abord adressée au versement de l’impôt sur les sociétés (à hauteur de 513 milliards d’euros, ou 18 % du flux d’exploitation). Une seconde part sera, elle, dédiée au versement des frais financiers aux prêteurs (234 milliards d’euros, ou 8 % de la somme).
L’organique au premier plan
Sur l’enveloppe restante, plus de la moité (51 %) sera consacrée aux investissements, pour la plus grande partie organique puisqu’à hauteur de 41 %. Le solde, une fois le désendettement net déduit, correspond majoritairement au versement de dividendes et aux rachats d’actions nets des augmentations de capital. Le tout pour un montant de 616 milliards d’euros, soit… 21 % du flux d’exploitation dégagé par les sociétés du CAC 40. De plus, rapporte La Lettre Vernimmen, sur l’ensemble de la période étudiée, les groupes non financiers de l’indice ont versé 49 % de leurs résultats nets aux dividendes et aux rachats d’actions. Plus de la moitié de la génération de nouveaux capitaux a donc été consacrée au développement et au désendettement des groupes.
Certes, l’écart n’est pas énorme. Mais la démonstration illustre mieux, selon les auteurs, la réalité des faits et de chiffres quant à la rémunération des propriétaires d’actions des sociétés du CAC 40. "On aurait [sinon] du mal à expliquer comment les groupes du CAC 40 peuvent avoir une capitalisation boursière cumulée (2 469 milliards d’euros) qui dépasse celle de leurs homologues du CAC 40 allemand (1 612 milliards d’euros) ou anglais (2 129 milliards d’euros), ce qui n’était pas le cas en 2003, sauf à supposer que les actionnaires anglais et allemands sont encore plus assoiffés de dividendes et de rachats d’actions", relève ainsi La Lettre Vernimmen.
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